
Comme Fantasia célèbre ses 30 ans cette année, j’ai souhaité vivre complètement l’expérience du festival en visionnant le plus grand nombre de films possible. Donc, comme mon horaire risque d’être très chargé et que je n’aurai ainsi pas toujours le temps de faire des critiques complètes, je vous propose un format journalier, avec non seulement des avis à chaud des films visionnés à chaque journée, mais également un compte-rendu des évènements.
Lorsque le jeune entrepreneur Thu Ya vient d’hériter du titre de propriété d’une plantation de caoutchouc abandonnée, il décide d’aller visiter l’endroit avec ses amis de la ville, et l’extraverti Aung Khant a bien l’intention d’enregistrer l’excursion. Le groupe arrive à destination dans la forêt de Wingabar et, le soleil à peine couché, dès que des hurlements lointains se font entendre.

Bien qu’il se soit fait plus discret dans les dix dernières années, le genre du found footage n’en reste pas moins présent dans le paysage cinématographique mondial. Le récent succès de Backrooms, qui utilise ce procédé filmique, pourrait probablement relancer le genre dans le futur. Et bien que son industrie cinématographique ne soit pas la plus prolifique, pour des raisons évidentes, ce n’est que maintenant que le Myanmar produit son tout premier found footage avec The Last Footage.
Ici, l’action est filmée à travers des lunettes avec une caméra 4K intégrée (trouvable sur Amazon) que l’un des personnages utilise pour filmer sa virée entre amis dans une ancienne forêt dont l’un d’eux a hérité. Un voyage qui se passera mal, le groupe faisant face à des habitants étranges et à un dangereux esprit. Un calvaire que nous, spectateurs, subissons aussi en voyant ce film.
Car il n’y a rien du tout à sauver dans The Last Footage. La mise en scène found footage est absolument sous-utilisée et n’a aucune cohérence. On peut remercier la personne ayant pris le temps de monter proprement ce dossier vidéo trouvé par hasard. Le scénario est quant à lui extrêmement mal écrit, rempli de vides, de situations absurdes et de personnages insupportables. C’est sans compter le mixage sonore, la plus grande épreuve pour pouvoir supporter ce film.
L’intention de faire le premier film du genre du pays est louable, mais c’est ici complètement raté. Au moins, ça deviendra une leçon pour les cinéastes birmans sur ce qu’il ne faut pas faire.
Titre original: The Last Footage
Durée: 88 minutes
Année: 2026
Pays: Myanmar
Réalisateur: Arkar Soe Oo
Scénariste: Arkar Soe Oo
Note: 1/10
Après avoir levé le voile sur la réalité sans le savoir, Ricky et son colocataire Tepper voient six hommes lécher sensuellement la chaussée d’une rue déserte de Los Angeles. Alors que le temps s’étire et se déforme à la suite de cette rencontre, les relations de Ricky, y compris sa relation avec la cinéphile Aura, commencent à prendre de nouvelles dimensions surprenantes.

Si la grande majorité des films s’accordent à suivre une structure narrative classique, plusieurs cinéastes optent pour une atmosphère moins conventionnelle, faite pour perdre le spectateur et lui retourner l’esprit. Une démarche qu’a prise le réalisateur Harrison Atkins avec Sour Minnows.
Il l’a affirmé lui-même, David Lynch est une influence importante pour lui. On remarque dans Sour Minnows des éléments similaires : la manière peu glamour de filmer Los Angeles, des personnages aux comportements étranges dans un monde normal, ainsi que la tendance à perdre le spectateur au point qu’il cherche un sens à tout ça.
Mais si Lynch restait extrêmement précis dans ce qu’il racontait malgré toutes les étrangetés qu’il met en scène, Sour Minnows n’a pas la même maîtrise. Certes, il y a des moments qui fonctionnent très bien pour exprimer la perte de repères du personnage et sa volonté de trouver du sens dans un monde qui n’en a pas, mais une bonne partie du film semble vouloir être bizarre pour être bizarre. De ce fait, le film se répète et tente des choses sans grand impact, le rendant plutôt lassant.
Néanmoins, si vous voulez un autre avis sur le film, mon collègue François a fait sa propre critique.
Titre original : Sour Minnows
Durée : 83 minutes
Année : 2026
Pays : États-Unis
Réalisateur : Harrison Atkins
Scénariste : Harrison Atkins
Note : 4/10

