
« Ce que nous avons devant nous, c’est… des traces uniques de la condition humaine. »

Marine Atlan, avec La Gradiva impose une chronique initiatique singulière.
Le film suit une classe de lycéens français en voyage scolaire dans la région de Naples et sur le site archéologique de Pompéi. Dans ce décor suspendu, où les corps figés par le Vésuve côtoient le tumulte du présent, le groupe s’effrite et se recompose au gré des tensions, des désirs naissants et des non-dits.
Révélé lors de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, le film a rapidement suscité un engouement grandissant, jusqu’à figurer parmi les cinq candidats présélectionnés pour défendre les couleurs de la France aux Oscars.

J’attendais donc cette séance avec une réelle impatience (l’ayant loupé à Cannes). Mes attentes ont été récompensées, bien qu’il faille attendre le second acte pour que le drame prenne toute son ampleur. Dans un premier temps, Marine Atlan s’attache d’abord à capter la beauté des lieux et la trace de l’Antiquité, tout en prenant le soin d’esquisser ses personnages, la complexité de leurs liens et le secret de leur intimité.
Loin des récits d’apprentissage convenus, le premier film de Marine Altan nous livre avec une remarquable perspicacité les dynamiques adolescentes. On y retrouve les clans, les hiérarchies invisibles et ces rôles sociaux que chacun s’efforce d’endosser au lycée. Si la cruauté inhérente à cet âge transparaît dans les échanges, le regard de la cinéaste demeure dénué de tout jugement moralisateur. Aucun des personnages n’est enfermé dans une méchanceté gratuite. Qu’ils soient impulsifs, introvertis ou en quête de validation, ces jeunes apparaissent avant tout comme des êtres en pleine construction, traversés par des manques qu’ils tentent maladroitement de combler auprès des autres. C’est précisément cette vulnérabilité qui nous les rend attachants.
La force du film réside également dans son ton : une alliance unique entre une pudeur feutrée, une poésie diffuse et un calme dur, presque froid.

Marine Atlan filme ces élans émotionnels avec une retenue qui en décuple la violence sourde. Les sentiments submergent les protagonistes comme l’éruption du Vésuve deux mille ans auparavant, dans un véritable cataclysme intérieur, tandis que la caméra enregistre leurs métamorphoses avec distance et délicatesse. La frontière entre perception et réalité se trouble sans cesse : le regard que ces adolescents portent sur le monde change au fil de leurs expériences et redéfinit sans cesse leur rapport à eux-mêmes.
Sur le plan visuel et narratif, La Gradiva déploie une superbe esthétique aux teintes légèrement rétro, portée par la lumière estivale de la côte napolitaine. À l’image de ses personnages dont les avis et les perceptions ne cessent de basculer, le récit joue constamment sur une fascinante ambivalence, naviguant avec délicatesse entre le sale et le sublime. La majesté figée de l’Antiquité romaine y contraste avec la dureté concrète de la vie contemporaine, tout comme l’idéalisation du voyage se heurte à la banalité des dortoirs et aux fêlures intimes de chacun.
En mêlant mélodrame, justesse sociologique et quête existentielle, La Gradiva saisit le vertige absolu d’une génération à la croisée des chemins. Une œuvre touchante et habitée qui capte avec brio la beauté convulsive du passage à l’âge adulte.
Bande-annonce
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