Le 31 décembre arrive, et comme chaque année, je me lance le défi de vous offrir mon top 5 des meilleurs films que j’ai vus pendant d’année. Comme l’an passé, je vous propose deux bilans: un pour les courts métrages et un pour les longs métrages. J’ai la dure tâche de choisir parmi 81 longs et plus de 100 courts. J’ai même visionné un film de 14 heures!

Évidemment, ces films ne sont plus en salle, mais vous pourrez fort probablement les louer sur vos écrans prochainement.

C’est parti!

Courts métrages

5. S.D.R. (Alexa-Jeanne Dubé) – Québec

SDR - Alexa-Jeanne DubéS.D.R. utilise les codes des vidéos A.S.M.R. pour raconter une histoire, celle du sexe de rupture.

Si vous ne connaissez pas ce que sont les vidéos A.S.M.R., vous pourrez tout de même apprécier S.D.R., mais je vous conseille tout de même d’aller voir une ou deux vidéos avant. Ici, Dubé utilise une multitudes d’éléments et de prouesses techniques pour créer une oeuvre 100% originale. La technique de prise de son permet au spectateur de vivre une expérience unique. Mais attention, il faut mettre des écouteurs pour vivre l’expérience totale.

Quant à l’histoire, elle est tout ce qu’il y a de plus simple : un homme et une femme viennent de rompre, et ils se retrouvent pour une dernière baise intense. Au-delà du son, la jeune réalisatrice nous offre un univers visuel toujours aussi chaud et sensuel. Dubé sait montrer l’intime comme personne.

4. A film by Vera Vaughn (Sorrel Brae) – États-Unis

A film by Vera Vaughn - afficheDans cette histoire de fantômes version « ère numérique », la réalisatrice Vera Vaughn (Marin Ireland) travaille tard dans la nuit, sur le montage de son thriller, à propos d’une femme menacée par un intrus mystérieux. Mais quand elle est interrompue par un coup à la porte, le monde de Vera prend une tournure effrayante vers le surréel alors que la vie menace d’imiter l’art – ou est-ce l’inverse?

A Film by Vera Vaughn est un thriller en huis clos. Ici, Sorrel Brae imagine comment un artiste peut se perdre dans son oeuvre. Le film est tellement bien monté qu’on en vient, nous-mêmes, à douter du réel et du fictif. Un court métrage sublime qui démontre qu’il est possible de happer le spectateur en moins de 15 minutes.

3. Gun killers (Jason Young) – Canada

Gun Killers - uneGun Killers nous amène dans le paradis isolé de deux retraités et dans le travail secret qu’ils effectuent pour la Gendarmerie royale du Canada.

Encore un film à l’image magnifique. Dans Gun Killers, il n’y a pas d’entrevue, peu d’explication, pas de bla bla. On découvre simplement un des secrets de la Gendarmerie royale : la destruction des armes à feu illégales. Ce film est, pour moi, une des plus belles surprises que j’ai vues cette année. Vous savez ce type de film qu’on voit parce qu’on a rien de mieux à faire. Hé bien, il se place en 3e place. Vive le hasard!

2. Jaeborn, numéro par numéro (Roger Gariépy) – Canada

jaeborn3
Jaeborn posant avec un amateur d’art

En mars 2015, trois tableaux de l’artiste peintre Matt Jaeborn sont mis aux enchères chez Christie’s. Ces toiles ont de quoi surprendre, puisqu’elles sont en fait des peintures à numéros réalisées par l’artiste alors qu’il était enfant. Plus encore, le triptyque s’envole pour la somme faramineuse de 14 millions de dollars. Qui se cache derrière cet achat insensé? Que révèle-t-il de l’état du monde de l’art? Un documentaire captivant qui nous tient en haleine, tant cette enquête sur les dérives de l’art contemporain est passionnante.

Vous avez envie d’être déstabilisé? Vous en aurez l’occasion car Jaeborn sera présenté dans le cadre de Pleins Écrans en janvier 2020. Est-ce une critique sur le milieu de l’art contemporain? Est-ce un reportage sur un artiste étrange? Ce court métrage est simplement jubilatoire. Au moment où des oeuvres comme celles de Banksy et Maurizio Cattelan (Comedian, ou communément appelée la banane) font réagir l’univers entier, ce film touche un point important. Jusqu’où peut-on pousser l’art?

1. It’s nothing (Anna McGuire) – Canada

It s NothingEncouragée par une fille incroyablement parfaite, Robin retourne à la maison familiale et se met à creuser un trou. Plus elle creuse, plus elle s’enfonce dans l’autodestruction.

Quand on tombe dans des problèmes de désordre alimentaire, c’est souvent la tête qui crée de fausses images. Dans It’s Nothing, McGuire réussit à montrer avec une sublime justesse à quel point une personne qui vit ce genre de difficultés en vient à creuser son propre trou. C’est avec de puissantes métaphores que la réalisatrice crée une oeuvre forte. 

