
« Can you define for us what is Artificial intelligence? »
[Pouvez-vous définir, pour nous, ce qu’est l’intelligence artificielle?]

Les origines insoupçonnées de l’intelligence artificielle ne résident pas dans les machines, mais dans le pouvoir, révélant les fantasmes qui se cachent derrière le battage médiatique qui nous a menés là où nous sommes et qui nous mèneront vers l’avenir.
Avec Ghost in the Machine, Valerie Veatch propose un documentaire d’investigation qui explore comment les technologies émergentes redéfinissent l’identité, la culture et le pouvoir mondial.
Savez-vous à quand remonte l’utilisation du terme « intelligence artificielle »? Autour des années 2000, non? Hé bien, non. Bien avant, le professeur John MaCarthy dès 1955, et l’avait utilisé plus tard pour mousser un projet de recherche et amener des investisseurs.

Ghost in the Machine passe un bon moment à expliquer les origines de ce terme. Évidemment, il est logique, pour comprendre où on s’en va, de connaître le passé. Il est donc intéressant de voir jusqu’où se rendent les racines de ce domaine technologique.
Par contre, on y passe trop de temps. À un moment donné, on a l’impression qu’on n’apprendra pas grand-chose sur l’état du domaine en 2025. C’est un des points faibles du film. Il reste trop pointé sur le passé. Oui, c’est pertinent et fascinant de voir d’où vient l’expression et qui a contribué à faire avancer ce domaine. Mais on aimerait bien en apprendre un peu plus sur ce qui se passe en ce moment.

En huit chapitres, Veatch mène une exploration des forces philosophiques, culturelles et politiques qui sous-tendent l’essor mondial de l’IA. De manière consciente, elle tente de faire peur. Comme c’est trop souvent le cas, l’accent est mis sur les dangers, les excès et le négatif. Elon Musk, GAFAM, milliardaires, méchants messieurs… tout est là pour nous rappeler que nous ne sommes que de petits hommes face aux grands méchants loups.
Ghost in the Machine s’inscrit dans un mouvement rassemblant des personnes désireuses de remettre en question les discours dominants sur les technologies que nous choisissons de développer, leurs raisons d’être et leurs bénéficiaires. Évidemment, questionner et remettre en question est important. Mais par moment, on a l’impression que le documentaire va tomber dans des théories du complot douteuses.
Le film ressemble beaucoup plus à un pamphlet contre l’IA qu’à un réel documentaire. Ce n’est pas un problème en soi, mais il faut le présenter ainsi. Sinon, c’est malhonnête. C’est là que réside mon problème avec le film de Valerie Veatch.
À un moment, le Dr Johnathan Flowers dit ceci : « À l’ère de l’IA, la chose la plus radicale que nous puissions faire est de nous poser cette question très simple : avons-nous besoin d’IA pour ceci? Et si vous ne pouvez pas y répondre par oui, alors refusez de l’utiliser. Sans cesse. »
Là réside la valeur principale derrière ce film.
Je n’ai aucun problème avec les films qui vendent des valeurs ou qui veulent brasser des idées. Par contre, les cinéastes qui les réalisent doivent le faire de façon honnête. Ne parle pas d’un documentaire sur un sujet précis lorsqu’en fait tu proposes un pamphlet sur ce sujet.
Un des éléments sur lesquels mise la réalisatrice vient de l’idée que les gens qui ont inventé et développé l’IA l’ont fait avec des intentions racistes. On insiste sur les algorithmes qui sont ajustés afin de mettre de l’avant des théories misogynes, racistes et eugénistiques. Certes, il y en a. Mais est-ce vraiment la norme? Est-ce réellement le point de départ de l’intelligence artificielle? Je me permets d’en douter, et de douter de l’honnêteté de ce film.
D’un point de vue simplement filmique, cette œuvre est fascinante. Mais il ne faut pas la regarder en se disant qu’on va enfin tout comprendre. Disons qu’il faut le regarder avec un regard critique.
Ghost in the Machine est présenté aux Hot Docs les 30 avril et premier mai 2026.
Bande-annonce
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