Fantasia 2026 — Dans les coulisses de Cherry & Virgin - Une

[Fantasia] — Dans les coulisses de Cherry & Virgin

Découvert au festival Fantasia en 2019 avec son court-métrage très remarqué, A Japanese Boy Who Draws, le réalisateur Masanao Kawajiri fait son grand retour sept ans plus tard avec son tout premier long métrage, Cherry & Virgin. À l’occasion de cette sortie très attendue, on a eu la chance de le rencontrer et de lui soutirer quelques secrets de fabrication sur ce projet hors norme et inédit, né d’une longue production indépendante.

Cherry and Vírgin - Affiche

(Avant de plonger dans notre échange, sachez que vous pouvez également retrouver la critique du film écrite par mon confrère David juste ici).

Entrevue avec Masanao Kawajiri

Dans votre court-métrage “A Japanese Boy Who Draws”, le style graphique évoluait pour montrer le héros grandir. Dans “Cherry & Virgin”, vous reprenez ce procédé en mélangeant énormément de styles d’animation différents. Pourquoi ce concept vous tient-il tant à cœur, et qu’est-ce que ça vous permet d’exprimer sur des personnages adultes?

En fait, l’idée vient de mon tout premier projet. À l’époque, je m’étais pas mal documenté sur le développement des enfants, en lisant des livres sur l’éducation et sur la manière dont on grandit. En voyant ça, je me suis dit : « Tiens, ce serait super intéressant de traduire ce processus visuellement, directement à travers l’animation. »

Dans l’animation japonaise traditionnelle, on a une habitude très ancrée : le character design est ultra-figé. Souvent, le personnage est dessiné d’une façon qui enferme complètement l’univers autour de lui. Ça le limite énormément. De mon côté, je ne voulais surtout pas que mes personnages soient bloqués ou restreints par un design unique. Je voulais qu’ils soient libres, qu’on sente qu’ils peuvent évoluer et grandir.

Masanao Kawajiri
Masanao Kawajiri

Dans Cherry & Virgin, on a poussé cette idée encore plus loin. On ne se focalise pas uniquement sur le personnage principal. Le changement de style sert aussi à intégrer les autres, les gens qui gravitent autour de lui, pour que tout le monde fasse vraiment partie intégrante de cette évolution visuelle.

Pour concevoir vos personnages, vous avez collaboré avec deux mangakas très spécialisés : Katsuya Takayanagi pour l’érotisme et Ryo Nakaharu pour le Boys Love. Qu’est-ce que leur participation a apporté à votre propre vision du film? Est-ce que leur regard a modifié votre façon de percevoir ou de raconter vos personnages?

Leur rôle est allé bien au-delà du simple design des personnages. Ils nous ont vraiment aidés sur l’animation pure, mais aussi sur l’écriture de l’histoire en elle-même.

On a eu énormément de réunions pour discuter des détails. Ils ont vraiment apporté leur propre vision sur le scénario et sur la psychologie des scènes. Par exemple, pendant nos discussions, ils pouvaient me dire : « Attends, ce personnage-là ne dirait jamais une phrase pareille, ça ne colle pas. » Du coup, on ajustait, on réécrivait les lignes de dialogue ensemble.

Masanao Kawajiri
Masanao Kawajiri

C’est vraiment grâce à ce genre d’échanges et de retours constants que les personnages ont pris de l’épaisseur. Ça a clairement donné beaucoup plus de vie au film. 

Le film mélange de la 2D classique, des esquisses, de la rotoscopie et des styles d’artistes très différents. Comment avez-vous travaillé avec Maeda Mic pour garder une harmonie visuelle et éviter que le film ne devienne un chaos visuel?

Pour être tout à fait honnête, au tout début de la production, je n’avais pas une idée ultra-claire de là où je voulais aller, ni de comment harmoniser tout ça. Mais je savais qu’en bossant avec ces artistes, croiser nos idées allait donner quelque chose de super intéressant.

Le vrai déclic est arrivé quand on a fait un premier test. J’ai demandé à l’équipe de monter une scène rapide pour voir ce que donnait la cohabitation des deux personnages avec leurs styles graphiques bien distincts. Quand j’ai vu le résultat, j’ai explosé de rire. J’ai ri non-stop pendant une heure!

Rien qu’avec cette petite scène d’essai, le contraste me faisait tellement marrer que je me suis dit : « Bon, si ça me fait rire à ce point, c’est que ça marche. On est sur la bonne voie. » Avec Maeda Mic, le but n’était pas d’effacer les différences pour lisser le film, mais d’accepter ce décalage pour en faire une force.

