Journal de Fantasia jour 16 - Une

Journal de Fantasia 2026 | Jour 16

Comme Fantasia célèbre ses 30 ans cette année, j’ai souhaité vivre complètement l’expérience du festival en visionnant le plus grand nombre de films possible. Donc, comme mon horaire risque d’être très chargé et que je n’aurais ainsi pas toujours le temps de faire des critiques complètes, je vous propose un format journalier, avec non seulement des avis à chaud des films visionnés à chaque journée, mais également un compte-rendu des évènements.

A Safe Distance

A Safe Distance - Affiche

Le film suit Alex, abandonnée dans les bois par son petit ami après avoir refusé sa demande en mariage, qui se retrouve entraînée dans la dynamique dangereuse d’un couple de fugitifs.

Le premier film de Gloria Mercer a connu un bon accueil critique lors de son passage à SXSW cette année. La réalisatrice a cité comme influence la romancière Patricia Highsmith, connue pour ses thrillers psychologiques comme L’Inconnu du Nord-Express, adapté par Alfred Hitchcock en 1951, ainsi que sa série de livres mettant en vedette le personnage de Tom Ripley et dont le premier livre, Le talentueux Mr. Ripley, a été adapté avec Plein Soleil en 1960 et avec le remake américain éponyme de 1999.

Comme dans les romans de l’autrice, qui est directement citée dans le film, la protagoniste fait face à une situation tendue, ici, croiser des voleurs de banque recherchés, qui va jouer avec sa vision du monde. L’idée est de mettre l’emphase sur le côté émotionnel des personnages. Alex n’est pas menacée par ses nouveaux amis, mais apprend à les connaître et s’attache à eux, même si des tensions persistent.

Une tension que le film a des difficultés à gérer, et ce, dès le début. Car si on veut nous tenir en haleine sur ce qui va se passer, c’est un peu un gâchis de nous montrer le dénouement au tout début. De toute façon, toute tentative de créer du suspense est molle. Sans parler de l’aspect film érotique, qui est ici un peu trop sage.

A safe distance

Il reste de belles images de la Colombie-Britannique, de bons acteurs et une bonne bande sonore.

Fiche technique

Titre original : A Safe Distance
Durée : 86 minutes
Année : 2026
Pays : Canada
Réalisateur : Gloria Mercer
Scénariste : Aidan West
Note : 5/10

Teenage Sex and Death at Camp Miasma (Coup de coeur)

Teenage Sex and Death at Camp Miasma - Poster

La réalisatrice queer et polyamoureuse Kris est obsédée par l’idée de tourner un reboot de Camp Miasma, une franchise d’horreur datée et usée à la corde. Elle souhaite ardemment retrouver celle qui tenait le rôle de la «final girl» dans le film original, Billy Presley . À l’écran, Billy Presley ressent à la fois du plaisir et de la douleur afin de divertir Kris et le reste du public. Éventuellement, l’obsession de Kris pour l’actrice passe de l’intérêt cinéphile à un véritable coup de foudre psychosexuel.

En seulement trois films, Jane Schoenbrun s’est imposé comme un cinéaste important, notamment pour la communauté queer, dont Schoenbrun fait partie, étant non-binaire. Son premier film, We’re All Going to the World’s Fair, parlait de notre rapport à Internet et du sentiment de dysphorie. Son deuxième film, I Saw the TV Glow, est une allégorie de la transsexualité. Schoenbrun revient cette année avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma, ayant auparavant fait l’ouverture d’Un Certain Regard à Cannes.

Schoenbrun explore le milieu du cinéma. Iel prend en dérision les films de slasher, comme leur impact dans les années 80, ce qui a amené à de nombreux produits dérivés, mais aussi leur chute suite à de nombreuses suites de trop, aux propos qui ont mal vieilli et aux éventuels reboots montrant la tendance à Hollywood de ne se fier qu’aux vieilles histoires. Un côté méta parfaitement maîtrisé.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma

Cependant, Camp Miasma explore également un sentiment plus profond envers le cinéma, à savoir comment des moments nous marquent et forment notre identité. Ici, la protagoniste a découvert son identité sexuelle en regardant une scène de Camp Miasma, un moment qu’elle cherche à redécouvrir et revivre.

Un message important sur la découverte de soi qui anime tout le film, faisant du long-métrage une expérience positive qui nous fait sortir du film avec une bonne humeur intense, et ce, après qu’un tueur a trucidé plusieurs personnes.

Un film unique, magnifique et immanquable, qui arrive bientôt dans nos salles.

Fiche technique

Titre original : Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Durée :111 minutes
Année : 2026
Pays : États-Unis
Réalisateur : Jane Schoenbrun
Scénariste : Jane Schoenbrun
Note : 9/10

TOKYO BURST: Crime City (Coup de coeur)

TOKYO BURST Crime City - poster

Le détective recrue Aiba, natif de Kabukicho, le quartier le plus chaud de Tokyo, a grandi avec les marchands, les citoyens… et les yakuza de cet endroit mythique. Lorsqu’un dangereux criminel semblant intouchable et ayant des antécédents aux Philippines et en Corée se met à semer le chaos sur son territoire, Cho, un agent spécial de Séoul arrivé en renfort, lui est assigné afin de dénouer l’enquête.