Longs métrages

5. The last black man in SF (Joe Talbot) – États-Unis

THE LAST BLACK MAN IN SAN FRANCISCOJimmie Fails (Jimmie Fails) n’a qu’un seul souhait : reprendre la propriété majestueuse jadis bâtie par son grand-père. Toutes les semaines, Jimmie et son seul ami, Montgomery (Jonathan Majors), partent en pèlerinage à travers San Francisco pour se rendre à cette demeure de rêve et s’imaginer une vie à laquelle ils n’ont pas accès, un quartier qui n’existe plus. Peinant à reprendre contact avec sa famille et matérialiser son univers utopique, ses aspirations domestiques l’empêcheront de reprendre contact avec la réalité de sa situation.

Après 2 ou 3 minutes de The Last Black Man in San Fransisco, on comprend que ce film sera spécial. L’introduction vibrante est simplement magnifique et jouissive. Le sujet de la gentrification est abordé avec originalité. Les personnages sont crédibles et l’environnement est réaliste tout en présentant des éléments qui s’apparentent à la fable. Et si la musique est importante dans votre vie, vous ne pouvez pas passer à côté de ce film.

4. Leto (Kirill Serebrennikov) – Russie

Leto - mais encore
Natacha et Viktor

Leningrad, un été du début des années 80. Tandis que les vinyles de Lou Reed et de Bowie s’échangent sous le manteau, une scène rock émerge en amont de la Perestroïka. Mike (Roma Zver) s’y est déjà fait un nom quand lui et sa belle Natacha (Irina Starshenbaum) rencontrent le jeune Viktor Tsoï (Teo Yoo). Ensemble, ils vont changer le cours du rock’n’roll en Union soviétique.

Je pourrais vous dire de voir Leto simplement pour le contexte dans lequel il a été produit. Ce n’est pas tous les jours qu’un réalisateur doit terminer son film alors qu’il est en garde à vu à cause de ses opinions politiques.

Si seulement ce n’était que ça… Mais ce long métrage nous lance dans une Russie des années 80 avec, par moments, des images complètement sautées. Le réalisateur intègre des images dessinées à travers des images classiques en noir et blanc. Une oeuvre qui critique ouvertement la Russie. Ce qui n’a pas plu beaucoup au gouvernement en place…

3. Sole (Carlo Sironi) – Italie

Sole - Le malaiseErmanno (Claudio Segaluscio) et Lena (Sandra Drzymalska) sont deux étrangers. Lena est venue de Pologne pour vendre son bébé. Ermanno doit prétendre être le père pour pouvoir confier le nouveau-né à son oncle Fabio (Bruno Buzzi). Alors que Lena rejette son désir maternel, Ermanno commence à assumer son rôle comme s’il était le père de Sole, la petite fille de Lena. De manière inattendue, ils vivront ensemble la vie de famille.

En regardant Sole, on ne peut que ressentir un grand malaise. La parentalité, la solitude et l’immigration sont au centre de ce touchant film italien. Des thèmes souvent présents dans le cinéma de la péninsule. 

Quand on voit des gens paumés qui travaillent fort pour s’en sortir, mais qui clairement n’ont pas ce qu’il faut pour y arriver, on comprend ce que signifie le mot « inégalité ».

2. Searching Eva (Pia Hellenthal) – Allemagne

Searching Eva - afficheEva – 25 ans, vagabonde, Berlinoise, poète, propriétaire d’un animal de compagnie, travailleuse du sexe, vierge, addict en rétablissement, femme au foyer, féministe, modèle – a déclaré que la vie privée était un concept dépassé à l’âge de 14 ans.

Le documentaire classique n’existe plus! Ok… J’exagère un peu. Mais il y a une forte tendance dans le documentaire, actuellement à scénariser et reconstituer ou performer des séquences tel qu’elles se sont passées. Searching Eva est exactement ça. La jeune Eva va même jusqu’à reconstituer une baise avec un de ses amis. 

Mais la femme qui a décidé que la notion de vie privée était dépassée est digne d’un documentaire la concernant. Un film surprenant qui nous amène à réfléchir sur notre monde moderne, sur la place des femmes et sur l’importance trop forte de l’image dans nos vies. 

1. Des histoires inventées (Jean-Marc E. Roy) – Québec

DES HISTOIRES INVENTÉES - afficheDes histoires inventées est un long métrage documentaire qui se veut un portrait d’auteur « sur et avec » André Forcier. C’est l’histoire d’un cinéaste d’exception et incontournable dans le paysage, un pilier de l’identité de notre cinéma national. C’est une occasion unique de revisiter l’ensemble de ses œuvres, reconnues comme étant fortement teintées de réalisme magique, par le biais de scènes recréées de chacun des films de sa cinématographie. C’est une promenade au milieu de son monde : apparaissant parfois comme un souvenir, une trace ou une mémoire.

L’oeuvre d’André Forcier est magistrale. Et, pour lui rendre hommage, Roy a créé rien de moins qu’une oeuvre magistrale. En intégrant Forcier dans ses propres films et en lui donnant l’occasion de les commenter, le réalisateur frappe un grand coup. Et il fait ce qui aurait dû être fait depuis longtemps : clamer haut et fort l’importance d’André Forcier dans le cinéma québécois.

***

Maintenant que vous savez quels films regarder en 2020, courez à vos écrans! Certains de ces films sont même disponibles gratuitement.

Bon cinéma!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *