« Et un matin, précisément ici dans cette cuisine… Il m’a dit… Demain, je te quitte. »

Impetus - afficheUne cinéaste (Jennifer Alleyn), en plein tournage à New York, s’interroge sur l’origine de l’impulsion. Alors que son acteur principal (Emmanuel Schwartz) quitte le tournage, elle devra faire preuve d’ingéniosité pour mener à bien son projet.

Présenté en première mondiale à la 21e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) en « Compétition nationale longs métrages », Impetus de Jennifer Alleyn est ce que la réalisatrice appelle un « film hybride, ou transgenre! Une aventure filmique qui passe du masculin au féminin, de Montréal à New York, du réel à l’imaginaire… »

Impetus n.m. Élan. Force de mouvement.

Impetus - Pascale Bussière - Force de mouvement
Pascale Bussières à New York

Impetus vient du latin (im = dedans et petere = chercher). Avec ce film, la réalisatrice scrute l’émotion profonde, cet espace où se transforme l’être en proie à l’anéantissement. Elle ausculte ce « temps mort » qui s’avère fécond puisqu’il prépare le prochain élan. D’où le titre.

Et du mouvement, il y en a dans ce long métrage. Un ingénieur délaissé par son amoureuse, une cinéaste abandonnée par son acteur, une amie comédienne en recherche intérieure (Pascale Bussières), un musicien philosophe ayant remisé sa guitare (J. Reissner), tous ont frappé un mur. Ce sont ces 4 individus que nous suivons entre Montréal et New York. Quatre personnes reliées par le besoin d’un nouvel élan libérateur.

Hybride

Impetus - Hybride
Emmanuel Schwartz à Montréal

Utilisant une forme hybride qui fait place au processus créateur de tous, Impetus fait cohabiter documentaire et fiction, dans une ode aux possibilités qu’offrent les interstices entre le réel et l’imaginaire.

On dirait que cette forme hybride entre documentaire et fiction me harcèle depuis un an… Par contre, ici, on ne revendique pas qu’il s’agit d’un documentaire. Donc, j’achète. Mais je dois avouer qu’au début, j’étais un peu perdu dans tout ça.

Mais en choisissant cette forme hybride et en laissant le spectateur le deviner, Alleyn prend un gros risque. Ceux qui ne savent pas qui est Emmanuel Schwartz risquent d’être perdus dans tout ça. Pour les gens qui aiment un cinéma plus intellectuel, Impetus sera probablement un régal.

La réalisatrice expliquait avoir fait le pari de mélanger fiction et cinéma-vérité. Elle a d’ailleurs dédié le film à Michel Brault. Ce fut une très belle idée que d’utiliser un canevas souple, sur lequel elle a placé les acteurs dans des situations réelles, où ils improvisaient, avec des gens de la rue, à New York. C’est là que l’on peut reconnaître le cinéma des Brault, Perrault et compagnie. C’est aussi ce choix qui contribue à ce qu’on ne sait plus ce qui était mis en scène et ce qui ne l’était pas.

Mais encore…

Impetus - Mais encore
Pascale Bussières au MET

Voguant librement entre la fiction et le documentaire, l’autoportrait et l’essai poétique, Montréal et New York, le plus récent film de Jennifer Alleyn est une méditation sur la création, la poésie du quotidien, la solitude et la beauté des contacts humains. La réalisatrice se met elle-même en scène dans ce film qui pourrait être classé comme expérimentation sur le cinéma libre. En permettant aussi à ses acteurs une grande liberté créatrice, Impetus devient une ode à l’écoute de l’autre et aux possibilités qu’offrent les interstices entre réel et imaginaire.

Mais Impetus est avant tout une aventure filmique qui nous amène à nous questionner sur les causes qui motivent une personne à se mettre en mouvement.

Note : 8/10

Visionnez la bande-annonce :

One Comment

  1. Impetus est effectivement un vrai régal. J’adore son silence auquel l’on ne s’attendrait pas, sa mise en abyme qui nous montre que, finalement, chaque être – réel ou imaginé (mais quelle différence, en vérité?) – a besoin de narratives, a besoin qu’il soit racontable, qu’il trouve des chemins afin de faire passer ses moments de vide et d’échec, en rétrospective, comme des moments nécessaires pour la suite de l’histoire. Reprendre la vie après la perte et le chagrin – c’est ce qu’Impetus nous enseigne en toute modestie.
    Petit Septième, votre année a commencé avec des documentaires exceptionnels – 28 jours et celui-ci – et c’est avec un immense plaisir que je me laisse suprendre chaque semaine par vos nouveautés cinématographiques. Merci.

    Andrea

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