
« Préparez-vous à combattre! »

Ceux qui disent que le cinéma n’est pas politique ont tort. Par exemple, le cinéma est un excellent outil de soft power (puissance douce). Plusieurs pays utilisent les films pour attirer le reste du monde sur leurs idéaux.
Les États-Unis ont souvent promeut l’American Way of Life (façon de vivre à l’américaine) dans leurs blockbusters, et des pays comme la Corée du Sud soutiennent activement la production et la diffusion de films et séries dans le cadre de la stratégie culturelle nationale. Des pays offrent également leur financement en échange d’une meilleure vision de leur patrie sur grand écran. C’est le cas de la Chine, qui a plusieurs demandes sur la représentation de leur pays, comme la présence d’acteurs chinois, ce que Hollywood accepte, la Chine étant un box-office mondial important. Mais le gouvernement chinois utilise également le soft power, et dans ce cas-ci, ça ressemble plus à du nationalisme, voire même de la propagande.
Ce genre de films, appelés « Main Melody », sont financés par le gouvernement chinois pour faire la promotion du patriotisme chinois et des valeurs du Parti communiste. La principale particularité est que ces films sont des blockbusters spectaculaires, proposant des scènes d’action grandioses à travers cette promotion nationaliste, notamment pour l’armée chinoise. Le réalisateur hongkongais Dante Lam s’en est fait une spécialité, étant un des trois réalisateurs du diptyque The Battle at Lake Changjin, la reconstitution d’une bataille lors de la Guerre de Corée produit dans le cadre du centenaire de la fondation du Parti communiste chinois, ainsi qu’un des plus gros succès commerciaux du cinéma chinois. Mais Dante Lam a également réalisé Operation Red Sea en 2018, un film de guerre faisant la promotion de l’armée chinoise. Des années plus tard, nous avons droit à une suite, Operation Hadal.

Après avoir suivi l’armée de terre dans Operation Red Sea, cette suite nous emmène sous l’eau avec la Marine chinoise. Après avoir intercepté un sous-marin ennemi, la Marine envoie son propre sous-marin dernier cri, ainsi que l’escouade d’élite Jialong, déjà présente dans le précédent film. Ils vont devoir faire face à un Amiral ennemi qui s’est rebellé contre son gouvernement et qui menace d’utiliser une arme surpuissante pouvant décimer le monde.
Ça se voit avec ce pitch, le scénario n’a pas grand chose de subtil. Ce sont les gentils soldats qui affrontent de méchants mercenaires qui veulent faire exploser une arme atomique. Il y a quelques arcs de personnages pour les héros, mais c’est un aspect très secondaire, tout comme la présence de personnages d’Operation Red Sea, dont on découvre l’existence bien plus tard dans le scénario. Le film est aussi un poil trop long.
Néanmoins, on ne regarde pas Operation Hadal pour sa qualité scénaristique, mais plutôt pour son grand spectacle. Et là, Dante Lam nous en donne pour notre argent. Le réalisateur s’essaie ici aux films de sous-marins comme À la poursuite d’Octobre rouge, Crimson Tide, K-19 et Le chant du loup. Dans ces films, toute l’intensité vient de ce jeu du chat et de la souris entre deux sous-marins, deux engins de guerre qui voyagent dans des zones dangereuses, le tout avec une vision limitée et un équipage totalement isolé du reste du monde. Operation Hadal n’a pas la même maîtrise que les autres films du même type, mais il arrive de faire de quoi de prenant.

Le réalisateur ne s’en tient pas qu’au sous-marin, il propose également des scènes de fusillades dans des bases sous-marines, où le réalisateur se fait plaisir avec des effets de mise en scène et du grand guignolant comme des jet-pack et des chiens-robots. C’est certes exagéré, mais on ne peut pas dire que c’est ennuyant.
Mais bon, il faut passer à travers le fait que ça reste de la propagande pro-armée chinoise. En effet, les soldats sont montrés comme des hommes courageux qui n’ont pas peur de sacrifier pour le bien commun, en plus d’être entièrement compétents face aux ennemis qui, de plus, sont occidentaux et ont des noms américains, bien qu’ils viennent d’un pays fictif. Le film n’hésite pas non plus à faire preuve d’un fétichisme militaire, mettant bien en image les procédures militaires et la discipline de son armée, bien qu’il soit improbable que l’armée chinoise ait des jet-packs. Ce surnaturalisme peut amuser certains spectateurs, comme il peut en rebuter d’autres.

Dante Lam aurait facilement pu faire une simple pub propagandiste pour faire augmenter le nombre de recrues militaires en Chine, mais il propose aussi du divertissement grand spectacle tout à fait honnête pour ceux qui passeront à côté, sinon s’amuser du message politique discutable.
Bande-annonce
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