
« Garde les yeux sur moi et tu grandiras toi aussi. »

Saviez-vous que le réalisateur palmé Hirokazu Kore-Eda (Shoplifters, Monster) a déjà adapté des mangas. Bien évidemment, ce ne sont pas des adaptations de shonen avec des grosses scènes d’action et des héros qui crient pour devenir plus fort, mais des drames plus intimistes. Ces films étaient : Air Doll en 2009, adaptation du manga Kuuki Ningyo de Yoshiie Gōda, et Our Little Sister en 2015, adaptation de la série Umimachi Diary de Akimi Yoshida, l’autrice de Banana Fish. Des mangas qui ne sont pas les plus connus, contrairement à celui servant de base au nouveau film du cinéaste.
Car il s’agit non seulement de l’adaptation d’un one-shot de l’auteur acclamé Tatsuki Fujimoto, connu pour Fire Punch et, surtout, Chainsaw Man, mais cette même histoire a été adapté en un moyen-métrage animé de 56 minutes par Kiyotaka Oshiyama en 2024. Un film qui a été un grand succès, ce qui braquera encore plus les projecteurs sur l’adaptation de Kore-Eda de ce manga, intitulé Look Back.
Fujino, une étudiante bien dans sa peau, et Kyomoto, une jeune femme anxieuse et solitaire, partagent une même passion : le dessin. De leur rêve commun de devenir mangaka naît une amitié fusionnelle qui perdurera jusqu’à l’âge adulte, au fil des épreuves de la vie.
Le grand défi pour le réalisateur nippon est de transposer ce récit, basé sur une histoire courte et elle-même adapté en un film de moins d’une heure, pour en faire un long-métrage de 100 minutes. Le manga et l’anime n’hésitent pas à faire usage de leur médium respectif pour transposer en quelques instants une amitié construite en plusieurs années. Mais ici, Kore-Eda semble avoir trouvé un équilibre entre le rythme rapide des précédentes versions et son ton plus posé.
Le film retranscrit l’histoire de ses deux amies racontées en quelques instants grâce à un montage qui donne la même sensation. Et même si on aurait souhaité que cette histoire soit plus calmement exploré pour mieux s’y investir, le film se permet de prendre son temps quand même, surtout en filmant avec soin le processus créatif derrière la création d’un manga, ce que le dessin n’arriverait pas à retranscrire aussi fidèlement.
Mais le cinéaste arrive à être fidèle à l’œuvre qu’il adapte, même à travers sa mise en scène. Certains plans semblent être tirés du manga de Fujimoto et le montage nous donne l’impression de lire les cases d’un manga. Cela est aidé par le fait que le découpage du cinéaste était, à la base, très cinématographique. Le réalisateur est donc ici tout à fait à l’aise pour implanter son style calme et posé qui a fait sa renommée.

Le film est donc aussi une lettre d’amour à l’art du dessin et au manga, offrant un aperçu des différentes techniques utilisées par les artistes, mais aussi en démontrant le pouvoir qu’il a pour rapprocher les gens et charmer les lecteurs. Le film se permet aussi de montrer les réalités de l’industrie, même s’il évite de décrire la pression des éditeurs envers les auteurs, et autres points sensibles du milieu.
Mais plus que l’art du manga, le véritable cœur du récit est cette amitié entre une jeune fille passionnée et populaire et une dessinatrice prodigieuse, mais recluse. Deux personnages principaux absolument attachants qui s’aident pendant des années (avec un recasting absolument parfait), alors que leur rencontre avait commencé par une rivalité.
Une amitié à la conclusion tragique, amenant le film à un point tournant inattendu et à première vue hors de propos, mais qui finit par être le moment qui apporte au film, et également au titre, tout son sens, et qui risque fortement de faire couler des larmes. Même si, là encore, le long-métrage n’a pas la même puissance émotionnelle que la version animée et le manga. Et le live-action reste très émouvant, montrant tout ce que cette histoire peut apporter.
Avec Look Back, Kore-Eda avait deux grandes œuvres derrière lui. Mais son adaptation n’a rien de honteux et arrive même à se démarquer, donnant au final un excellent film.
Look back est présenté au FNC les 10 et 18 octobre 2026.
Bande-annonce
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