
Pour cette édition 2026, le Festival Fantasia a célébré le travail du réalisateur japonais Takashi Shimizu, grande figure de la J-Horror à qui l’on doit notamment la saga Ju-on, ou The Grudge en Amérique du Nord.
Non seulement le réalisateur présente deux films au Festival, soit la première nord-américaine de The Mouths, ainsi que la première mondiale de Village of Eight Gravestones, et il recevra également le Cheval noir du Prix de carrière honorifique.
Nous avons eu la chance et l’honneur de nous entretenir avec le réalisateur pour discuter de son rapport à l’horreur, de la création de Ju-on et de l’ensemble de sa carrière.

Je tenais à vous dire que c’est un honneur de vous rencontrer. Et comme je le disais hier, c’est votre anniversaire aujourd’hui, alors je vous souhaite un très joyeux anniversaire!
Merci beaucoup!
Pour ma première question : vous avez principalement réalisé des films d’horreur au cours de votre carrière. Avez-vous une relation particulière avec ce genre? Quel regard portez-vous sur les films de genre?
En ce qui me concerne, la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts de réalisateur est liée au cinéma d’horreur. Je suis devenu fan de ce genre un peu par hasard. Au départ, je ne voulais pas faire uniquement des films d’horreur, mais il s’est avéré que j’y étais doué. J’en suis très heureux et reconnaissant.
Mais en réalité, j’aimerais vraiment réaliser des comédies. Beaucoup de gens apprécient mes films d’horreur, c’est ma force et c’est ainsi que j’ai commencé. Je suis ravi de voir que cela plaît au public, mais dans l’absolu, mon souhait serait de faire de la comédie.
Qu’aimeriez-vous aborder ou créer dans une comédie?
Je pense que la comédie est un genre très difficile. Le sens de l’humour varie énormément selon les pays et la sensibilité de chacun. C’est la même chose au Japon qu’ailleurs : tout dépend des goûts personnels. J’aimerais réussir à trouver ce qui peut faire rire tout le monde, toucher à l’intérêt universel.
Je pense d’ailleurs que c’est la même chose pour les films d’horreur. Tout dépend des goûts : nous ne sommes pas tous effrayés par les mêmes choses. C’est un aspect très important pour moi, et il y a beaucoup de similitudes entre l’horreur et la comédie à ce niveau-là.
Vous dites que tout le monde n’a pas peur des mêmes choses. Y a-t-il quelque chose qui vous terrifie personnellement et que vous aimeriez retranscrire dans vos films?
Il y en a beaucoup ! Je n’ai pas vraiment vécu d’expériences paranormales moi-même, mais j’ai entendu beaucoup d’histoires racontées par d’autres : des acteurs, des membres de l’équipe technique, ma sœur, ou des collaborateurs. J’aime reprendre ces récits et ces idées pour les intégrer dans mes films. Il y a énormément de choses qui m’effraient, et même sans vécu spirituel direct, j’utilise beaucoup ces témoignages.
Vous êtes célèbre pour avoir créé le film Ju-On. Comment vous est venue cette idée, et pensez-vous que le film aurait un tel succès à l’international?
Je ne pensais absolument pas que cela aurait autant de succès. J’ai écrit cette histoire quand j’étais étudiant à l’université. À l’origine, ce n’était pas une histoire d’horreur, mais un récit de suspense.
L’histoire parlait d’un petit garçon de sept ans qui ne pouvait plus aller à l’école. Son professeur, inquiété par la situation, décidait de se rendre chez les parents de l’enfant. Une fois sur place, des événements très étranges se produisaient. C’est à partir de ce court récit de suspense que j’ai développé l’idée, qui a évolué vers l’horreur pour finalement devenir Ju-On.
Le succès a été tel que les Américains ont voulu en faire un remake, que vous avez vous-même réalisé — ce qui était une première pour un réalisateur japonais. On sait que le système américain est très différent du système japonais. Comment s’est passée votre expérience à Hollywood?
Sur le premier film (The Grudge), j’ai eu énormément de disputes avec le producteur ! Je lui disais même : “Renvoyez-moi, prenez-moi un billet d’avion et je rentre au Japon!”

Mais avec le recul, j’ai compris qu’il fallait adapter le film pour le public américain. Le système de production, l’approche créative, mais aussi les aspects culturels et religieux étaient totalement différents. J’ai eu beaucoup de difficultés avec cela, mais j’ai énormément appris. Aux États-Unis, il faut faire des compromis pour cibler le public américain. Ce fut une expérience très enrichissante, notamment pour comprendre leur vision religieuse du cinéma d’horreur.
Vous n’avez pas seulement réalisé des films : vous avez aussi travaillé pour la télévision, un jeu vidéo, et il parait que vous avez écrit un manga. Parmi tous ces médias, quel est votre préféré?
Ah, je n’ai pas écrit de manga! Il existe bien une adaptation en manga de Ju-On, mais ce n’est pas moi qui l’ai écrite.
Parmi tous les médias sur lesquels j’ai travaillé (télévision, jeux vidéo, etc.), celui que je préfère reste, sans hésiter, le cinéma. J’ai réalisé le film, et le jeu vidéo Ju-On en a été dérivé. Le cinéma est vraiment ce que j’aime le plus. Mais pour l’avenir, j’ai un rêve : réussir à écrire un livre pour enfants.
Une dernière question : vous êtes invité aujourd’hui au festival pour recevoir le prix d’honneur du Cheval Noir (Black Horse of Honor). Que ressentez-vous par rapport à ce festival?
C’est la première fois que je viens à ce festival, et cela coïncide avec mes 30 ans de carrière. C’est un véritable honneur de recevoir une telle distinction, j’en suis très heureux.
Jusqu’à présent, beaucoup de mes films ont été présentés à Fantasia, mais je n’avais jamais eu l’occasion de me déplacer en raison d’emplois du temps chargés. Venir cette année et recevoir ce prix honorifique est un grand privilège. J’espère sincèrement avoir l’occasion de revenir
Traduit de l’anglais par Anatole Demougin.
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