
« Why this difficult project ? »
[Pourquoi ce projet difficile?]
Les coulisses du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola (2006).

Marie-Antoinette est sorti en 2006, il y a déjà vingt ans. J’ai découvert le film en salle à l’époque, et je me souviens avoir particulièrement apprécié la bande-son anachronique et électrisante avec, entre autres, les groupes Air et New Order, les fabuleux costumes et les décors luxuriants. Enfin, Kirsten Dunst brillait dans le rôle de cette jeune fille, devenue reine de France en 1774, auprès du reste de la distribution tout aussi flamboyante.
Marie-Antoinette est née le 2 novembre 1755 à Vienne, en Autriche, et décédée le 16 octobre 1793 à Paris. Elle fut reine de France et de Navarre de 1774 à 1791, puis reine des Français de 1791 à 1792. À 14 ans, elle se marie avec Louis-Auguste de France, futur roi Louis XVI. Son image sera progressivement dégradée au cours de son règne pour de multiples raisons, et notamment pour ses supposées sympathies envers les territoires ennemis de la France. L’ouvrage éponyme de Stefan Zweig, paru en 1932, vous apportera bien des éléments sur la vie de cette jeune fille entrée fort tôt dans un milieu devenu progressivement hostile à son encontre, à bien des égards.
Le film de Sofia Coppola prend, lui, appui sur la biographie d’Antonia Fraser, Marie-Antoinette: The Journey, parue en 2001. La cinéaste adapte librement la vie de cette jeune femme, se tenant assez loin de la réalité historique. Elle y ajoute fantaisie, gaieté et onirisme au sein d’une mise en scène qui mêle des couleurs chatoyantes et une gastronomie rose bonbon, allant jusqu’à cacher dans une scène une paire de Converse parmi des costumes d’époque. Ces derniers, superbes, ont reçu plusieurs prix à la sortie du film, dont l’Oscar de la meilleure création de costumes en 2007.
Le choix de l’interprète principale, Kirsten Dunst, fut un choix judicieux. L’actrice, ayant débuté très tôt sur les écrans, avait interprété le rôle de Lux dans Virgin Suicides, le premier long métrage de Sofia Coppola. Elle est depuis devenue la muse de la cinéaste. Son interprétation à la fois délicate et sombre de Marie-Antoinette semble avoir constitué une sorte d’introduction pour la composition à venir de son personnage dans Melancholia de Lars von Trier, film profondément tragique, sorti en 2011.
Le making-of entamé par Eleanor Coppola, et terminé par sa fille à la suite de son décès en 2024, montre bien les dessous du processus créatif coordonné par la jeune cinéaste. Ayant œuvré sur les films de son père, et réalisé son premier long métrage en 1999, elle n’était déjà plus une débutante lors de ce tournage. Cependant, entrecoupé d’extraits en voix hors champ du journal d’Eleanor, le making-of montre bien la grosse logistique de l’œuvre à venir, de la confection des costumes aux plannings et budgets à respecter. Telle une cheffe d’orchestre, la jeune femme navigue avec une force tranquille entre les différents aléas, rassure les acteurs et les actrices, et les guide pour un meilleur résultat collectif. Le style de la réalisatrice apparaît de façon régulière dans le film, la tonalité mélancolique est rehaussée par les palettes de couleurs ainsi que par les audaces stylistiques.
Le film Marie-Antoinette a été réalisé par Sofia Coppola, mais cette dernière était tout au long du tournage entourée d’une forte présence familiale. Sa mère donc, à la réalisation de ce making-of, semblait lui prodiguer un soutien régulier tandis que son frère Roman l’assistait dans la mise en scène. Son cousin, Jason Schwartzman, fut l’interprète du roi Louis XVI. Son père, également présent à certains moments du tournage, explique qu’il était désireux de laisser sa fille développer sa propre vision en toute autonomie.
Ayant depuis longtemps particulièrement apprécié le visionnement de making-of, curieuse de découvrir les dessous des grands films et les secrets de confection de cinéastes, ce documentaire de tournage m’a particulièrement intéressée. Par ailleurs admirative du travail de Sofia Coppola, j’ai retrouvé l’envers du décor de son univers, tellement riche, complexe et anticonformiste. Elle est parvenue à se distinguer du travail de son père, immense cinéaste qui aurait pu lui faire de l’ombre. Enfin, n’oublions pas le travail d’Eleanor Coppola, à l’origine de l’élaboration de ce making-of, qui fut réalisatrice de plusieurs documentaires et de deux films de fiction, dont Paris Can Wait, sorti en 2016, malheureusement décédée avant d’avoir terminé ce travail.
Bande-annonce
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