
« I think I must’ve gotten confused while I was driving. Where are we? »
[Je pense que je dois m’être trompé de chemin en conduisant. Où sommes-nous ?]
Deux amis découvrent par hasard une scène insolite : six hommes lèchent sensuellement le trottoir d’une rue déserte de Los Angeles. Pour Ricky, cet instant est un véritable cataclysme. Alors que la réalité se brouille et que les souvenirs s’estompent, une nouvelle logique, aussi délirante que fascinante, s’installe.
Avec Sour Minnows, Harrison Atkins propose un de ces films what-the-fuck qui laissent complètement incertain. Incertain si on a compris quelque chose, et incertain si on a aimé. Mais surtout, un film qui fait réagir et jaser.

Alors que le temps s’étire et se déforme, les liens unissant Ricky — notamment avec la cinéphile Aura (Suzanna Son) — prennent des directions aussi surprenantes qu’inattendues. Entre souvenirs mâtinés de mensonges et réalité devenue totalement malléable, le protagoniste se retrouve bientôt à la merci de « la chose jaune », une entité insaisissable qui s’enfile comme un costume de chair.
Par moment, cela donne l’impression qu’on regarde un film de zombies. Pourtant, ce n’est pas le cas. Sont-ce simplement des gens perdus dans notre monde post-pandémique sans sens? La vie est-elle devenue complètement vide, sans âme? C’est un peu ce qui ressort de ce film expérimental qui, par moment, semble perdre le fil. Mais dans un film expérimental, perdre le fil n’est pas aussi problématique que dans un film narratif traditionnel.
Mais le rythme lent, le fil narratif mince et les dialogues banals peuvent en décourager plusieurs. Pourtant Sour minnows amène des questionnements intéressants et une façon de créer intéressante. Le minimalisme permet de se concentrer sur les personnages et leur réalité sans être déconcentré par des effets visuels et sonores sans intérêt. Et c’est probablement ce point fort que plusieurs lui reprocheront.
Bien qu’il aborde des concepts ardus, Sour Minnows insuffle un inattendu souffle de légèreté à l’approche de la fin des temps, laissant poindre à travers les ténèbres l’humour mélancolique et décalé qui caractérise l’œuvre. Prolongeant les forces de son premier long-métrage, Lace Crater, Atkin dote ses protagonistes d’une telle sincérité qu’on a l’impression de partager leur canapé moite, à jaser de tout et de rien. Ce sont précisément ces moments de connexion intime qui dessinent le fil conducteur du film, menant droit à son cœur vibrant.

Entre une mise en scène étouffante, un montage paranoïaque et une vaste conspiration surnaturelle, le long-métrage bifurque soudain vers des contrées rappelant Mulholland Drive avant de s’insinuer durablement dans votre esprit, plaidant avec une bouleversante compassion pour les liens humains, l’acte de création et le jazz.
Le réalisateur utilise certains principes de la physique quantique, donnant ainsi à la réalité des personnages une malléabilité déconcertante. De ce fait, on a parfois l’impression de naviguer entre la réalité simple et une sorte de réalité alternative qui caractérise bien notre monde en 2026.
Sour minnows est présenté au festival Fantasia les 24 et 29 juillet 2026.
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