Un été en hiver - Une

Un été en hiver (旅と日々) – Briser la solitude

« Je pense qu’une bonne œuvre sait représenter avec justesse toute la tristesse humaine. »

TWO SEASONS TWO STRANGERS - Affiche

En été, Nagisa (Yumi Kawai) et Natsuo (Mansaku Takada) se rencontrent au bord de la mer, naviguant entre conversations maladroites et solitude partagée. En hiver, Lee (Shim Eun-kyung), une scénariste en perte de vitesse, arrive dans une auberge isolée et ensevelie sous la neige, emportant avec elle un vieil appareil photo ayant appartenu à une connaissance décédée. Elle y fait la connaissance de l’énigmatique Benzo (Shinichi Tsutsumi).

Inspiré des mangas A View of the Seaside (1967) et Mr. Ben and His Igloo (1968) de Yoshiharu Tsuge, Un été en hiver (旅と日々) entremêle deux histoires discrètes sur la solitude et les liens éphémères.

Solitude au quotidien

La solitude, ce thème récurrent dans le cinéma nippon, s’incruste dans le nouveau long métrage de Shō Miyake. Par contre, plutôt que de miser sur des personnages isolés, il utilise le concept de la rencontre dans des circonstances inhabituelles et dans les relations non définies : ni amants, ni amis, ni collègues… simplement des étrangers qui se retrouvent ensemble et qui développent une relation humaine.

Le film saisit avec minutie les liens qui unissent les êtres, le temps et l’atmosphère qui imprègnent ces relations. D’ailleurs, le temps s’écoule au ralenti, mettant le spectateur à l’épreuve, lui qui se retrouve devant des situations quasi banales, mais incongrues. 

Un été en hiver - Solitude et quotidien - Ritual Films
Lee (Shim Eun-kyung) à la recherche d’une auberge

Comme dans ses œuvres précédentes, le réalisateur Shō Miyake dépeint comment les cœurs guérissent grâce au moindre déclic. Une simple rencontre au cours d’un voyage peut, imperceptiblement, mais assurément, changer une vie. Une vision douce et chaleureuse, qui résonne en chacun de nous, enveloppe délicatement le spectateur, offrant un film d’une grande intensité visuelle et auditive.

Le film dans le film

La technique du film dans le film pour raconter une histoire n’a rien de nouveau. On l’a vue dans de nombreux films. Le cinéma italien en est particulièrement imprégné. Mais ici, la façon de l’utiliser est nouvelle. Plutôt que de mettre clairement en relation la vie d’un réalisateur et de son œuvre, Shō Miyake passe par des thèmes (la solitude et le mal de vivre) et les lie à la scénariste du film dans le film. 

De plus, plutôt que de régulièrement faire des allers-retours entre le vrai et le faux, Un été en hiver se concentre sur le faux pendant un long moment avant de passer un long moment dans le vrai pour ensuite faire de plus courtes séquences à l’intérieur de chaque réalité. 

Un été en hiver - Le film dans le film - Ritual Films
Lee

Le faux, c’est l’histoire de ces deux personnes qui se sont rencontrées sur la plage et qui est projeté sur un écran dans un amphithéâtre universitaire. Le film, adapté du manga « Paysage de bord de mer » de Yoshiharu Tsuge et scénarisé par Lee (personnage au centre du vrai), était projeté dans le cadre d’un cours. Après la projection, lorsqu’un étudiant lui demande son avis sur le film, elle répond : « Je me suis rendu compte que je n’ai aucun talent. » Dans le couloir, après le cours, Lee discute brièvement avec le professeur Uonuma. Voyant son air abattu, le professeur lui dit d’un ton léger : « Vous devriez partir en voyage pour vous remonter le moral. » Peu après, la nouvelle tombe : le professeur Uonuma est décédé subitement. Lee se rend chez le frère du professeur pour lui présenter ses condoléances. Bouleversée par cette mort soudaine, elle reçoit une caméra argentique, un souvenir du professeur, que le frère lui tend presque de force.

Ainsi, Lee tente de briser son mal de vivre par le voyage, alors que Nagisa voyage dans une ville qu’elle a quittée et y rencontre un autre être mélancolique. Un été en hiver associe fortement l’idée du voyage pour guérir la peine, la tristesse, la mélancolie. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que font de nombreuses personnes dans notre monde réel? Ainsi, on peut facilement s’identifier à un de ces 4 personnages. Le jeu entre le vrai et le film ajoute une couche qui offre une tout autre façon pour le spectateur de s’identifier. Après tout, qui ne s’est jamais imaginé vivre dans un film?

Un peu…

Oscillant entre mer et neige, Un été en hiver devient une délicate méditation sur le déracinement, la distance humaine et ces moments fragiles de grâce qui rapprochent brièvement les gens. Si on cherche une traduction plus près du titre original, on pourrait traduire par « Des voyages et des jours », ce qui lie la notion du monotone et du déracinement, avec un ton mélancolique.

Un été en hiver - Un peu plus - Ritual Films
Natsuo (Mansaku Takada) et Nagisa (Yumi Kawai)

C’est peut-être ce penchant mélancolique qui rapproche le plus le film des mangas originaux desquels il s’inspire. La performance des acteurs porte aussi en ce sens, car on voit bien que la scénariste cache une grande tristesse. Quant à Nagisa et Natsuo, ils sont unis par cette grande mélancolie qui les habite. 

En ressort un beau film lent et doux-amer.

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
旅と日々
Durée
89 minutes
Année
2025
Pays
Japon
Réalisateur
Shō Miyake
Scénario
Shō Miyake et Yoshiharu Tsuge
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
旅と日々
Durée
89 minutes
Année
2025
Pays
Japon
Réalisateur
Shō Miyake
Scénario
Shō Miyake et Yoshiharu Tsuge
Note
8 /10

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