
« See you soon, my darling. »
[À bientôt ma chérie.]

Dans un village de pêcheurs oublié, un bateau réapparaît mystérieusement dans le vieux port. Le Rose of Nevada, perdu en mer avec tout son équipage il y a 30 ans, est de retour. Pour que la chance de ce village dévasté tourne enfin, le navire doit reprendre la mer. Nick (George MacKay) décroche un travail à bord du navire pour tenter de subvenir aux besoins de sa jeune famille. À ses côtés, Liam (Callum Turner), un nouvel arrivant, rejoint l’équipage, désespéré d’échapper à son passé. Ils prennent la mer et, après une traversée fructueuse, rentrent au port. Mais quelque chose ne tourne pas rond : ils ont glissé dans le temps.
Dans ce film énigmatique, le réalisateur Mark Jenkin compose une démarche artistique d’une assez rare exigence et d’une autonomie totale. Il ne s’est pas contenté de réaliser, mais a aussi écrit le scénario, assuré la photographie, réalisé le montage sonore et composé la musique originale. Cette indépendance presque absolue (bien qu’un film se fasse évidemment avec des dizaines de personnes) insuffle au long-métrage une identité forte et une très grande cohérence créative.Il a ainsi travaillé et façonné chaque recoin de son univers, réussissant à transformer ce récit en une énigme magnétique.
Le réalisateur a fait le choix plutôt audacieux de tourner sur pellicule 16 mm et de recomposer sa bande-son entièrement en postproduction. Ce support argentique est le cœur esthétique de son projet ; il offre une texture visuelle qui lui est propre, évoquant la matière originelle du septième art, le tout en apportant une matière brute à la mer et aux visages des marins.

Pourtant, le film évite la grossièreté du simple hommage rétro. Grâce à son association de l’aspect cinématographique primaire avec un montage moderne et un rythme contemporain, l’ensemble dégage une atmosphère étrangement captivante. La bande-son joue aussi un rôle majeur dans l’atmosphère du film, rythmée par des nappes sonores qui enveloppent le spectateur dans un climat sonore à la fois troublant et fascinant.
Le film, de par son cadre insulaire et sa tension lancinante, donne des échos au film de Robert Eggers, The Lighthouse. Il s’en distancie néanmoins avec ce dernier par son approche moins sombre, moins dramatique et nettement moins brutale.

Là où d’autres récits choisissent la folie ou l’horreur pure, ce film opte pour une poésie envoûtante et une dimension nettement plus onirique. Le temps s’étire et défile doucement, laissant s’installer une inquiétude constante mais retenue.
Pour finir, l’intrigue se déploie en une contemplation sur la mémoire, la disparition et la dilatation du temps. En altérant de différentes manières la réalité, le film interroge la façon dont les individus et les communautés traversent le deuil et l’oubli collectif.
Pour les protagonistes, l’acceptation de leur propre sort passe par une assignation à l’effort physique et une immersion dans l’inconnu, jusqu’à se laisser bercer par les fantômes du passé. Le film s’impose comme une traversée singulière dont la tension poétique résonne longtemps après le visionnage.
Bande-annonce
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