La gradiva - Une

[TIFF] La Gradiva — Jeunesse désabusée 

« Ce que nous avons devant nous, c’est… des traces uniques de la condition humaine. »

Marine Atlan ©Marine Atlan
Marine Atlan | ©Marine Atlan

Marine Atlan, avec La Gradiva impose une chronique initiatique singulière. 

Le film suit une classe de lycéens français en voyage scolaire dans la région de Naples et sur le site archéologique de Pompéi. Dans ce décor suspendu, où les corps figés par le Vésuve côtoient le tumulte du présent, le groupe s’effrite et se recompose au gré des tensions, des désirs naissants et des non-dits.

Une expérience à la hauteur des attentes 

Révélé lors de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, le film a rapidement suscité un engouement grandissant, jusqu’à figurer parmi les cinq candidats présélectionnés pour défendre les couleurs de la France aux Oscars. 

La Gradiva - Une expérience à la hauteur des attentes
Crédit image : Avec l’aimable autorisation du TIFF

J’attendais donc cette séance avec une réelle impatience (l’ayant loupé à Cannes). Mes attentes ont été récompensées, bien qu’il faille attendre le second acte pour que le drame prenne toute son ampleur. Dans un premier temps, Marine Atlan s’attache d’abord à capter la beauté des lieux et la trace de l’Antiquité, tout en prenant le soin d’esquisser ses personnages, la complexité de leurs liens et le secret de leur intimité. 

Loin des récits d’apprentissage convenus, le premier film de Marine Altan nous livre avec une remarquable perspicacité les dynamiques adolescentes. On y retrouve les clans, les hiérarchies invisibles et ces rôles sociaux que chacun s’efforce d’endosser au lycée. Si la cruauté inhérente à cet âge transparaît dans les échanges, le regard de la cinéaste demeure dénué de tout jugement moralisateur. Aucun des personnages n’est enfermé dans une méchanceté gratuite. Qu’ils soient impulsifs, introvertis ou en quête de validation, ces jeunes apparaissent avant tout comme des êtres en pleine construction, traversés par des manques qu’ils tentent maladroitement de combler auprès des autres. C’est précisément cette vulnérabilité qui nous les rend attachants.

Un film lucide

La force du film réside également dans son ton : une alliance unique entre une pudeur feutrée, une poésie diffuse et un calme dur, presque froid. 

La Gradiva - Un film lucide
Avec l’aimable autorisation du TIFF

Marine Atlan filme ces élans émotionnels avec une retenue qui en décuple la violence sourde. Les sentiments submergent les protagonistes comme l’éruption du Vésuve deux mille ans auparavant, dans un véritable cataclysme intérieur, tandis que la caméra enregistre leurs métamorphoses avec distance et délicatesse. La frontière entre perception et réalité se trouble sans cesse : le regard que ces adolescents portent sur le monde change au fil de leurs expériences et redéfinit sans cesse leur rapport à eux-mêmes.

Dans l’air du temps

Sur le plan visuel et narratif, La Gradiva déploie une superbe esthétique aux teintes légèrement rétro, portée par la lumière estivale de la côte napolitaine. À l’image de ses personnages dont les avis et les perceptions ne cessent de basculer, le récit joue constamment sur une fascinante ambivalence, naviguant avec délicatesse entre le sale et le sublime. La majesté figée de l’Antiquité romaine y contraste avec la dureté concrète de la vie contemporaine, tout comme l’idéalisation du voyage se heurte à la banalité des dortoirs et aux fêlures intimes de chacun.

En mêlant mélodrame, justesse sociologique et quête existentielle, La Gradiva saisit le vertige absolu d’une génération à la croisée des chemins. Une œuvre touchante et habitée qui capte avec brio la beauté convulsive du passage à l’âge adulte.

Bande-annonce

Fiche technique

Titre original
La Gradiva
Durée
145 minutes
Année
2026
Pays
France / Italie
Réalisateur
Marine Atlan
Scénario
Marine Atlan et Anne Brouillet
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
La Gradiva
Durée
145 minutes
Année
2026
Pays
France / Italie
Réalisateur
Marine Atlan
Scénario
Marine Atlan et Anne Brouillet
Note
8 /10

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