2020… Quoi dire de 2020 ? Pour LPS, le mois de janvier laissait présager une belle année. Puis des inquiétudes sont survenues en provenance de l’Asie. Puis, l’Europe. Et puis chez nous. Au Québec, le printemps fut particulièrement meurtrier. Nous n’avons pas eu les dizaines de milliers de morts que d’autres pays ont eues. Mais nous ne sommes que 8 millions d’habitants. De fait, nous avons eu un des pires ratios au monde lors de la première vague de la COVID-19. Mais ça change quoi pour LPS, qui offre des critiques de films ? Au début, rien. Les mois de février et mars sont passés sans qu’on ne voie de répercussions. Puis avril. Les fermetures de cinéma, les reports de films, et toujours plus de morts…  Depuis, 2 membres de l’équipe ont eu la COVID-19 et 1 a perdu un proche. On s’en sort bien, j’imagine…

Quant à moi, 2020 aura probablement été la pire année de toute ma vie. Et pourtant j’en ai connu des années moches. Quand on a deux petites entreprises, un événement comme la COVID-19 ne passe pas sans laisser de dommages. Baisse de revenus, stress, peur… puis rupture. Je fais partie de ces milliers de gens qui auront vu la pandémie détruire leur couple et leur vie. Et quand le couple est constitué de 2 collaborateurs de LPS, ça complique encore plus la chose. Le résultat ? La pire chute de ma vie. Hôpital… Consultations… Se remettre en marche…

Alors, c’était comment 2020 ? Heureusement qu’il y a eu quelques bons films pour passer à travers. Évidemment, contrairement à d’habitude, la majorité des titres dont je vous parlerai ici ont été présentés en festival. C’est ce qui arrive lorsque les cinémas sont fermés pendant près de la moitié de l’année.

Quoiqu’il en soit, en 2020, j’aurai vu 2 films interactifs, 80 longs métrages et 147 courts métrages. Alors, quels sont les meilleurs films de 2020 ?

Les courts métrages

5 – Fall Out (Chung Jae-Hoon) – Corée du Sud

Fall outDans une Corée dévastée dans un avenir rapproché, une famille s’aventure dans un immeuble d’habitation en espérant atteindre la glace qui sauve la vie. Par tous les moyens.

Quoi de mieux en 2020 qu’un film qui nous offre une fin du monde terrible. Ici ce n’est pas un virus, mais une centrale nucléaire qui cause le chaos. Un court métrage merveilleusement bien ficelé qui donne la chaire de poule. Avec tous les enjeux environnementaux, cette scène de fin du monde ne ressemble pas vraiment à une image provenant de la science-fiction.

4 – Judith Hôtel (Charlotte Le Bon) – France

Dormir pour toujours, c’est le rêve de Rémi, insomniaque depuis 8 ans… En réservant une chambre au Judith Hôtel, il s’offre la possibilité d’un nouveau départ.

J’ai vu Judith Hôtel il y a 30 ans… Ah non, c’était en janvier ! Vous vous rappelez, c’est quand la vie était plus simple. L’insomnie. Avez-vous déjà souffert d’insomnie pendant une longue période ? Rémi en souffre depuis 8 ans. Ce film est simplement surréel, avec un début aussi étrange que la fin est surprenante. Un court métrage qui s’insère bien dans la tendance des films sur les lieux de suicide. Le premier d’une dizaine que j’ai vus en 2020. J’imagine qu’il n’y a pas de hasard dans la vie.

3 – Weltschmerz (Lisa Mausbach) – Allemagne

Weltschmerz2050. À ce moment-là, la crise climatique aura un impact considérable sur nos vies. En plus de cela, les trois protagonistes doivent également faire face à leurs démons intérieurs.

Weltschmerz est un court métrage poétique qui porte sur la mélancolie de sa propre insuffisance comme conséquence de la destructivité humaine. Non, ce n’est pas un film joyeux. J’imagine que 2020 était une bonne année pour sortir ce genre de film. Il y en a eu des films de catastrophes écologiques en cette sombre année. 

En passant, le titre du film est un mot allemand qui décrit un sentiment de mal-être ou de mal de vivre.

2 – The Announcement (Zach Bernbaum) – Canada

The announcement - afficheÀ la suite d’un incident traumatisant, Olive et Jonny doivent faire face à ce qu’ils ont fait et à ce qu’ils ont perdu.

The Announcement est un suspense particulièrement efficace. Un homme. Une femme. Des visages tuméfiés. Des mouvements de caméra incroyables. Un seul long plan séquence. À voir gratuitement en suivant le lien (sur le titre).

1 – Bora Bora (Frédéric De Pontcharra) – France

Bora bora - afficheLucie, une mère qui vient de sortir d’un profond coma, fait le point avec son médecin sur sa première semaine à la maison depuis sa sortie de l’hôpital. Et elle n’est pas contente, oh non.

2 personnages et des dialogues de qualités. Voila ce que ça prend pour réaliser un grand film. Imaginez, vous réveiller d’un coma et réaliser que votre vie, vous ne l’aimez pas. Bora Bora c’est 15 minutes d’un huis clos entre cette pauvre femme et son médecin qui tentera de lui faire retrouver la raison. Un film que je regarderais encore et encore.

