Viking - une

Viking – La rencontre entre le grandiose et le cocasse

  « — À la question : “Vous accordez une importance à vos rêves? “ vous répondez?
— Vrai »

La Société Viking recrute des volontaires pour collaborer à la première mission habitée sur Mars. L’objectif est de former une équipe B d’alter ego qui vivra l’aventure en parallèle, en huis clos sur Terre, dans l’espoir de régler à distance les problèmes interpersonnels rencontrés par les cinq véritables astronautes qui se poseront bientôt sur la planète rouge. Le film raconte comment David, professeur d’éducation physique, saisit cette opportunité pour raviver son rêve de devenir astronaute et peut-être faire une différence.

Avant toute chose, je dois dire que ça fait du bien de voir Stéphane Lafleur revenir avec un nouveau long métrage, son dernier film Tu Dors Nicole remontant déjà à 2014. La patience en aura valu la peine puisque Viking représente à la fois une continuité dans son œuvre, mais également une audace renouvelée.  

La solitude et l’humour

On retrouve d’ailleurs toutes les caractéristiques de la touche Lafleur, notamment la solitude mélancolique qui semble habiter chaque personnage. Pour son quatrième long métrage, il a su renouveler et complexifier ces sentiments à l’aide d’un mécanisme de dédoublement identitaire, l’équipe de la mission Viking devant se plonger dans la tête et les émotions de l’équipe qui vient d’atterrir sur Mars. Ce qui est particulier avec ces doubles, c’est qu’ils sont seulement choisis en fonction d’une compatibilité de personnalité, sans considération pour l’origine ethnique ou le genre. Ceci permet, non seulement, de donner une autre couche psychologique à ses personnages et de questionner la nature humaine de manière presque psychanalytique, mais également de donner lieu à des situations cocasses. 

En effet, Viking, comme les autres réalisations de Lafleur, regorge de moments teintés d’un humour pince-sans-rire, qui sont souvent propulsés par Liz, une astronaute incarnée dans cette reconstitution par un homme cis-genre dans la soixantaine. L’humour provient également d’une attention particulière à des détails absurdes, comme l’écran diffusant un drapeau des États-Unis dans le vent en continu dans la salle d’attente.

L’identité québécoise 

Dans la relation entre l’équipe de Québécois.e et les Américains ayant commandé cette mission, on peut voir une critique du réalisateur sur l’américanisation, empruntant d’ailleurs au passage certains codes du cinéma hollywoodien pour y parvenir. Il caricature d’ailleurs 2001 l’odyssée de l’espace en transformant le robot tout puissant Hal en petite boîte distribuant des messages le matin. Viking demeure ainsi imprégné de l’identité québécoise dans sa lenteur mélancolique et son absence d’artificisme. 

On y retrouve tout de même des scènes teintées d’un onirisme sobre. Dans ses autres projets, les moments surréalistes apparaissent de manière plus sporadique et éruptive, comme c’est le cas du geyser à la fin de Tu Dors Nicole, alors que pour Viking, ils accompagnent le récit en parallèle. En nous plongeant dans les rêves des protagonistes, on aperçoit des symboles représentant son but ultime : aller sur Mars. Ceux-ci demeurent simples (un astronaute, la planète mars…), mais ils sont particulièrement efficaces lorsqu’ils sont accompagnés de la trame sonore : un jazz électronique à la fois éthéré et rythmé signé Organ Mood. 

Une mention spéciale également à Sarah Mishara à la direction photo, ses compositions d’images souvent simples, symétriques et en aplats mettent le vide de l’avant, s’accordant parfaitement avec le ton du récit. Tout comme pour Organ Mood, ils n’en étaient pas à une première collaboration avec le réalisateur, ce qui laisse croire qu’il a trouvé l’équipe capable de mener sa vision à terme. En espérant que son prochain long métrage arrivera avant 2030!

Fiche technique

Titre original
Viking
Durée
104 minutes
Année
2022
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Stéphane Lafleur
Scénario
Stéphane Lafleur, Eric K. Boulianne
Note
8.5 /10

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Fiche technique

Titre original
Viking
Durée
104 minutes
Année
2022
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Stéphane Lafleur
Scénario
Stéphane Lafleur, Eric K. Boulianne
Note
8.5 /10

© 2021 Le petit septième