La professeure Se-jeong assiste à une conférence sur la biotechnologie, espérant entamer une nouvelle carrière dans ce domaine. Ce qui est censé être une simple journée de réseautage se transforme en bain de sang lorsque des maniaques cannibales sèment la terreur après avoir été infectés par un dangereux virus et avoir subi d’horribles transformations. Les survivants luttent pour leur survie tout en tentant de trouver comment mettre fin à cette menace mortelle…
En 2016, le film de zombies a connu un véritable ouragan avec la sortie de Train to Busan. Ce film sud-coréen a apporté un vent de renouveau dans le genre, devenant une pierre angulaire de la figure du zombie. Beaucoup ont tenté de recréer ce succès, mais peu ont réussi. Même son réalisateur Yeon Sang-ho a essayé avec la suite officielle Peninsula, qui n’a pas reçu les éloges de son prédécesseur. Le cinéaste replonge à nouveau dans le genre avec Colony.
La particularité cette fois-ci n’est pas le lieu où l’épidémie de zombies a lieu, mais plutôt la créature elle-même. En effet, l’idée est que les zombies fonctionnent avec un esprit de ruche, comme les fourmis, et évoluent petit à petit. Le tout est guidé par un leader, ici un scientifique mégalomane voulant créer une nouvelle espèce supérieure.

Le film fait bon usage de ce concept, les protagonistes devant faire face à de nouveaux défis à mesure que les infectés changent de comportement. Le long métrage offre ainsi un très grand spectacle intense et divertissant, comme l’était Train to Busan.
Néanmoins, Colony est bien moins maîtrisé que son prédécesseur. La faute est surtout due à une écriture moins travaillée, qui se traduit par un manque de profondeur dans ses personnages, par des dialogues un peu trop explicatifs, par une critique sociale moins marquée ainsi que par un récit très exagéré.
Mais malgré ces imperfections, Yeon Sang-ho offre un autre très bon film de zombies.
Titre original : Colony
Durée : 122 minutes
Année : 2026
Pays : Corée du Sud
Réalisateur : Yeon Sang-ho
Scénariste : Choi Gyu-seok, Yeon Sang-ho
Note : 7/10

Alcoolique et ruiné financièrement, Tagosaku Suzuki est interrogé au poste de police après avoir détruit une machine distributrice et donné un coup de poing à un commis. Il prétend posséder des pouvoirs psychiques en affirmant qu’une bombe va exploser à Akihabara. Croyant d’abord à un délire d’ivrogne, les policiers réalisent rapidement que sa prédiction s’est vraiment produite! L’homme mentionne alors que trois autres bombes vont exploser, activées d’heure en heure. Avec ces dangers qui menacent Tokyo, le détective Ruike devra mettre fin à la folie et découvrir comment Suzuki peut prédire ces situations mortelles.
Il y a plusieurs façons de faire un bon polar, notamment ceux qui mettent en scène des tueurs en série. Il y a une manière plus simple de mettre en place une enquête où on découvre petit à petit les intentions du tueur, mais une méthode plus intrigante est la confrontation entre l’enquêteur chargé de l’affaire et le tueur. Ce jeu du chat et de la souris peut être vu dans Se7en de David Fincher, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme ou bien Cure de Kiyoshi Kurosawa. Adapté du roman de Katsuhiro Go, Suzuki=Bakudan est présenté comme l’enfant entre Se7en et Die Hard 3.
Comme dans Se7en, le suspect, ici un homme fauché nommé Suzuki, se laisse arrêter par la police, en affirmant connaître les détails d’un crime. Et comme dans Die Hard 3, il connaît l’emplacement de bombes (bakudan en japonais) à travers la ville et pousse la police à jouer à ses jeux avant qu’elles n’explosent.
C’est une excellente intrigue policière, dans laquelle cette chasse au trésor révèle des scandales, les limites de la justice ainsi que l’abandon par la société de certaines communautés. Un excellent jeu du chat et de la souris parfaitement mené par l’acteur Jiro Sato dans le rôle de Suzuki, incarnant à merveille un méchant aux multiples facettes émotionnelles et aux excellents monologues.

Mais si la première partie du film est très consistante, la seconde l’est moins. Sans rien spoiler, c’est à cause de la motivation du méchant, la grosse révélation du film, qui n’est pas aussi forte que ce que l’on aurait souhaité, le film explorant moins d’aspects importants. Ce qui n’empêche pas le film de nous tenir en haleine jusqu’à cette dernière.
Titre original : Suzuki=Bakudan
Durée : 137 minutes
Année : 2025
Pays : Japon
Réalisateur : Akira Nagai
Scénariste : Masahiro Yamaura, Hiroyuki Yatsu
Note: 7/10
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