coward - Une

[Cannes] Coward – L’art de créer

Coward est le troisième long métrage du jeune réalisateur belge Lukas Dhont. Le film a nécessité un important travail de préparation, nourri par de longues recherches historiques menées avec son scénariste, afin de restituer avec justesse et réalisme l’atmosphère de l’époque.

Le film prend place en 1916, durant la Première Guerre mondiale, sur le front belge. Pierre (Emmanuel Macchia) vient de rejoindre les troupes, impatient de faire ses preuves. À l’arrière, au sein d’une équipe chargée du ravitaillement en vivres et en matériel, Francis organise des spectacles pour maintenir le moral des soldats. Tandis que les combats font rage, chacun tente d’échapper, ne serait-ce qu’un instant, à la brutalité du front.

Deux mondes qui s’opposent 

Une attention très particulièrement se ressent dans la direction artistique, notamment les décors, les costumes, ceux de la troupe de spectacles (« La bande des rejetés ») sont d’une grande richesse visuelle. Leurs étoffes, leurs couleurs, leur élégance créent un contraste saisissant avec la rudesse du front, accentuant ce décalage permanent entre deux mondes.

Le film explore précisément ces tensions : entre l’avant et l’arrière, entre ceux qui combattent et ceux qui soutiennent. Ce fossé fait naître des incompréhensions, voire du ressentiment certains risquent leur vie au combat, tandis que d’autres semblent évoluer dans un espace presque irréel et hors du temps. À cela s’ajoute une autre ligne de fracture, plus intime, celle d’une homosexualité qui émerge et se heurte à une société incapable de l’accepter. Là encore, le décalage est central, entre ce que l’on est et ce que le monde tolère.

Des thèmes forts

On retrouve ici des thématiques déjà présentes dans Close, notamment autour de personnages plus fragiles, du regard des autres et des émotions dissimulées. Mais Coward les déplace dans un cadre radicalement différent, celui de la guerre. 

Coward - Des thèmes forts

Là où Close travaillait la retenue et le non-dit, Coward intensifie ces tensions en les confrontant à un monde régi par la violence, la hiérarchie et les normes viriles du front. L’intime devient alors un espace de résistance, presque politique, où aimer et exister autrement relève déjà d’un acte de rupture pourtant qualifié de lâche.

Des moments forts 

Certaines scènes marquent particulièrement, notamment celles de chants collectifs et des spectacles. Ces moments suspendus, presque irréels, viennent injecter de la beauté au cœur du chaos. Le travail sonore y joue un rôle essentiel : entre chants militaires, voix a cappella et instants de communion, le film flirte parfois avec une forme quasi musicale, renforçant le sentiment d’unité et de camaraderie entre les soldats. Ces respirations artistiques ne sont pas de simples parenthèses, elles incarnent une tentative de survie, une manière de réinventer du lien et du sens au milieu de l’absurde.

Une mise en scènes singulière 

La mise en scène de Lukas Dhont reste fidèle à ce qui fait la singularité de son cinéma, une grande proximité avec les corps et les visages, une caméra au plus près, en plan resserré. Ce choix crée une immersion constante, comme si le spectateur partageait l’espace des personnages, coincé avec eux entre l’attente, la peur et les élans de vie, restant dans en permanence dans l’intime.

Avec Coward, le réalisateur opère un véritable tournant dans sa filmographie. Si ses précédents films, comme Girl ou Close, exploraient avec délicatesse les troubles intérieurs et les fragilités de l’enfance ou de l’adolescence, celui-ci introduit aussi une dimension plus frontale. La guerre y impose une matérialité nouvelle, les corps sont exposés, blessés, traversés par la violence. Pourtant, Dhont ne renonce pas à sa sensibilité, il la déplace. La douceur devient plus fragile, plus précieuse encore, comme arrachée à un monde qui ne lui laisse plus de place, et cachée.

Ainsi, Coward ne se contente pas d’être un film de guerre, c’est un film sur ce qui subsiste d’humain quand tout pousse à faire disparaître le lien, le désir, l’art, et cette capacité à créer, même brièvement, des espaces de lumière au cœur de l’obscurité.

Prix d’interprétation masculine

Le film a également reçu le prix d’interprétation masculine ex æquo pour Emmanuel Macchia et Valentin Campagn. Les deux acteurs portent le film avec des prestations remarquables, chacun dans un registre propre à leur personnage. Ils les incarnent avec justesse, interprétant leurs rôles de manière différente, mais très complémentaire à l’écran, rendant une harmonie totale. 

Cowards est présenté au Festival de Cannes les 21, 22 et 23 mai 2026.

Fiche technique

Titre original
Coward
Durée
120 minutes
Année
2026
Pays
Belgique / France / Pays-Bas
Réalisateur
Lukas Dhont
Scénario
Lukas Dhont et Angelo Tijssens
Note
8.5 /10

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Fiche technique

Titre original
Coward
Durée
120 minutes
Année
2026
Pays
Belgique / France / Pays-Bas
Réalisateur
Lukas Dhont
Scénario
Lukas Dhont et Angelo Tijssens
Note
8.5 /10

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