
« It’s just some forgotten show from the 90s. »
[C’est juste un vieux show des années 90.]

En 1999, un groupe d’enfants amnésiques vit dans le monde d’It’s Buddy, une émission TV pour enfants présentée par Buddy, une licorne humanoïde orange clair avec un cœur violet sur le torse, qui vit dans un univers loufoque. Quand les enfants confrontent les personnages après la disparition de l’un d’eux, Buddy les envoie sur un chemin périlleux.
Toute la réussite du film repose sur cette inversion des genres : le long-métrage s’empare avec brio des codes visuels et narratifs des émissions de notre enfance.

En convoquant l’esthétique des marionnettes, la candeur des productions Disney et l’ambiance faussement innocente d’un Barney, il instaure un cadre d’abord familier et rassurant. C’est précisément ce décalage avec le genre horrifique qui fonctionne à merveille : cet univers pop et ultra-coloré se délite au fil des minutes, se teintant petit à petit d’un rouge sanglant et d’une noirceur particulièrement anxiogène
Cette façade rassurante, construite autour de marionnettes tactiles, d’objets animés et de décors en carton-pâte, et surtout de couleurs chatoyantes, crée un décalage immédiat avec la noirceur du propos. C’est précisément ce contraste entre candeur et menace qui fonctionne à la perfection.

Le film débute dans une explosion de couleurs pastel et d’insouciance artificielle avant de se teinter, plan après plan, d’un rouge sanglant et de textures sombres et beaucoup plus oppressantes.
Ce glissement progressif s’opère sans avoir recours à la facilité habituelle des jump scares (même si la musique ne manque pas de nous rappeler qu’il s’agit bel et bien d’un film d’horreur). Casper Kelly privilégie une peur diffuse, insidieuse, où l’effroi naît avant tout grâce au travail sonore : c’est la bande-son, d’abord rythmée comme une comptine joyeuse puis déformée et grinçante, qui fait basculer la tension et annonce la terreur. Le malaise vient également de cette dynamique particulièrement toxique où Buddy, dévoré par un besoin obsessionnel d’être aimé et validé, force les enfants à respecter scrupuleusement la cadence de son spectacle. Tant que ces derniers abondent dans son sens et jouent le jeu de l’affection, l’illusion tient ; mais dès que l’un d’eux refuse de l’aimer, contredit le scénario ou tente de sortir de son rôle, le masque tombe et la sanction devient brutale et sans appel
Découpé sous la forme de faux épisodes télévisés qui se désagrègent, le récit exploite ingénieusement la frontière poreuse entre le monde réel et l’univers du show. Cette rupture de dimensions apporte un véritable souffle au film : lorsque Grace bascule de l’autre côté de l’écran pour endosser le rôle de l’infirmière Grace, le long métrage tisse un lien touchant entre le deuil maternel et la survie.

Même si certaines transitions dans la réalité provoquent quelques baisses de rythme, l’attachement aux jeunes protagonistes et l’amour maternel apportent un cœur émotionnel sincère au récit.
En mêlant humour noir caustique et métaphore du passage à l’âge adulte, Buddy s’impose comme une proposition horrifique originale et singulière. Un cauchemar pop aussi coloré que venimeux qui prouve que les monstres les plus effrayants sont parfois vêtus de peluche et colorés.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième