Fjord - Une

[Cannes] Fjord – L’injustice sociale

Avec Fjord, Cristian Mungiu signe une deuxième Palme d’or, dix-neuf ans après sa première, et reçoit ainsi à nouveau la plus haute distinction du Festival de Cannes. Son film précédent, 4 mois, 3 semaines, 2 jours, avait marqué les esprits par son réalisme brut et son esthétisme, le film retraçait les chroniques d’un avortement clandestin dans une mise en scène proche du thriller, tendue et oppressante.

Rebelote

Avec Fjord, Mungiu aborde de nouveau une réalité sociale, mais il déplace les points de vue. Là où son premier film explorait l’intimité d’un drame individuel dans un contexte politique étouffant dans les années 80, celui-ci élargit la perspective en s’intéressant à des tensions collectives, liées aux différences culturelles, à l’acceptation de l’autre et aux mécanismes d’injustice dans un contexte actuel. Les deux œuvres partagent néanmoins une même volonté de montrer sans juger, en laissant émerger la complexité morale des situations. 

Fjord - Rebelote
Les paroissiens du coin chez la famille Gheorghiu

Cependant, 4 mois, 3 semaines, 2 jours s’inscrivait dans une tension presque étouffante, alors que Fjord prend le parti inverse, en laissant place à l’espace, au silence et au temps pour installer une réflexion plus diffuse, mais tout aussi marquante.

Le pitch

Le film suit un couple roumano-norvégien, les Gheorghiu, qui s’installe avec leurs enfants dans un village isolé au cœur d’un fjord norvégien. Très croyante, la famille se lie rapidement avec ses voisins, les Halberg, malgré des conceptions éducatives différentes. Mais lorsque des enseignants remarquent des traces de violences physiques sur l’un des enfants, le doute s’installe et l’équilibre fragile de la communauté se brise. 

Fjord - Le pitch
Renate Reinsve et Sebastian Stan en famille

L’enquête qui s’ensuit fait basculer la famille dans une spirale de suspicion et d’incompréhension.

Différences de point de vue

Mungiu aborde ce sujet avec beaucoup de finesse, en évitant de prendre clairement parti et en laissant les faits parler d’eux-mêmes. Il oriente tout de même subtilement son regard du côté de la famille Gheorghiu. Avec sa mise en scène maîtrisée, faite de longs plans-séquence, il installe une tension progressive, il entretient en permanence le doute autour des violences supposées du couple. Le film suit alors les différentes étapes d’une procédure judiciaire qui, sous couvert de protéger l’intérêt de l’enfant, finit par engendrer des situations profondément inhumaines et insensibles.

Fjord - Différences de point de vue
Sebastian Stan (à gauche) et Renate Reinsve (à droite)

Les méthodes éducatives strictes des Gheorghiu les placent d’emblée dans une position suspecte, presque coupable, au sein d’une société scandinave perçue comme plus « moderne ». Et derrière l’assurance froide de la responsable de l’aide sociale à l’enfance, persuadée d’agir justement, ou encore dans les remarques parfois dures de l’avocat du gouvernement, transparaissent à la fois un certain mépris social et une forme de xénophobie plus insidieuse, d’autant plus dérangeante qu’elle se dissimule sous une apparence progressiste.

Poser les bonnes questions

Le film interroge avant tout la question des différences culturelles, éducatives et sociales. Il aborde également la notion d’indulgence, mais surtout celle d’injustice, à travers un système qui semble enfermer les individus dans des logiques qui les dépassent.

Fjord - Poser les bonnes questions

La mise en scène joue un rôle essentiel dans cette réflexion. Le cadre norvégien, avec ses montagnes et sa neige omniprésente, confère au film une dimension presque écrasante. La nature, vaste et silencieuse, contraste avec l’enfermement progressif des personnages, pris dans un système administratif et social rigide. Les plans étirés, le peu de musique et l’importance du silence renforcent ce sentiment d’impuissance et d’isolement.

Ainsi, Fjord ne se contente pas de raconter une histoire familiale, mais il met en lumière un conflit structurel, où les différences deviennent des sources de tension et d’exclusion. Le film soulève alors des questions plus larges sur la nationalité, l’intégration et le regard porté sur l’étranger, frôlant parfois des logiques de rejet qui peuvent rappeler certaines formes de discrimination. En cela, il provoque chez le spectateur un sentiment de révolte face à une injustice qui semble inévitable, et interroge profondément notre capacité à comprendre l’autre.

Extrait  

Fiche technique

Titre original
Fjord
Durée
146 minutes
Année
2026
Pays
Roumanie / France / Norvège / Danemark / Suède
Réalisateur
Cristian Mungiu
Scénario
Cristian Mungiu
Note
8 /10

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fiche technique

Titre original
Fjord
Durée
146 minutes
Année
2026
Pays
Roumanie / France / Norvège / Danemark / Suède
Réalisateur
Cristian Mungiu
Scénario
Cristian Mungiu
Note
8 /10

© 2023 Le petit septième