
« I don’t want to make love, I want to be eaten alive. »
[Je ne veux pas faire l’amour, je veux juste être dévorée vivante.]

Sadie (Tirion Healy) peine à trouver un équilibre entre son travail, sa vie sociale et sa fascination érotique pour les insectes.
Avec Insectasy, Angus Silver propose un film perturbant sur l’entomophilie. Un film présenté en première mondiale à Fantasia et qui laissera beaucoup de spectateurs dans un état trouble.
Angus Silver signe un long-métrage qui se veut en partie un hommage aux thrillers érotiques des années 70 avec un sens de l’humour noir décalé et une palette de couleurs violacée, et un film moderne sur la stérilité de la vie contemporaine. Avec cette œuvre, il marche sur la fine ligne qui sépare la sensualité et le dégueu. Dès la scène d’ouverture, on passe rapidement à l’érotisme, avec Sadie qui écoute un enregistrement qui se situe entre développement personnel et pornographie, puis on la retrouve sur son lit, nue, en train de se donner du plaisir. Puis, on s’approche pour nous montrer un bocal, placé à l’envers entre ses seins, avec un insecte qui se promène sur sa peau. Puis, vient l’orgasme et le bocal tombe, et l’insecte est écrasé au moment culminant de son plaisir. Ah oui, ça, c’est le bout un peu plus dégoûtant.

Ainsi se déroule le film. Entre ces moments où Sadie se laisse aller à ses pulsions et ces moments où elle tente de les combattre, le film joue avec les sensations du spectateur qui se demande s’il doit être excité ou dégouté. L’actrice offre une solide performance dans un rôle clairement pas évident.
Insectasy déploie la transgression érotique comme une arme pour pourfendre la stérilité de la vie contemporaine, entraînant le spectateur dans le monde intérieur, sensuel et inusité de son personnage. Entre des séquences oniriques extravagantes qui bousculent le quotidien de Sadie et une ambiance sonore évocatrice, le film trouve une assise redoutable. La partition de Tom Cepeda et The Rats that Drink Blood — enrichie de quelques compositions de Solange Nelles — épouse à merveille la narration : une pulsation rythmique aux échos insectoïdes ramène constamment le public en arrière, faisant écho à une voix hors champ tout aussi fantaisiste.

En brouillant la frontière entre le sommeil et l’éveil, en plongeant tête première dans le viscéralement répugnant, Insectasy ausculte la profonde solitude de Sadie, d’une universalité poignante. Sans jamais le nommer explicitement, le long métrage s’impose comme une œuvre de l’après-pandémie où l’anxiété, la précarité, la paranoïa et l’isolement imprègnent chaque plan. C’est un univers saturé de sexe, où les personnages dissertent de leur intimité avec une banalité déconcertante, comme de simples échos de feuilletons télévisés ou de podcasts. Une surenchère verbale qui, paradoxalement, finit par escamoter l’érotisme véritable, le désir brut et sa charge destructrice.
Des films avec un érotisme étrange, voire anormal, il y en a une grande quantité. Mais ceux qui placent l’insecte au centre du désir humain, ça c’est beaucoup moins fréquent. Étrangement, le réalisateur et son interprète principale réussissent à rendre cette déviance presque acceptable.

J’en suis même à me demander s’il y a des gens qui vivent cette réalité. En tout cas, on a jugé nécessaire de donner un autre sens officiel au mot « entomophile » pour décrire les personnes qui se sentent sexuellement attirées par les insectes. J’imagine qu’il ne faut pas juger.
Par contre, ce que je peux juger, c’est Insectasy, film qui mérite le détour pour la beauté de son image, sa capacité à transgresser les normes et d’offrir une histoire qui se tient et qui garde le spectateur en état d’éveil. Et qui fera jaser.
Insectasy est présenté à Fantasia les 24 et 27 juillet 2026.
Bande-annonce
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