Winter of The Crow - Une

Winter of The Crow – Je rêve d’un Noël qui n’est pas gris

« So what does MAD actually stand for? »
[Et donc, que signifie MAD?]

Winter of the crow - Affiche

Une professeure britannique (Lesley Manville) est témoin du meurtre d’un étudiant par la police secrète en 1981 à Varsovie sous la loi martiale. Elle devient une cible alors qu’elle court dans les rues de la ville, avant d’être obligée de s’arrêter et de prendre position.

Juste une brique de plus dans le mur

En 1981, la Pologne n’a rien à voir avec les années désinvoltes de Ricardo Trogi. Le peu de photos qu’on a de l’endroit sont effectivement en noir et blanc, mais jamais je n’aurais soupçonné que la ville ressemblerait à ça même en couleur. C’est du moins comment on dépeint le pays dans Winter of the Crow, réalisé et coécrit par Kasia Adamik. Le gris du béton et de la neige donne à cette représentation de Varsovie des allures labyrinthiques et non-euclidiennes où chaque tournant, chaque coin de rue semble nous éloigner un peu plus de l’endroit que l’on tente d’approcher.

Joan Andrews, interprétée par Lesley Manville, est professeure en psychologie. Originaire de Grande-Bretagne, elle n’est censée rester que quelques jours afin de prendre part à une conférence sur les nouvelles approches dans le domaine.

Winter of The Crow - Juste une brique

À peine à la marque des 5 minutes, on prend soin de représenter la tension omniprésente que le film abordera tout au long du récit en quelques secondes. Dans un bar enfumé où se trouve notre protagoniste, les dernières nouvelles de l’heure sont transmises à la télé. Alors que l’annonceur explique sur un ton calme la signification de Mutual Assured Destruction, Joan reste de glace, ou du moins tente de le rester. L’annonceur poursuit: « Simply put, drop your bomb, we’ll launch ours. »

Subitement, la façade de la dame qui jusqu’à maintenant restait rigide et insensible à toute perturbation est ébranlée momentanément par les éclats de rire d’un groupe d’hommes enturbannés, vraisemblablement inattentifs à ce qui se passe à la télévision. L’image est saisissante. Non pas du point de vue de la direction artistique d’Aleksandra Kierzkowska et de la direction photo de Tomasz Naumiuk qui surent invoquer la froideur et l’angoisse d’une Varsovie communiste de 1981, mais d’un point de vue historique et surtout profondément humain. La peur domine l’esprit des gens jusque dans leur inconscient. C’était vrai jadis et ça l’est encore maintenant.

Sous vos yeux ébahis

Tout ça semble bien stressant. Pouvez-vous vous imaginer que malgré toute cette tension, nous n’avons pas encore mis les pieds en Pologne ? Dès les premières images de la ville, il paraît évident que l’endroit n’est pas la destination numéro 1 des vacanciers. Sous la neige apparemment calme, on sent déjà que la terre noircie gronde et que le seul élément qui fait office de soupape de sûreté est le temps. C’est difficile d’être civilisé. Il faut constamment rester là où on doit être, faire les choses qu’on attend de nous et jamais ce que nous voulons. Il y a des couvre-feux, des rationnements, des abus ; on sanctionne, ça devient pire. HEY ! On ne peut plus exploiter le pauvre monde tranquille icitte?!

Winter of The Crow - Sous nos yeux

C’est un peu l’attitude de Joan, encore inconsciente de la situation précaire dans cette région du globe. Pour elle, ce qui importe, c’est de donner ses foutues conférences alors qu’on semble très évasif pour répondre à ses questions et ses demandes. Elle constate tranquillement l’état des lieux (elle a un doctorat quand même) et, avec une certaine méfiance ou un certain soupçon, elle prend un cliché avec son Polaroid à travers la vitre givrée de la voiture qui la promène dans les rues délabrées sous le regard craintif de son guide, joué par Zofia Wichłacz. La réplique qui suit capte particulièrement mon attention (il n’y a pas de divulgâchage, n’ayez crainte, c’est au début du film) : « This camera, how does it work? »

En art, il n’y a pas que l’apparence qui compte, le matériel utilisé possède aussi un poids sémantique. Questionner la nature même de l’appareil photo – outil à la base du cinéma – à l’intérieur même d’une œuvre cinématographique qui aborde des sujets comme la réalité et le contrôle de l’information par un seul mot, « magic », souligne sans effort les raisons des parallèles tracés entre l’Histoire et la condition psychologique ainsi que les perceptions.

Être ou ne pas être fou?

L’idée est intéressante, car encore présente aujourd’hui. Avec la montée des extrémismes – qu’ils soient adroits ou un peu gauches, pour le peuple ou pro-industrie – il est sain de se demander ce qui adviendra du reste de l’humanité. Déjà quand j’avais fait la critique de Golda… j’étais positionné sur la chose et, avec Winter of The Crow, je n’ai pas changé d’opinion : 99% des gens subissent les conséquences des querelles d’à peine 1% d’entre nous.

Winter of The Crow - Être ou ne pas être fou

Utiliser le point de vue des experts en santé mentale qui entretiennent le système actuel avec des normes, des codes et des consensus fermés à toute interprétation extérieure pour parler de l’endoctrinement et du contrôle de la pensée sociale est tout simplement magistral, ce qui me rappelle des œuvres comme One Flew Over the Cuckoo’s Nest. Sans parler des rêves que fait le personnage principal. On se croirait dans un vidéoclip de musique industrielle du genre Moscow de Cabaret Voltaire.

La morale de cette histoire serait de ne pas perdre de vue son passeport lorsque l’on visite un autre pays, surtout avant la chute du mur de Berlin et après la chute des Deux-Tours (non pas celles de Lord of the Rings). C’est étrange comment on marque des moments humains importants en les nommant selon des objets inanimés ou incorporels. Est-ce que c’est ça l’effet de distanciation ; cette incapacité à considérer les phénomènes qui nous sont éloignés comme vrais, réels et dépourvus de notre subjectivité ? Notre vie n’est pas juste à propos de nous, peut-être que c’est ce que Joan est venue confirmer à Varsovie.

Et vous, cher lectorat, jusqu’où irez-vous pour que survivent l’amour et la vérité contre ceux qui veulent que leur pouvoir s’étende dans toute la Voie lactée ?

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
Winter of The Crow
Durée
112 minutes
Année
2025
Pays
Luxembourg / Royaume-Uni/ Pologne
Réalisateur
Kasia Adamik
Scénario
Kasia Adamik
Note
9.5 /10

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Fiche technique

Titre original
Winter of The Crow
Durée
112 minutes
Année
2025
Pays
Luxembourg / Royaume-Uni/ Pologne
Réalisateur
Kasia Adamik
Scénario
Kasia Adamik
Note
9.5 /10

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