
« Did you hit him? »
[L’as-tu atteint?]

Une tireuse d’élite à la retraite, réfugiée dans un ranch australien, doit reformer son escouade d’élite lorsqu’un chef de guerre assoiffé de vengeance menace sa fille.
Je me souviens qu’au début de ma carrière de critique avec Le Petit Septième en 2023, dans mon enthousiasme à vouloir voir tous les films qui sortaient, j’ai fini par heurter un mur; ou plutôt, un plancher. À ce moment, l’impression que n’importe quel film pouvait être appréciable, tout dépendant du point de vue que l’on prenait, guidait encore naïvement mon regard sur à peu près tout et n’importe quoi. Cependant, je n’osais alors imaginer que des films comme Kill Shot pouvaient exister. Pourtant, il m’était souvent possible d’être capable de rire des écueils de certaines productions, mais celui-là m’enleva une partie de mon âme (même si jusqu’à ce jour c’est Madame Web et Trap qui en ont le plus emporté).

Selon moi, cela requiert une expertise et un savoir-faire occulte que de faire consciemment un film (ou n’importe quelle œuvre finalement) qui soit foncièrement mauvais et d’essayer de le montrer sans gêne en toute impunité. Ce n’est pas comme si déjà à ce moment-là la situation des artistes, particulièrement au Canada, n’apportait pas son lot de préoccupation quant à la façon d’entretenir un apport qualitatif sans pour autant nuire à la quantité. Je ne sais pas pour vous, mais, personnellement, je trouve cela quasiment insultant de faire quelque chose juste parce que ça semble rapporter de l’argent. Ça peut sembler confus dit comme ça, mais qu’est-ce qu’un contracteur ressent en voyant un type louche vouloir démarrer sa propre compagnie de construction parce que « ça doit être facile », ou parce qu’il y a de beaux bidous à faire?
On ne demande pas nécessairement l’excellence à tout le monde, ou de réussir du premier coup, comme si nulle place n’était laissée à l’erreur; bien au contraire, le milieu artistique en est un d’apprentissages, d’essais et de découvertes. Toutefois, comme avec bien des performances (même dans les sports), on demande à ce que l’on puisse sentir la passion et le dévouement à son art tout au long du processus, même à la fin (personne n’aime voir des gens abandonner ou bâcler, surtout juste avant la fin). Me voilà donc bien heureux de pouvoir vous parler du film écrit par Andrew O’Keefe réalisé par Sandra Sciberras, Seven Snipers, mettant en scène Radha Mitchell dans le rôle de la mercenaire endurcie, nom de code VOODOO CHILD.
Oui, je sais. J’ai commencé comme si le film m’avait déplu et maintenant j’indique tout le contraire. Bon, je ne suis pas pâmé devant, en revanche je ne peux pas dire non plus que ce fut un flop, ou même, éperdument ennuyeux. Premièrement, l’histoire n’est pas complètement débile… en tout cas, le scénario ne l’est pas. J’entends par là que malgré que l’intrigue tombe dans un régime de second ordre, la manière dont l’histoire se déroule est fluide et captivante. On ne perd pas de temps avec les présentations classiques et les sempiternels dialogues assommants pour essayer d’être profond même si on n’a rien à dire. On a une femme, une fille, une ferme, 5 minutes et l’action est déjà là.

Bien entendu, le scénario offre peu de place à l’imagination, je ne veux pas vous divulgâcher toutes les péripéties, mais disons que le titre mentionne sept tireurs d’élite et qu’il n’en reste pas sept à la fin du film. Et de toute évidence, des tireurs d’élite préconisent davantage la tactique de camper une position en observant le paysage pour déceler sa cible. Par contre, on arrive quand même à garder un bon rythme en transformant le côté contemplatif en moments anxiogènes représentant bien l’atmosphère réelle de ce genre d’affrontement. Deuxièmement, on a une belle brochette d’acteurs pour supporter le premier rôle. Depuis le temps, je me demandais si c’était encore possible de faire des films avec plus d’un acteur connu pour des indépendants.
Le rôle de l’antagoniste, l’insubversible mercenaire au nom de code DRAGON, se retrouve entre les mains du toujours très talentueux et dévoué Tim Roth. Toutefois, ma plus grande surprise je l’attribue à la présence de Ioan Gruffudd, le Reed Richard originel, dans le rôle de MILK (nom de code encore, à ne pas confondre avec le film de 2008). Non, mais vous trouvez pas ça spectaculaire de le voir dans autre chose que Fantastic Four? Ceux qui suivent sa carrière me diront « Il a joué dans pleins d’autres trucs après! », mais moi je ne le savais pas. C’est, donc, une belle surprise, surtout que je ne l’ai reconnu qu’à la toute fin.
Mon troisième point, et il est très important, personne n’est inutile dans ce film. Pour un long métrage dans le genre de Seven Snipers, disons qu’on aurait facilement pu tomber dans les personnages clichés et les portes-pièces avec une attitude de victime potentielle de film d’horreur. Heureusement, chaque personnage est porté avec grâce par l’acteur qui l’incarne lui offrant une chance à la tridimensionnalité tacite qui donne envie de les voir évoluer tout au long du récit. Pas étonnant que ça soit autant déplaisant quand l’un des gentils de l’histoire tombe comme une mouche sous le feu ennemi.

C’est sûr qu’au final je ne suis peut-être pas époustouflé par le film, mais je reste tout de même impressionné, car la bande-annonce, à mes yeux, ne portait pas présage d’une œuvre divertissante. Ça me fait plaisir de voir qu’on peut toujours se tromper et être agréablement surpris. C’est aussi, à mon humble avis, un exemple qu’il est toujours possible de faire quelque chose de bon et d’unique sans pour autant viser le chef-d’œuvre, comme on dit. J’écouterais Seven Snipers cent fois avant de réécouter Kill Shot (et peut-être cent autres fois de plus, tient).
Pour faire une histoire courte, cher lectorat, je vous conseille de le voir, vous aussi, au moins une fois. C’est le genre de film qui – tout comme le tireur embusqué chevronné – n’a besoin que d’un seul bon tir pour réussir son coup. Une balle qui ne m’a peut-être pas fait exploser la cervelle, mais qui a su tout de même effleurer mon aorte artistique et lui laisser une petite marque.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième