
Comme Fantasia célèbre ses 30 ans cette année, j’ai souhaité vivre complètement l’expérience du festival en visionnant le plus grand nombre de films possible. Donc, comme mon horaire risque d’être très chargé et que je n’aurais ainsi pas toujours le temps de faire des critiques complètes, je vous propose un format journalier, avec non seulement des avis à chaud des films visionnés à chaque journée, mais également un compte-rendu des évènements.

Écrire un scénario est déjà un défi en soi, alors imaginez quand tout le monde a son mot à dire, à l’exception de l’auteur. C’est exactement la situation à laquelle se heurte actuellement un scénariste de 70 ans. Tentant désespérément de concilier ses idéaux artistiques et les exigences de son patron, le scénariste a une idée extrême pour susciter l’inspiration. Très vite, tout le processus de création sombre dans la folie.
Rien n’est plus inspirant pour un cinéaste que le processus de création pour faire un film. Un procédé rempli d’embûches comme des différends artistiques, des problèmes de production et des manques d’inspiration. Et ça commence dès l’écriture du scénario, ce que Backstage Madness tente de retranscrire.
Car un scénariste en manque d’inspiration, à un point où il doit presque mourir pour en trouver, doit créer un nouveau film et plaire à son producteur qui incite à ce que ses contacts soient dans le film. En parallèle, on voit le film sortant du script en pleine écriture, avec les fameux contacts comme personnages.

Le problème, c’est que ce film dans le film représente 90% du long-métrage. L’aspect écriture du scénario, ce que Backstage Madness promettait, est tout simplement délaissé. Il n’y a aucun problème à mettre en scène ce second long-métrage, surtout qu’il contient des scènes très drôles, mais il faut le balancer avec ce que le film initial veut raconter. Sinon, tu réalises le faux film et tu ne mets pas cette histoire de scénario. D’ailleurs, pour quelqu’un qui a des difficultés d’écriture, il semble très inspiré.
On sent surtout que le cinéaste ne savait pas comment raconter son idée de base, donc il a fait du gros remplissage. Dans ce cas, il aurait dû se conter de faire un court-métrage.
Titre original : Shermendelik karnavaly
Durée : 79 minutes
Année : 2025
Pays : Kirghizistan
Réalisateur : Amanbek Azhymat
Scénariste : Amanbek Azhymat
Note : 3/10

Joan est une preneuse de son tourmentée, contrainte de rentrer chez elle après avoir reçu un appel inquiétant de son père malade et défiguré, un artiste célèbre qui se serait adonné à l’occultisme. Très vite, Joan se retrouve à nouveau plongée dans la maison de son enfance, un domaine autrefois somptueux et désormais délabré, habité par la soignante de son père, son fils, et bien sûr les nombreux péchés de son père qui semblent habiter chaque recoin du manoir.
Le concept de la maison hantée n’a pas seulement offert une excellente attraction à Disney World, mais aussi d’excellents films. Rebecca, The Haunting, Crimson Peak, tous des films qui ont permis, grâce à leur mise en scène, de rendre leurs maisons, soit un lieu inanimé, des personnages à part entière. Ce qu’essaie également de mettre en place Henry Chaisson dans Recluse.
Il a deux outils en sa possession pour se démarquer du genre. Un, une maison remplie d’œuvres d’art, le père de la protagoniste étant un artiste de renom. Le masque qu’il porte à cause de ses brûlures le fait d’ailleurs ressembler à une de ces œuvres. Deux, cette dernière est preneuse de son, ce qui fait que l’ambiance sonore est très importante dans le film.

Il y a de bonnes idées dans ce film, mais elles sont soit sous-exploitées, soit pas du tout utilisées. Le film n’est donc qu’une succession de moments, soit de la protagoniste qui explore le manoir avec son enregistreur, soit des apparitions fantomatiques. Mais tout est survolé et rien ne marque, alors que l’idée des films de fantômes est de nous familiariser avec le protagoniste et ses tourments représentés par les fantômes. Mais ici, c’est peu traité.
Recluse est un film rempli de potentiel, mais qui n’est pas sûr de savoir quoi en faire, rendant le long-métrage parfaitement oubliable
Titre original : Recluse
Durée : 102 minutes
Année : 2026
Pays : États-Unis
Réalisateur : Henry Chaisson
Scénariste : Henry Chaisson
Note : 4/10
Nettles et Applewhite élaborent une religion qui deviendra connue sous le nom de Heaven’s Gate — une secte liée aux ovnis promettant aux adeptes qu’ils pourraient se transformer en extraterrestres immortels et s’élever vers le ciel — et qui conduira au suicide collectif de 39 personnes vêtues à l’identique, au moment du passage de la comète Hale-Bopp près de la Terre en 1997.

