
« Burn with me, soft and orange. »
[Brûle avec moi, douce et orangée.]

Emily (Zola Grimmer) est à l’origine de deux tragédies bouleversantes survenues très tôt dans sa vie, et elle en ressent le poids comme une malédiction. Sur les conseils de son père, elle accepte un poste dans un camp de vacances pour jeunes en difficulté afin d’apaiser sa culpabilité. À son arrivée, elle est accueillie chaleureusement par les autres animateurs, qui l’acceptent telle qu’elle est et l’entourent de paix et de pardon. Alors qu’Emily commence à entrevoir une nouvelle vie, elle entend une voix murmurer au fond des bois – une voix qui l’exhorte à rentrer chez elle, une voix qu’il lui sera peut-être impossible d’ignorer.
Le cinéma a subi une grosse perte en janvier 2025, alors que l’on apprenait le sort funeste d’une icône du 7e art, David Lynch. Il n’y a pas à dire, on ne remplace pas un aussi gros morceau avec seulement de la bonne volonté et un peu d’argent en criant action. Ça prend aussi du talent, une expertise, un savoir-faire unique, ou comme le chantait Serge Fiori; tout ce monde qui ont quelque chose à raconter (à quelques mots près). Le film CAMP, réalisé par Avalon Fast — dont François Grondin a déjà fait la couverture de certains de ses projets passés — nous indique que ce n’est pas demain la veille que l’on retrouvera ce qui fût perdu.

Le film met en vedette Zola Grimmer, dans le rôle de la protagoniste Emily, accompagnée par ses consoeurs Alice Wordsworth, Cherry Moore, Lea Rose Sebastianis, Ella Reece, Izza Jarvis, Sophie Bawks-Smith, ainsi que le chaste Austyn Van De Kamp interprétant les collègues qui l’accueillent au camp.
L’histoire tourne majoritairement autour du quotidien, si on peut dire ça comme ça, d’Emily alors qu’on lui propose de devenir monitrice dans un camp pour jeunes en difficulté. Pourquoi le lui propose-t-on? Tout simplement parce qu’elle ne va pas bien et s’en veut d’avoir causé la mort de deux personnes. Bien évidemment, rien de mieux que de remonter à cheval après une chute; ou quelque chose du genre, non? Malgré cette bonne idée, Emily à tout de même du mal à retrouver le sourire, surtout avec l’ambiance étrange qui entoure les autres monitrices du camp.
Si vous vous êtes déjà demandé une fois, de quoi aurait l’air un film de David Lynch réalisé par Andrew Fleming (The Craft, 1996), vous serez sûrement heureux d’apprendre que c’est exactement ça l’effet ressenti avec CAMP; pour ma part du moins. On utilise du montage décousu avec des effets stroboscopiques, ou de la monochromie intense, très gros plan, et tout le tralala, l’ensemble est accompagné d’une mélodie rappelant le vaporeux Antonio Badalamenti. L’esthétique est là, un peu de pudeur en moins, mais voilà qu’après une croquée, on remarque immédiatement cette saveur nouvelle-vieille formule revisitée; manque plus que le slogan : « bon vieux goût, juste du neuf ».

Pourtant, j’adore Twin Peaks, Mulholland Drive ou Blue Velvet. Je n’ai aussi aucune haine particulière envers The Craft ou The Blair Witch Project (bon, OK. Peut-être que je l’aime pas beaucoup lui), mais quand même je suis capable d’apprécier une bonne oeuvre, peu importe l’atmosphère ou le genre global (quoique, j’ai vu Mysterious Skin cette année et franchement j’aimerais « dévoir celui-là », je pensais que c’était un film d’extra-terrestres!). Pour CAMP, c’est dommage quand on ne voit que les hommages se perdre dans le vide des images et de la trame narrative.
Ce qui m’a vraiment déplu, c’est cette impression que plus le film avançait moins j’avais l’impression qu’on faisait attention à mon expérience de spectateur. Le fil de l’histoire s’interrompt constamment pour nous plonger dans le lyrisme et l’onirisme; mais pourquoi? Pour me perdre, pour que je trouve ça « fucké », pour m’impressionner? Si le but consiste à m’étaler des connaissances sous le nez pour que je devine les références, j’aimerais préciser que ce n’est pas vraiment la raison pour laquelle j’écoute un film, ou du moins, pour laquelle je le trouve bon.
Tout ça me donne l’impression qu’à chaque fois qu’on pouvait enfin trouver un ancrage pour s’identifier un peu plus aux personnages ou à l’histoire… La scène suivante servait à nous en faire perdre le sens, et la linéarité. Je veux pas jouer le monsieur petit doigt en l’air, mais j’ai jamais eu du mal à saisir les films de Lynch, même si j’avais pas étudié ça pendant 10 ans, je comprends quand même ce qui est important dans ses films. Là, si seulement je pouvais comprendre ce que disait Emily… sincèrement, je ne sais pas si la musique a quelque chose à y voir, ou c’est simplement qu’elle mâche ses mots ou que le micro est loin… mais le son dans le tapis et j’ai compris moins de 50% de ce qu’elle disait. Malheureusement, ce n’est pas comme si la comprendre avait pu m’aider à mieux saisir l’histoire.

C’est un peu le propre avec les artistes de la nouvelle vague; fébriles de se dévoiler pour leurs couleurs, ils empruntent celles qu’on connaît déjà pour ne pas trop nous brusquer. Après tout, cher lectorat, rien n’est stressant quand on est en terrain connu, n’est-ce pas? À force de vouloir plaire, on met de l’avant ce qui à fait ses preuves jusqu’à ce que ça soit partout pareil. Heureusement, ça ne veut pas dire que tout ne peut pas finir par s’arranger. Espérons que cette fois-ci personne ne sera mis au bûcher pour une si petite bouchée. Au final, le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Bande-annonce
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