
« Il faut que tous les jours, j’aille voir le rocher. J’ai besoin de ça. »

Dans le documentaire L’Aventurine, Carlos Ferrand, réalisateur d’origine péruvienne installé au Québec depuis plus de quarante ans, nous propose un road-movie poétique en Gaspésie à travers les quatre saisons et en passant par la rencontre de tous ceux qui, comme le cinéaste, sont tombés en amour avec la péninsule : biologistes, enfants, activistes et artistes.
D’après Ferrand, l’idée de tourner ce film lui serait venue lors du tournage d’un épisode des Îles d’inspiration à Percé quand, au cœur d’un paysage hivernal paisible où rien ne bougeait, un corbeau était apparu à l’horizon et avait rapidement avancé vers eux, s’envolant dans le ciel juste devant leur caméra. Ferrand y reconnaissait l’énergie qu’il retrouve partout aux Amériques. Il s’était donc promis de réaliser un film afin de trouver des réponses à la question : d’où vient la force mystérieuse de la Gaspésie?
Le film débute par l’image d’une armoire remplie de petits objets recueillis en Gaspésie comme des étoiles de mer ou des fossiles retrouvés sur la plage.

Les objets commencent à vibrer et nous amènent à leurs origines, chez les gens qui les ont retrouvés : on voit un jeune chercheur qui nous montre avec toute fierté sa dernière découverte, un poisson fossilisé il y a des milliers d’années, bien avant les premiers êtres humains. Changement de scène : nous nous retrouvons dans la forêt où une étudiante en médecine aide son père à abattre des arbres. Comme le jeune biologiste, elle parle de sa région comme « le meilleur des mondes ». Autre forêt, autre femme, mais la magie continue : « Si tu ne sais pas que ça existe, tu ne le verras jamais », constate-t-elle entourée des plantes oubliées par les jeunes générations, comme l’épigée rampante, une fleur caractéristique de la forêt boréale qui est un vrai symbole de la résilience : se nourrissant du peu de ressources disponibles, elle pousse régulièrement, mais très lentement. Les jeunes gens, eux, ne sauraient plus la richesse de la faune et de la flore gaspésiennes. Déprimée, elle conclut : « Ce qui est triste dans tout ça aussi, c’est que les gens ne réalisent pas. Les gens qui ont vingt ans, quand ils voient dix canards […] c’est fabuleux. Ils ne savent pas ce qu’il y avait avant. »

Prochaines haltes du road-trip : des femmes avec leurs enfants respectifs chez eux, dans le marais ou à la plage, en leur montrant la beauté du paysage afin de transmettre le savoir d’une génération à l’autre : celui de la spartine, encore une autre experte en survie dans des conditions hostiles, la multitude des agates sur le sol volcanique, les bernaches du Canada, ou alors le harfang du Québec.
Ensuite il y a ceux qui sont particulièrement fascinés par le monument symbolique par excellence de la Gaspésie : le rocher Percé. Soit par son histoire géologique ou simplement par sa beauté, sa posture, ses couleurs qui changent selon l’heure de la journée et au gré des saisons, des artistes, peintres et écrivains, comme André Breton, Pierre-Paul Bertin, Marc-Aurèle Fortin, Paul-Émile Borduas ou des artistes contemporains, s’y sont installés pour admirer et témoigner de la formation calcaire inouïe.

Ferrand montre leurs tableaux, présente des images d’archives, s’entretient avec le propriétaire du musée de Percé, lui aussi complètement submergé par la beauté du rocher : « Je ne connais pas d’autre endroit au Québec qui inspirait autant d’artistes », affirme-t-il avant d’avouer : « Il faut que tous les jours, j’aille voir le rocher. J’ai besoin de ça. Je suis persuadé que ce rocher m’aide à mieux vivre. »
Vous l’aurez deviné : L’Aventurine est une déclaration d’amour à la Gaspésie – sous forme de conversations avec ses habitants (de souche ou de choix), d’images du paysage, de produits artistiques et de chansons. Or, c’est aussi un signal d’alarme, puisque les activistes dans le film mettent en évidence les répercussions néfastes déjà visibles du changement climatique et d’un traitement irresponsable avec la nature. L’Aventurine cherche donc également à faire en sorte que la beauté de cette région soit préservée et reste accessible aux générations futures.
L’Aventurine saura plaire à tous ceux déjà en amour avec la Gaspésie et à tous ceux qui aiment la nature sauvage et l’idée d’une vie basée sur l’économie de subsistance. Les images sont impressionnantes et on apprend beaucoup sur la faune et la flore locales. Or, pour moi, le film reste un peu chaotique – ou était-ce l’idée du réalisateur de nous faire entendre le plus de voix possible comme si on ne faisait que passer devant eux, comme le corbeau qui a donné naissance au film?
J’aurais aimé m’attarder plus longtemps à certains endroits, faire connaissance avec les gens plus profondément. En quoi, par exemple, le directeur de musée a-t-il l’impression que le rocher Percé l’aide à mieux vivre? De qui se compose la chorale qu’on voit chanter à plusieurs reprises au bord de la mer?
Bande-annonce
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