« Il cinema è l’arma più forte. »
[Le cinéma est l’arme la plus puissante.]
– Benito Mussolini

Les États-Unis ont Hollywood; l’Italie a Cinecittà. Si le second est moins connu en Amérique du Nord, il n’en demeure pas moins qu’il parvient, depuis son inauguration en 1937, à concurrencer Hollywood comme l’imaginait Mussolini à l’époque. Avec plus de 3000 films à son actif, dont probablement plusieurs que vous connaissez bien et 90 nommés pour des Oscars (La vie est belle, par exemple), Cinecittà n’a rien à envier à son homologue américain.

De passage à Rome pour préparer Italie tout court!, Le Petit Septième a eu la chance de visiter les studios de production de Cinecittà et vous invite dans les coulisses du cinéma italien.

Petite histoire de Cinecittà

Cinecitta - pontone
L’entrée de Cinecittà

Inaugurée en 1937 par Benito Mussolini avec la célèbre phrase « Il cinema è l’arma più forte », Cinecittà était fondamentalement un outil de propagande fasciste, un moyen de faire valoir la culture italienne à travers le monde. De fait, entre 1937 et 1943, 279 films y sont tournés, tous soumis à la censure de Mussolini. En réaction à cette image léchée de l’Italie que montrait le cinéma promu par le Duce, un nouveau mouvement cinématographique voit le jour : le néo-réalisme. Plusieurs réalisateurs, dont les renommés Luchino Visconti et Roberto Rosselini, cherchent à montrer de près les problèmes vécus par le peuple dans les années d’après-guerre. Même si le néo-réalisme s’éteint en 1952, le cinéma italien des décennies suivantes conserve un penchant pour les enjeux sociaux et un discours engagé. 

ROMA
Roma

Ces films néo-réalistes sont cependant loin d’être les seuls à être tournés à Cinecittà, bien au contraire. Entre 1950 et 1965, les Américains commencent à y tourner des films (Quo Vadis, 1951; Ben Hur, 1959; Cleopatra, 1963), dotant Cinecittà du surnom de Hollywood sur le Tibre (Hollywood on the Tiber). Encore aujourd’hui, un scénario qui se déroule dans l’Antiquité ne peut être tourné ailleurs qu’à Cinecittà. C’est par exemple là qu’a été tournée la série américaine Rome (2005-2007). 

Pensé à l’origine par l’architecte Gino Peressutti, le complexe architectural de 40 hectares permet maintenant d’accueillir plus de 50 films par année, dans ses 21 studios. Cinecittà possède d’ailleurs le plus grand d’Europe, le studio 5, avec ses 2800 mètres carrés.

Cinecitta - maquette
Maquette de Cinecittà

Journal de visite

Cinecittà a beau être à Rome, elle s’apparente davantage à un oasis urbain au milieu de la campagne italienne. Pour vous y rendre, vous devez prendre la ligne de métro A jusqu’à l’avant-dernière station. Aujourd’hui à deux pas du métro, elle était, à l’époque de sa construction, plutôt difficile à rejoindre dans le voisinage du Parco degli acquedotti, un immense champ où se trouvent les ruines de l’aqueduc antique, si bien qu’un tramway spécial y amenait travailleurs et artistes.

Cinecitta - les lettresEn entrant sur le site, on est immédiatement charmé par la beauté simple des lieux. L’architecture épurée de Gino Peressutti s’intègre parfaitement aux pins parasols qui font de l’ombrage à la terrasse du café, au petit parc pour enfants créé à même les lettres géantes formant le mot « cinecittà » et au parcours de statues et d’accessoires iconiques ayant servi aux tournages. 

GERUSALEMME
Gerusalemme

La visite guidée nous fait ensuite découvrir différents décors créés pour des films, que ce soit les rues populaires et le centre politique de la Rome antique, recréés pour la série télévisée Rome, ou le temple de Jérusalem, qui a notamment servi pour La passion du Christ (Francesco Frigeri, 2004). L’aspect authentique de ces reconstitutions est frappant : on ne pourrait deviner que ces décors sont en fait composés de fibre de verre, ce qui les rend imperméables, mais jamais aussi pérennes et solides que ceux de pierre qu’ils imitent. Il a d’ailleurs fallu employer 40 peintres durant deux mois afin de recréer les couleurs de la pierre du temple… qui a servi pour 5 minutes durant le film!

La fabbrica dei sogni (La fabrique des rêves)

La dolce vita - affichePas de doute, Cinecittà est réellement une fabrique de rêves, comme la surnommait le réalisateur Federico Fellini. L’histoire de Cinecittà est d’ailleurs intimement liée à celle de Fellini, le réalisateur y ayant tourné nombre de ses films (8 ½, 1963; Roma, 1972; Casanova, 1976), dont le célébrissime La Dolce vita (1959). Dans ce classique, la via Veneto de Rome a été entièrement récréée dans les studios de Cinecittà. Pour Casanova, Venise, avec ses canaux et ses gondoles, a même refait surface dans le studio 5, grâce à ses deux souterrains qui peuvent être remplis d’eau. Soyez sans crainte, la Fontaine de Trévi que vous voyez dans La Dolce vita est bel et bien celle de Rome! Ce que vous ne savez pas, cependant, c’est que la scène a été tournée en février, un mois plutôt froid même à Rome, pour éviter les hordes de touristes qui s’y massent d’ordinaire… 

Fellini aimait tant travailler à Cinecittà qu’il y a fait aménager un petit studio où il vivait et recevait des artistes avec qui il travaillait. En hommage à ce réalisateur qui a tant contribué au rayonnement du cinéma italien, un des édifices du complexe porte aujourd’hui son nom.

Cinecittà si mostra

Sala Fellini
Sala Fellini

C’est d’ailleurs dans la Palazzina Fellini que débute l’exposition Cinecittà si mostra, que vous pouvez visiter depuis 2011 après avoir parcouru les lieux de tournage. L’exposition retrace d’abord l’histoire de la construction du complexe architectural et souligne l’importance de Fellini dans l’histoire du cinéma italien et de Cinecittà elle-même, en lui accordant quelques salles. 

L’exposition se poursuit dans la Palazzina presidenziale, où le visiteur est immergé dans l’histoire du cinéma italien, de 1937 à aujourd’hui. Il est ensuite invité à voir l’envers du décor d’une production cinématographique dans les salles interactives consacrées aux costumes, à la bande sonore, au doublage ou encore à la post-production. La visite guidée et l’exposition Cinecittà si mostra sont montées de manière accessible et plairont ainsi autant aux amateurs qu’aux néophytes. Les tout-petits peuvent même apprivoiser le cinéma grâce aux programmes éducatifs montés par l’institution et son petit complexe Cinecittà dei bambini. 

***

En somme, lors de votre prochain séjour à Rome, un détour par Cinecittà s’impose. Si vous êtes fans de cinéma, ou si vous n’y connaissez pas grand-chose, Cinecittà si mostra saura vous charmer et vous donnera, comme elle l’a fait pour nous, une envie irrésistible de vous plonger ou vous replonger dans le cinéma italien. Pas de doute, cette visite à Cinecittà a été un bel avant-goût de l’évènement Italie tout court!… qui commence le 9 août !

 

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