Vous utilisez beaucoup la rotoscopie dans votre travail. Pourquoi teniez-vous absolument à utiliser cette technique pour “Cherry & Virgin”? Est-ce qu’on peut dire que sans la rotoscopie, ce film et son atmosphère si singulière n’auraient tout simplement pas pu exister?

C’est une technique majeure pour moi, mais son utilisation sur ce projet est aussi très liée à notre façon de travailler. Il faut savoir que toute la phase de rotoscopie s’est faite en pleine pandémie de Covid-19. On n’avait pas de grand studio classique derrière nous, on était en production très indépendante, presque artisanale.

Cherry and Vírgin - Vous utilisez beaucoup

Le fait de devoir filmer en prises de vues réelles pour ensuite tout retracer par-dessus nous a permis d’apporter un réalisme incroyable dans les mouvements et les attitudes des personnages. Sans la rotoscopie, on n’aurait jamais pu capter cette gestuelle si particulière, ces petits moments de gêne ou de complicité physique entre nos personnages. C’est ce décalage entre le dessin et le mouvement réel qui crée toute l’atmosphère intime du film. Donc oui, sans elle, le projet n’aurait pas du tout la même âme.

La production du film a duré 5 ans depuis la campagne de crowdfunding. Comment votre propre vision de l’histoire et des personnages a-t-elle évolué pendant cette longue production indépendante?

Ça a été un très long parcours, avec pas mal de complications. Déjà, comme je le disais, la pandémie est arrivée en plein milieu, ce qui a beaucoup ralenti les choses. Et puis, je n’avais pas de structure fixe. Par exemple, les artistes avec qui j’ai collaboré pour les designs de personnages sont des personnes que j’ai simplement trouvées sur Internet et contactées directement. Forcément, gérer les emplois du temps de chacun à distance dans ces conditions, c’était un énorme casse-tête logistique.

En plus de ça, leur niveau de qualité était tellement élevé que j’ai fini par avoir une grosse phase de doute. Je me disais : « C’est génial, mais si on continue avec ce niveau d’exigence obsessionnel sur chaque plan, on ne va jamais finir le film. »

À un moment donné, j’ai dû prendre une décision difficile de réalisateur : il a fallu accepter de baisser un tout petit peu la barre sur certains détails techniques. C’était indispensable pour pouvoir avancer et enfin boucler le projet, sinon on y serait encore.

Dans votre court-métrage comme dans votre long-métrage, vos personnages principaux sont toujours des dessinateurs ou des mangakas. Est-ce un sujet que vous aimez traiter exclusivement, ou est-ce que vos prochains projets mettront en scène des personnages issus de milieux différents?

Ce serait super sympa de faire un film avec des personnages qui ont un tout autre métier, c’est sûr. Mais la grosse difficulté, c’est que je dois absolument choisir une profession que je connais et que je comprends de l’intérieur. Si je ne maîtrise pas le sujet, je n’arriverai pas à insuffler les bonnes émotions ni à rendre le personnage crédible.

C’est un peu ce que fait Hayao Miyazaki. Dans son film Le vent se lève (Kaze Tachinu), le héros conçoit des avions. S’il a choisi ce métier, c’est parce que Miyazaki est lui-même un immense passionné d’aviation depuis toujours. C’est cette connaissance et cette passion intime qui rendent son personnage si fort et si touchant.

Pour mes prochains projets, j’aimerais beaucoup explorer d’autres univers que le dessin, mais il faudra d’abord que je trouve un métier que j’arrive à comprendre et à m’approprier totalement pour pouvoir créer des personnages sincères.

Cherry and Vírgin est présenté au festival Fantasia le 18 juillet 2026.

 Bande-annonce

Fiche technique

Titre original : Cherry and Vírgin
Durée : 87 minutes
Année : 2026
Pays : Japon
Réalisateur : Masanao Kawajiri
Scénariste : Misato Kaga
Note : 9/10

Fiche technique

Titre original
Cherry and Vírgin
Durée
87 minutes
Année
2026
Pays
Japon
Réalisateur
Masanao Kawajiri
Scénario
Misato Kaga
Note
9 /10

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Fiche technique

Titre original
Cherry and Vírgin
Durée
87 minutes
Année
2026
Pays
Japon
Réalisateur
Masanao Kawajiri
Scénario
Misato Kaga
Note
9 /10

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