De nombreux cultes ont marqué l’histoire, souvent pour des mauvaises raisons. Il y a eu le Siège de Waco en 1993, le meurtre de Sharon Tate par les disciples de Charles Manson en 1969 ou bien le sucide collectif de Jonestown en 1978. Ces événements tragiques ont été respectivement adaptés en mini-série, en inspiration pour le Once Upon a Time in Hollywood ou bien un futur film avec Leonardo Dicaprio. Dans The Leader, c’est le culte Heaven’s Gate qui est mis en avant.
Fondé en 1974 par Marshall Applewhite (Tim Blake Nelson) et Bonnie Nettles (Vera Farmiga), le culte avait pour croyance de pouvoir transcender leur forme humaine pour devenir un extraterrestre immortel. Une pensée qui mènera au suicide collectif d’Applewhite et de 38 autres membres en 1997, le plus grand aux États-Unis.
Le film est un biopic classique, racontant tous les événements qui mèneront à la création de cette nouvelle religion jusqu’au suicide collectif de 1997, montrant aussi l’endoctrinement des nouveaux membres et le doute de certains. Le film est surtout porté par les performances des acteurs. Ils offrent des performances solides, que ce soit Nelson et Farmiga, mais aussi Jim Parsons (Big Bang Theory) et Simon Rex (Red Rocket).
Mais comme la plupart des biopics, The Leader ne cherche qu’à raconter des faits au lieu de les questionner. Il n’y a pas de réelle réflexion au lieu de dire « les sectes peuvent être dangereuses », ce que l’on sait déjà. Une plus grande exploration sur pourquoi ces gens quittent tout pour rejoindre un culte, comment ils se sentent et finissent par être pris par cet endoctrinement, ou bien comment les leaders, qui sont au courant de la supercherie, arrivent à maintenir leur contrôle.
Il faut aussi se demander pourquoi le ratio de l’image change pour le segment de 1997, qui est un choix de réalisation bizarre.
Titre original : The Leader
Durée : 104 minutes
Année : 2026
Pays : Canada, États-Unis
Réalisateur : Michael Gallagher
Scénariste : Michael Gallagher
Note : 5/10
Airi est une médium itinérante solitaire allant accompagner les âmes errantes vers l’au-delà. En fait, elle n’est pas tout à fait seule, car le fantôme de sa sœur Miku, morte de façon tragique alors qu’elles étaient enfants, la suit et communique avec elle à travers les miroirs et autres reflets. Elle rejoint son employeuse Teiko et le fils un brin sceptique de cette dernière, Gunji, dans leur nouvelle acquisition, un ancien hôtel aussi somptueux le jour qu’infiniment glauque la nuit. Après leur avoir sèchement demandé de quitter les lieux, elle explore l’immeuble manifestement hanté par un esprit maléfique extrêmement agressif, tenace et horriblement défiguré.

Cette année à Fantasia, on retrouve plusieurs films appartiennent au sous-genre de la maison hantée. Après Ancestral Beasts et Recluse, nous avons droit à Never After Dark. La particularité de celui-ci est que le film est un mélange de culture, son réalisateur étant américain, mais tourné au Japon avec des acteurs nippons.
On retrouve, en particulier, Moeka Hoshi, que le grand public connaît pour avoir joué Usami dans la série Shogun. Elle incarne ici une médium capable de communiquer avec les fantômes, dont celui de sa sœur, et de voyager dans le monde des morts. Elle marque aussi par son attitude, plus laxiste, à un point où elle se met à danser saoul dans une maison hantée.
Le film met bien en place son concept, que ce soit la sœur ne pouvant parler qu’à travers les reflets, le fantôme au design unique et marquant, tous les passages dans le monde des morts et le twist de fin qui est vraiment bien trouvé et qui mène le film dans une autre direction.
Cependant, si les idées sont bien mises en place, le film aurait mérité un peu plus de punch. Certes, il crée une ambiance de maison hantée très planante, mais toutes les petites choses qu’il ajoute au genre du film de fantômes lui demandent d’aller plus loin, d’être plus fou, de mettre en scène des moments inoubliables. Mais le film se restreint trop et s’empêche de se déployer pleinement.
Titre original : Never After Dark
Durée : 105 minutes
Année : 2026
Pays : Japon
Réalisateur : Dave Boyle
Scénariste : Dave Boyle
Note : 6/10
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