
« Les étrangers ont trop de pouvoir. »

La Chine a vu naître de nombreux héros folkloriques, des personnes comme Jos Montferrand et Louis Cyr chez nous. Cependant, s’il n’existe qu’un seul film relatant les exploits de Louis Cyr et aucun sur Montferrand, la Chine n’a pas hésité à transposer ses héros de très nombreuses fois au cinéma. Le meilleur exemple est Wong Fei-hung, médecin traditionnel chinois et célèbre pratiquant des arts martiaux, dont la vie a inspiré une centaine de films et séries, l’exemple le plus marquant étant la série de films Il était une fois en Chine, où Wong Fei-hung est incarné par Jet Li devant la caméra de Tsui Hark. Mais une autre grande personnalité qui a grandement inspiré les cinéastes chinois est Ip Man.
Aussi nommé Yip Man, il est un pratiquant de l’art martial Wing Chun. Il a notamment rejoint l’armée du parti nationaliste chinois durant la Seconde Guerre sino-japonaise et a été capitaine des patrouilles de police de Foshan avant de fonder ses écoles d’arts martiaux à Hong Kong. Mais Ip Man est surtout connu pour un de ses élèves, Bruce Lee, bien qu’il ne l’ait pas entraîné personnellement et qu’il n’a pas complété tous ses apprentissages.

Cela reste suffisant pour inspirer plusieurs films sur sa légende, comme Ip Man: The Final Fight (2013), où il est incarné par Anthony Wong, ou bien The Grandmaster (2013), réalisé par Wong Kar-Wai avec Tony Leung. Mais quand on pense Ip Man, on pense surtout aux quatre films avec Donnie Yen dans le rôle-titre, tous réalisés par Wilson Yip. Des films à la renommée internationale et grandement considérés par les amateurs de films d’action. Une renommée à laquelle le réalisateur Liming Li doit faire face avec son film Ip Man : Kung Fu Legend.
Après avoir servi la police à Foshan, Ip Man et sa famille déménagent à Hong Kong dans l’espoir de fonder une école d’arts martiaux. Cependant, un homme d’affaires anglais cherche à prendre le contrôle de l’association des écoles d’arts martiaux. Quand Ip Man entrave ses plans, il cherche à se débarrasser de lui, mettant également en danger sa famille et ses camarades.

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur s’attaque à la figure d’Ip Man. Kung Fu Legend est d’ailleurs la suite du film de 2019 Ip Man : Kung Fu Master. Li Liming a aussi réalisé Young Ip Man: Crisis Time, se concentrant sur la jeunesse du maître de Wing Chun. Le sujet est aussi une habitude pour l’acteur principal, Dennis To, qui a interprété le rôle à quatre reprises, en plus d’avoir joué dans les deux premiers films de Donnie Yen. Mais malgré toute cette expérience, Kung Fu Legend fait très pâle figure face à tous ses prédécesseurs.
Le film commence quand même bien, avec Ip Man qui réalise plusieurs épreuves afin qu’il puisse ouvrir son école, comme se battre à l’aveugle. C’est malheureusement le seul moment de tout le long-métrage qui démontre un tant soit peu d’inventivité.

Tout le reste du film est juste plat et ennuyeux, à commencer par un scénario cliché sur le fait que Ip Man soit accusé d’un crime qu’il n’a pas fait, et qui devient parfois même caricatural. Un aspect qui se voit notamment dans les vilains, comme l’homme d’affaires occidental qui veut juste tourmenter la population chinoise. Le pire serait le « traître » chinois, qui est d’abord présenté avec une motivation qui peut amener de la nuance à son personnage, mais qui finit par tomber dans un mauvais archétype sans raison. Le film apporte globalement très peu de profondeur à ses personnages, Ip Man devenant seulement un symbole du peuple chinois. L’aspect nationaliste était quand même présent dans les films de Donnie Yen, mais pas au détriment du reste du scénario.
Mais le pire reste les scènes d’action. Wilson Yip et Donnie Yen ont donné une véritable leçon de cinéma d’action durant les quatre films de la série. Li Liming n’en a retenu aucune. Il y avait quand même de bons contextes mis en place, comme une émeute dans une prison, un combat contre des adeptes de la boxe anglaise ou bien contre un assassin. Cependant, toutes ces scènes sont gâchées soit par une mise en scène laborieuse et un montage confus, avec des changements flagrants de qualité d’image et des coups qui ne semblent pas connectés, ou bien soit par le fait que ces scènes soient trop courtes. C’est d’autant plus le cas quand Ip Man affronte des antagonistes importants, des scènes scénaristiquement importantes qui se concluent en à peine une minute et qui deviennent anticlimatiques. Quand des masterclass d’action comme The Furious sont sorties en même temps, Kung Fu Legend ne fait juste pas le poids.
Ip Man : Kung Fu Legend fait très pâle figure dans toute la filmographie relatant la vie du maître d’arts martiaux de Bruce Lee. Il nous donne quand même envie d’écouter ou réécouter les films de Donnie Yen.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième