
« How do you know if we’re good people pretendin’ to be bad, or bad ones pretendin’ to be good? »
[Comment tu sais si on est des bonnes personnes qui prétendent être mauvaises, ou des mauvaises qui prétendent être bonnes?]

Caroline Daniels (Samara Weaving), dont le désir de quitter sa petite ville texane la conduit à croiser le chemin d’un escroc charismatique (Kyle Gallner), tisse avec lui une intrigue mêlant crime et passion à travers le Sud-Est américain.
Avec Carolina Caroline, Adam Rehmeier offre un road movie qui n’est pas sans rappeler Natural Born Killers. Il propose ainsi un film d’amour et de questionnements qui apporte une dose d’adrénaline et des moments touchants.
Un de mes films préférés est Natural Born Killers. C’est les ressemblances dans le synopsis qui m’ont donné envie de regarder Carolina Caroline. Je dois avouer que je me lançais dans le visionnement avec une certaine inquiétude. Règles générales, lorsqu’on commence un film parce qu’il nous rappelle un film qu’on adore, c’est une ligne droite dans un mur. Mais Adam Rehmeier m’a pris par surprise et m’a complètement déstabilisé.

Oui, dans les deux œuvres il y a des ressemblances. Le couple qui tombe en amour et qui rapidement devient un duo de criminel notoire, la femme plus jeune qui tombe pour l’homme plus vieux, l’homme qui chute par amour, la route de destruction que le couple laisse derrière… Ça fait beaucoup de ressemblances. Pourtant, les deux films restent fondamentalement différents, et ce n’est pas mal du tout.
La pauvre Caroline rêve de rencontrer sa mère qu’elle n’a jamais connue. Pour ce faire, elle doit traverser la moitié du pays. Au cœur du film, on retrouve cette contradiction que beaucoup vivent : rester dans le confort de ce qu’on connaît, même si c’est une forme de misère; ou quitter cette sécurité pour vivre sa liberté. Pour Caroline, tout comme pour Oliver, partir se compare à vivre la grande liberté des oiseaux. Mais s’envoler rend-il plus heureux? N’est-ce pas un peu ça le dilemme qui amène souvent une personne à rester dans sa petite misère? Cette peur que la pelouse ne soit pas réellement plus verte ailleurs.
Pour appuyer l’état d’esprit des personnages, la trame musicale joue un rôle central. Les pièces choisies touchent le spectateur directement au cœur ou au plus profond du cerveau. Chaque chanson semble parfaite pour transmettre le sentiment de Caroline ou celui d’Oliver.

Les deux moments forts surviennent accompagnés des pièces My father’s house, interprétée par Ammylou Harris, et Cover me up, de Jason Isbell. Deux chansons qui se retrouvent à des moments importants qui précipiteront les personnages vers la chute brutale et inévitable.
L’image éclairée aux néons dans ces scènes troublantes et bouleversantes ajoute une couche à l’émotion portée par les personnages et la musique. Les variations dans l’éclairage entre les scènes régulières et les moments brutaux sont marquantes.
La question que j’ai mise en exergue n’est pas choisie au hasard. Elle représente une question qui trouble l’esprit humain depuis longtemps. Une question sur laquelle une collègue et amie et moi avons eu une longue discussion dernièrement : l’humain est-il fondamentalement mauvais ou fondamentalement bon?

Le réalisateur fait le choix de ne pas donner de réponse, mais il fait aussi le choix de rendre ses personnages sympathiques, aimables. On veut qu’ils réussissent, malgré la mauvaise pente sur laquelle ils se lancent.
Le résultat est un film étonnamment touchant malgré son style et son sujet. Et un film qui se retrouvera juste à côté de ce bon vieux Natural Born Killers pour alimenter mes moments de faiblesse.
Bande-annonce
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