Le public de Fantasia est familier avec les films The Roundup, une série de films coréens dans lesquels on suit Ma Seok-do, incarné par Don Lee, qui se bat (littéralement) pour arrêter de dangereux criminels. Les trois Roundups, ainsi que The Outlaws en 2017, sont connus sous le nom de la série Crime City. Cette dernière fait les choses différemment dans son dernier volte, délaissant Don Lee et se rendant au Japon, mais gardant tout ce qui est bagarre.

Le nouveau protagoniste, Shiro Aiba, est en effet un ancien délinquant devenu policier, mais tout à fait dans la lignée pour se battre. Il est assigné à un détective coréen, Choi Si-woo, qui semble avoir été éduqué à la même école de police que Ma Seok-do. De ce fait, malgré l’absence de Don Lee, TOKYO BURST suit à la lettre la structure des films The Roundup

Il y a les policiers qui foncent dans le tas, des exemples de brutalité policière, des criminels violents et vicieux, des moments de comédie, et, bien sûr, de la bagarre. Le film regorge même de références à la franchise coréenne et se permet d’ajouter des éléments à part, comme l’aspect buddy movie ou bien des éléments culturels japonais.

TOKYO BURST Crime City

Quant aux scènes d’action, elles sont incroyables. Même si elles sont moins nombreuses par rapport aux films de Don Lee, elles sont toutes créatives et brutales, notamment grâce au style d’Aiba qui est axé sur le catch. Une prise finale contre l’antagoniste a fait s’exclamer la salle entière de Fantasia. Ces scènes d’action peuvent excuser les nombreux problèmes de scénario.

Mais The Roundup continue d’être l’une des meilleures franchises de films d’action, même hors de Corée. On espère le crossover ultime entre Aiba et Don Lee dans le futur.

Fiche technique

Titre original : TOKYO BURST: Crime City
Durée : 116 minutes
Année : 2026
Pays : Japon, Corée du Sud
Réalisateur : Eiji Uchida
Scénariste : Tatsuro Mishima et Eiji Uchida
Note : 8/10

Le Confessionnal

L’action se déroule à Québec et couvre deux périodes distinctes, à commencer par les années 1950, à l’ère du règne de Duplessis et du catholicisme omniprésent. Pendant que Hitchcock tourne son film I Confess dans plusieurs lieux de la vieille ville, d’autres intrigues viennent perturber la vie de quelques citoyens pris dans le tourbillon de ce tournage mythique. L’action se déroule aussi dans les années 1980, bien après la Révolution tranquille, à une ère où la religion a été remplacée par l’argent, le pouvoir, la libération sexuelle et le nihilisme.

Le confessionnal

Robert Lepage est l’un des plus grands artistes québécois actuels. Sa principale contribution est au théâtre, notamment avec sa compagnie Ex Machina. Il a également dans son impressionnant CV la mise en scène de spectacles de Peter Gabriel et du Cirque du Soleil, la performance du Moulin à images créée pour le 400e anniversaire de la ville de Québec, ainsi que la mise en scène d’opéras. Mais comme il a pris une approche cinématographique à travers ses pièces, il était donc normal qu’il se mette au cinéma, adaptant certaines de ses pièces, mais aussi en réalisant des films originaux comme Le Confessionnal, projeté à Fantasia dans le cadre du prix Denis-Héroux, remis à Robert Lepage.

Ce premier long-métrage ne s’inspire pas d’une de ses pièces, mais d’une histoire originale prenant place à deux époques. La première se situe dans les années 80, où deux frères, dont un adopté, cherchent le père biologique de ce dernier. On suit leur famille dans la deuxième temporalité, dans les années 50, en même temps qu’Alfred Hitchcock tourne le film I Confess dans la ville de Québec.

Robert Lepage s’amuse à relier les différents événements entre eux, comme l’intrigue du film d’Hitchcock, dans lequel un prêtre, témoin d’un meurtre, ne s’alarme pas et n’alerte pas les autorités, car le coupable s’est confessé. Là aussi, des secrets sont dits lors d’une confession et ces derniers ont un impact 30 ans plus tard. Mais là où Robert Lepage se permet le plus de liberté, c’est dans les transitions entre les deux époques. Elles sont toutes bien trouvées, originales et sont des merveilles de mise en scène. Robert Lepage s’en tire d’ailleurs très bien pour son premier film, avec des plans magnifiques, dont certains très complexes, et avec des petits clins d’œil au cinéma d’Alfred Hitchcock.

C’est juste l’histoire du film qui bloque. La quête des frères pour trouver le père biologique est peu passionnante, et les passages dans les années 50 sont un peu trop courts pour s’y immerger. Et donc, malgré des thèmes intéressants sur la famille, la religion et la vie, le scénario finit par nous passer un peu sur la tête et on en vient plus à apprécier les prouesses visuelles qu’à complètement s’engager dans l’histoire.

Fiche technique

Titre original : Le Confessionnal
Durée : 100 minutes
Année : 1995
Pays : Québec
Réalisateur : Robert Lepage
Scénariste : Robert Lepage
Note : 7/10

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