Spasm 2026 - Les inclassables 2 - Une

[Spasm] Les inclassables 2

Fidèle à sa réputation, cette sélection de courts métrages refuse obstinément les étiquettes et s’aventure une fois de plus là où les autres programmes n’osent pas s’aventurer. Hors-normes et hors-limites, ces œuvres surprenantes abordent des territoires inexplorés avec un mélange d’audace et de singularité qui promet de hanter l’esprit des spectateurs bien longtemps après la projection.

THE THIRD EAR (Nathan Ginter) États-Unis – 2023 | 13 min

The Third Ear - Poster

Après avoir vu une illustration ratée de lui-même, Sammy, un modèle de dessin nu, découvre une oreille qui lui pousse à l’arrière de la tête. Son image de soi et sa vie basculent alors dans une spirale incontrôlable.

Avec The third ear, Nathan Ginter utilise la science-fiction pour traiter de l’importance de l’image corporel pour se sentir bien. 

On a tous une limite à partir de laquelle on ne se sent plus beau. Pour Sammy, c’est d’avoir une troisième oreille qui apparaît. Évidemment, le réalisateur pousse la note vers quelque chose de peu réaliste. Mais c’est cette extravagance qui rend le film plus digestible. 

Il y a aussi une prise de position pour favoriser l’acceptation de soi. Sammy n’a pas un corps de magazine, et pourtant il n’hésite pas à devenir modèle nu pour des cours de dessin. L’oreille d’extra permet de s’attaquer aux idées comme quoi chaque petit détail rend notre corps laid. Ici, ça prend un extrême pour que le personnage se trouve laid. 

Tout de même, Ginter laisse un indice pour montrer que cette confiance est si fragile, et qu’il s’en faut parfois de peu pour que l’image devienne une obsession.

UN PETIT VENT FRAIS (Alexandre Pelletier) Québec – 2026 | 12 min

UN PETIT VENT FRAIS - Affiche

Enfermés dans une salle sans climatisation, quatre juges doivent se mettre d’accord pour élire le numéro gagnant d’un concours de talent pour ados.

Quoi de mieux pour montrer comment les parents sont incapable de s’entendre lorsque leur petit précieux est dans l’équation, qu’un film de talent show comme Un petit vent frais, d’Alexandre Pelletier.

Sous le signe de la comédie, le film touche à des enjeux de jalousie et d’égo. Lorsque chaque juge se retrouve à ne pas avoir aimé le même numéro sans accepter que le point de vue des autres à de la valeur, le chaos s’installe et les adultes deviennent les enfants dans la pièce. C’est malheureusement très réaliste. 

Le film est drôle et les acteurs sont juste assez caricaturaux pour que ça passe bien. On passe par toute la gamme des raisons poches de ne pas vouloir donner le prix au choix des autres : l’ancienne gagnante qui ne veut surtout pas accepter qu’un autre jeune puisse être aussi qu’elle l’était, la belle-mère qui ne jure que par ses enfants, le gars qui ne veut surtout pas donner d’opinion pour ne pas contrarier personne, et l’homme qui essaie de prendre le rôle de leader sans vraiment y arriver. 

Et comme le veut la bonne vieille comédie, tout finira d’une manière que chacun sera, au final, un beau perdant. 

YO PRIMERO (Pedro Gusmão) Espagne – 2026 | 17 min

yo primero - poster

Rosa, une cuisinière immigrée et timide, participe à un processus de sélection rigoureux pour travailler dans un restaurant réputé. Mais l’atmosphère violente instaurée par le chef David la poussera à faire des choses qu’elle n’aurait jamais imaginées.

Avec Yo primero, Pedro Gusmão fait paraître Gordon Ramsay pour un homme doux et tendre avec ses subalternes. 

Ce court métrage offre un mélange entre émission de cuisine et thriller psychologique. Les moments dans la cuisine feront plaisir aux amateurs de télé-réalités du genre avec l’atmosphère anxiogène et les demandes impossibles du chef. 

Puis vient la fin surprenante qui transforme ce film et le fait passer de film agréable à super film. Un très bon court métrage que je suggère vivement.

A WOLF IN THE SUBURBS (Amélie Hardy) Québec – 2026 | 19 min

Travelling - A Wolf In The Suburbs - Poster

Bienvenue à Mississauga où les voisins sont vigilants et où l’herbe des pelouses ne dépasse jamais 20 cm. Sauf chez Wolf Ruck, devenu malgré lui le héros improbable d’un combat absurde: sauver sa pelouse sauvage.

Avec A wolf in the suburbs, Amélie Hardy offre un documentaire aux allures de fictions sur l’importance de persévérer pour parvenir à ses fins. 

Au cœur du film, il y a un désir de montrer l’absurdité du conformisme social. Et pour Hardy, elle qui aime comprendre les motivations de ceux qui osent défier les normes sociales et qui en nourrit son regard de réalisatrice depuis ses tous débuts, cette histoire était une nécessité. 

Wolf, avec sa désobéissance pacifique, incarne une forme de résistance douce mais puissante. Son geste, anodin en apparence, est une déclaration de guerre contre une vision standardisée du monde, où l’illusion du contrôle et de l’ordre prime sur notre responsabilité écologique. Avec ses images, la réalisatrice montre à quel point il y a encore du travail à faire pour qu’on arrive à changer nos habitudes afin de réellement faire face à la crise climatique. 

A wolf in the suburbs est le meilleur documentaire de la programmation de cette année (jusqu’à présent). Prenez le temps de le regarder.

GAVAGE (Aurélien Digard) France – 2026 | 25 min

Gavage - Affiche

Afin de sauver sa ferme de la faillite, un éleveur de canards va être contraint de réaliser un foie gras un peu spécial pour le compte de ses employeurs.

Avec Gavage, Aurélien Digard offre une comédie noire efficace. 

La France ne produit pas souvent des comédies noires. C’est un style qu’on voit souvent en provenance de leur voisin anglais. Mais Digard, lui, maîtrise le genre à merveille. 

Ici, les acteurs sont excellents. Les personnages, bien que typiques, rendent le film amusant et permettent de bien développer l’intrigue. Le pauvre éleveur se retrouve dans une terrible situation, et le jeu de l’acteur est simplement parfait. Ses expressions nous le rendent entre drôle et terrifiant. 

Un bon film qui saura vous divertir.

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