Les longs

5 – Druk (Thomas Vinterberg) – Danemark

Another round - afficheIl existe une théorie selon laquelle nous devrions naître avec une petite quantité d’alcool dans le sang. Cette modeste ivresse nous ouvrirait l’esprit sur le monde qui nous entoure, ce qui diminuerait nos problèmes et accroîtrait notre créativité. Encouragés par cette théorie, Martin (Mads Mikkelsen) et trois de ses amis, tous des professeurs fatigués du secondaire, se lancent dans une expérience pour maintenir un niveau d’intoxication constant tout au long de la journée de travail. Si Churchill gagnait la Seconde Guerre mondiale dans un lourd étourdissement dû à l’alcool, qui sait ce que quelques gouttes pourraient faire pour eux et leurs étudiants?

Quand tu n’es plus que l’ombre de toi-même, tu es prêt à essayer n’importe quoi pour te retrouver. C’est ce que Martin fait en voulant valider si la théorie est vraie. Un film drôle, triste, mordant et humain. Et en plus, il est possible de le regarder en ligne.

4 – Les chatouilles (Andréa Bescond et Éric Metayer) – France

Les chatouilles - afficheOdette (Cyrille Mairesse) a huit ans, elle aime danser et dessiner. Pourquoi se méfierait-elle d’un ami de ses parents qui lui propose de « jouer aux chatouilles » ? Adulte, Odette (Andréa Bescond) danse sa colère, libère sa parole et embrasse la vie…

2020 m’aura fait voir beaucoup de films sensibles aussi. Pas tant des sujets sensibles pour tous, plutôt que des sujets sensibles d’un point de vue plus personnel. Tout comme Druk, Les chatouilles se retrouve dans cette catégorie. 

Beaucoup de films traitent de l’abus sexuel sur des enfants et des préados. Mon numéro 4 est simplement bien fait. Il touche un point très important qui d’ailleurs, n’est pas souvent montré : les parents ont tendance à ne pas y croire ou à minimiser l’importance de l’agression. 

Vous connaissez quelqu’un qui a subi une agression sexuelle ? Je suis sûr que oui. Mais vous ne le savez probablement pas. Et quand l’enfant en a parlé à ses parents, que s’est-il passé ? Trop souvent il ne s’est rien passé. Ça meurt dans l’œuf. Après tout, pourquoi faire subir un procès dur et terrifiant à un enfant ? Mieux vaut laisser l’agresseur s’en tirer, non ?

3 – I am Greta (Nathan Grossman) – Suède

I am Greta - AfficheEn août 2018, Greta Thunberg, écolière suédoise de 15 ans, lance une grève scolaire pour le climat. En quelques mois, son action se transforme en un mouvement mondial. Le réalisateur Nathan Grossman a suivi de près la jeune Suédoise: du premier jour des manifestations à Stockholm jusqu’aux Parlements du monde entier, mais aussi là où elle prépare, dans les coulisses, ses prochaines actions.

Qui ne connaît pas cette jeune femme d’exception ? Et pourtant il y a tant à apprendre sur elle. Pour moi, elle est une héroïne. Pour d’autres, elle est une sale gosse. Avec I Am Greta, vous pourrez la découvrir réellement.

2 – Favolacce (les frères D’Innocenzo) – Italie

Bad Tales - afficheIl était une fois, dans une petite banlieue familiale à la périphérie de Rome, la chaleur joyeuse de l’été camouflant une atmosphère étouffante d’aliénation. De loin, les familles semblent normales, mais c’est une illusion: dans les maisons, les cours et les jardins, le silence enveloppe le subtile sadisme des pères, la passivité des mères et l’indifférence coupable des adultes. Mais c’est le désespoir et la rage réprimée des enfants qui vont exploser et couper à travers cette façade grotesque, avec des conséquences dévastatrices pour l’ensemble de la communauté.

La désillusion des enfants, la génération sans avenir… Voici une autre thématique qui revient souvent depuis quelques années. Mais Favolacce (Bad Tales) est particulièrement déstabilisant. Non seulement ce film italien montre à quel point les enfants sont malheureux et désillusionnés quant aux possibilités que leur réserve l’avenir, mais il montre aussi que les adultes sont tout aussi désillusionnés quant à la vie. Un film raconté tel un conte de fée tragique.

1 – Êxtase (Moara Passoni) – Brésil

Extase - afficheDans la vie de Clara, le personnel et le politique sont intimement liés. Elle vit avec ses parents dans la banlieue pauvre de São Paulo qui est prise en charge par le crime organisé. Alors que sa mère devient une importante membre du Congrès à Brasilia, sa famille déménage dans le district fédéral. C’est là, alors que Clara sent que la vie de sa mère est de plus en plus menacée, qu’elle entre dans une spirale descendante d’autodestruction, dans laquelle la souffrance lui procure une force vitale. Car, moins elle mange, plus Clara ressent de la puissance et de l’énergie. Alors qu’elle se garde affamée, Clara plonge dans une routine basée sur des calculs, des répétitions et des rituels : elle cesse d’avoir ses règles et commence à ressentir une extase en « contrôlant » le temps. Elle tente d’imaginer une géométrie de la faim, théorème impossible où ses calculs de destruction incitent à la libération. À l’âge de 15 ans, avec 37 battements de cœur par minute et pesant 29 kilos sur un corps de 1,64 m, Clara est hospitalisée.

Mon top 5 se conclut par un autre film déprimant. Cette fois-ci, ce n’est pas la fin du monde ou la crise écologique qui en est le sujet, mais plutôt l’anorexie. Vous en avez déjà vu pleins de films sur ce sujet devenu presqu’ennuyant ? Eh bien vous n’en avez jamais vu un comme celui-ci. Une bande sonore magistrale, une actrice incroyable et quelque chose de choquant : la privation de nourriture amène le corps à un état d’extase. Outch !

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 Et vous, votre 2020, il était comment ?

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