
Le cinéma a 130 ans. Il est donc normal que des concepts d’histoire finissent par se répéter. Par exemple, l’histoire de l’adulte à la vie et au comportement souvent irresponsables, mais qui se retrouve subitement parent. Bien que ce concept puisse être vu dans différents genres, par exemple Logan de James Mangold, on le voit surtout dans des comédies, car le contraste entre le mode de vie excentrique du protagoniste et sa nouvelle responsabilité de parent peut amener de bons rires. Les exemples les plus connus sont Trois hommes et un couffin de Coline Serreau en 1985, et son remake américain de 1987, ainsi que Big Daddy avec Adam Sandler, About a Boy avec Hugh Grant ou bien The Game Plan avec Dwayne Johnson. Au Québec, on peut citer Starbuck, qui a l’originalité d’avoir un nombre considérable d’enfants surprises.

C’est ce genre de récit qui a intéressé Jordan Firstman. Acteur et comédien américain, il s’est surtout fait connaître pendant la pandémie de Covid-19 quand il a publié ses vidéos Impressions, où il faisait de nombreuses imitations comiques. Il a aussi beaucoup travaillé à la télévision, ayant notamment été scénariste sur la série Search Party, en plus d’avoir joué dans les séries Ms. Marvel, English Teacher et I Love LA. Il est aussi connu pour son rôle dans le film Rotting in the Sun, où il joue une version fictionnelle de lui-même et a fait des scènes de sexe non simulées. Mais cette année, il passe derrière la caméra et réalise son tout premier long-métrage, Club Kid.
Organisateur de soirées nocturnes endiablées, Peter est une figure incontournable de la scène queer new-yorkaise. Menant une vie de tous les excès, il voit son monde basculer lorsque son fils, un garçon de dix ans dont il ignorait l’existence, fait irruption dans son quotidien après la mort de sa mère. Né d’une aventure d’un soir, l’enfant contraint Peter à endosser le rôle de père du jour au lendemain, ainsi qu’à remettre en question son mode de vie hédoniste.
Comme la plupart des films utilisant cette toile de fond, Club Kid est une comédie, jouant beaucoup avec le contraste entre le mode de vie intense des boîtes de nuit et les responsabilités de père. Alors que le film aurait pu facilement être très lourd et absurde dans son humour, à la manière d’Adam Sandler, Firstman ne tombe jamais dans le piège, restant honnête et léger dans son ton, mais en gardant quand même des scènes hilarantes.

C’est surtout grâce au fait que Firstman offre un portrait nuancé du milieu nocturne et queer de New York, n’hésitant pas à montrer les travers de la communauté, surtout en ce qui concerne les abus et la dépendance aux drogues et au sexe. Mais il ne diabolise jamais le milieu, montrant également les sentiments de communauté et d’acceptation qui en ressortent. De plus, le film ne pointe jamais du doigt le milieu comme la cause du comportement irresponsable de Peter, mais la façon dont il en abuse pour ne pas confronter ses insécurités.
Car Club Kid est une comédie dramatique, et l’aspect dramatique est également super réussi. Il ne tombe jamais dans le larmoyant (même s’il sera compliqué de ne pas pleurer devant le film) et raconte une histoire attendrissante sur les nouvelles relations père-fils et la volonté de se reconstruire et de se rendre compte de nos problèmes.
Et Club Kid est d’autant plus impressionnant qu’il s’agit du premier long-métrage de Jordan Firstman, et il fait un travail exemplaire. Il a ses petits défauts, notamment le fait que les personnages acceptent très souvent des situations discutables, mais le reste est très réussi. La mise en scène est superbement réfléchie, avec des idées de caméra originales, dont le plan-séquence d’introduction, et qui va avec le rythme de son histoire, étant plus dynamique pour simuler le mode de vie nocturne, puis se calmant au fur et à mesure que le protagoniste prend sa vie en main.
Firstman utilise aussi beaucoup les plans-séquences (dans un style moins flashy et plus posé à la Steven Spielberg), ce qui permet surtout de mettre en avant les superbes performances d’acteur, dont celle de Jordan Firstman en premier lieu, mais aussi celle de Reggie Absolom dans son premier rôle au cinéma et qui brille dans chacune de ses scènes.
Club Kid est un film incroyable, drôle, touchant et attachant. Une première œuvre qui montre déjà le plein potentiel de son cinéaste et se place directement dans le top de l’année.
Club kid est présenté au FNC les 9 et 10 2026.
Bande-annonce
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