
L’espace à la fois bienveillant et tumultueux d’une garderie est le point d’ancrage de cette exploration libre sur la petite enfance.

Construit en suivant progressivement l’évolution des âges à l’écran, le film nous entraine dans la bulle de différents enfants âgés de 1 à 5 ans, à cette étape où la conscience passe tranquillement du « Je » au « Nous ». À travers ces moments rarement filmés, la nature humaine s’installe progressivement.
Avec Jardin d’enfants, Jean-François Caissy offre un film d’observation de la petite enfance qui pousse à réfléchir sur ce que l’avenir a en réserve pour nous.
Jardin d’enfants n’est pas un film sur les garderies, mais bien sur les enfants. Le documentaire repose sur un parti pris stimulant : suivre un seul protagoniste à la fois pour s’immiscer dans son univers intime. En faisant successivement de chaque enfant le centre de notre attention, Jardin d’enfants nous invite à l’introspection, capturant ces précieux moments où chacun cherche à apprivoiser le monde qui l’entoure.

Ce sont bien les enfants qui sont le sujet, et on le voit par le fait que jamais on ne voit le visage d’un adulte. Un peu comme dans les dessins de Peanuts, les adultes deviennent une présence floue et non importante.
Comme le sujet n’est pas le système des garderies, on ne traite pas de tout ce qui ne fonctionne pas. On pose simplement le regard sur les actions et interactions des bambins. C’est au spectateur d’en tirer une conclusion. Un enfant donne une tape à un autre enfant, un autre console un bambin en larme, deux autres se chamaillent pour un jouet… Est-ce bien? Est-ce mal? Ce n’est pas le propos non plus. On observe ces comportements tout à fait typiques de l’âge de ces petites créatures.
Parmi les éléments les plus intéressants, on retrouve la structure même du film. Elle repose sur l’idée de présenter les enfants de façon à les voir grandir chronologiquement. On rencontre donc un premier groupe d’enfants d’environ 1 an, puis on se retrouve à suivre les péripéties de bambins de 2 ans et ainsi de suite. Ce choix de construction narrative permet au spectateur de vivre les différentes étapes du développement des tout-petits.

Mais c’est un autre choix plus subtil qui fait de ce documentaire une œuvre singulière. Afin d’appuyer l’idée que l’univers des enfants s’agrandit progressivement, le réalisateur adapte le format même du film en fonction de l’âge des protagonistes à l’écran. Le film débute donc avec les bébés dans un format d’image presque carré (1,33:1) puis s’ouvre progressivement pour finir en format plein écran (1,85:1) avec les plus grands. Le cadre s’élargit ainsi à mesure que l’univers des enfants prend de l’ampleur.
Jardin d’enfants n’est pas un film pour les parents. Ce n’est pas un film qui cherche un scandale non plus. C’est une œuvre qui cherche à montrer comment les jeunes enfants se développent, interagissent et découvrent le monde qui les entoure.

Le film se regarde tout aussi bien dans le lit sur une tablette, que sur la télé un dimanche matin. Il apporte aussi des éléments narratifs intéressants et invite à se questionner sur ces petites choses qu’on met au monde sans toujours bien comprendre toute la responsabilité qui vient avec.
Un joli film qui mérite d’être vu.
Bande-annonce
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