
« I don’t want to be put in a box. »
[Je ne veux pas être coincée sous une étiquette.]
Fierté queer asiatique sur scène! Un cabaret panasiatique et interdisciplinaire qui célèbre la pluralité des identités queer à travers la performance, l’audace et la joie.
Avec le Cabaret splendeur, Joy Rider réunit un groupe d’artistes queers asiatiques hétérogène permettant à chaque spectateur de trouver son bonheur. Une soirée chaude et colorée!
À l’animation de cette soirée, on retrouvait Kě, humoriste et acteur (Gender reveal), ainsi que personne franchement efficace pour faire comprendre que les identités de genres ne sont rien de plus qu’une autre chose dont on peut parler sans pour autant créer un scandale. Évidemment, c’est beaucoup plus acceptable lorsqu’il s’agit d’une personne trans qui fait de l’humour sur ce sujet, mais sa façon de le faire est tout simplement parfaite. Ses « attaques » contre les hétéros touchent la cible sans pour autant choquer. Bon… j’avoue ne pas avoir crié présent lorsqu’iel a demandé s’il y avait des hétéros dans la salle… Mais de toute façon, comme iel l’explique dans un de ses numéros, les hommes hétéros sont un mythe, tout comme les médecins de famille.

On a tendance à minimiser l’importance de l’animation dans un spectacle qui réunit plusieurs artistes. Mais au-delà de faire un lien entre chaque numéro, l’animation c’est aussi la personne qui sera le plus sur scène. Kě aura été magistrale dans sa tâche. Animer un show qui, a priori, est très ancré dans une niche précise (artistes asiatiques queers) n’est certainement pas une tâche facile. Il faut réussir à capter l’attention de gens très différents, qui sont parfois sur place pour voir un artiste précis, ou un style de performance précis. Sans oublier les personnes qui, comme moi, ne sont pas nécessairement le public cible. Mais qui a dit que le terme queer excluait des gens? Pas un moment je ne me suis senti hors de mon élément. Et ma discussion avec une des artistes m’a montré que je ne suis pas seul à trouver que l’utilisation constante d’étiquette pour catégoriser les sexualités dans des petites cases est un concept réducteur. Pourquoi, en 2026, ne sommes-nous toujours pas capables de simplement accepter que l’humain est un être sexué et sexuel, point?
Outre le premier numéro, tout était parfait. Le rythme, bien tenu par Kě rendait chaque petit moment délectable. Mais permettez-moi un petit moment négatif.
Peut-être que c’est moi qui ne comprend pas, mais en quoi est-ce intéressant de regarder une « performance » de lip-sync? On faisait ça lorsque j’étais au primaire. On se déguisait en un artiste, et on faisait semblant de chanter pendant que la chanson jouait. C’est l’impression que j’avais en regardant le numéro de Kajol. Non, ce n’est pas parce qu’il était un drag queen que ça me dérangeait. J’ai vu des spectacles de drag franchement trippants. Mais là, il restait sur place à ne rien faire de plus que de faire semblant de chanter. Pas de danse, pas de mouvement. Juste les lèvres et une robe. J’avais un peu peur pour la suite des choses.
Heureusement, Kě est revenu sur scène et a rapidement changé l’ambiance pour ensuite introduire Lørra, une artiste musicale très talentueuse qui passe d’un style à l’autre tout en restant à son aise. Après deux balades à la guitare, elle s’est lancée dans un rap rythmé au texte marquant. Lorsqu’on y ajoute sa personnalité « bubbly » et son charme, on oubliait rapidement nos soucis et on se laissait embarquer. J’ai eu l’occasion de discuter avec elle lors de l’entracte, et sa vision des choses concernant nos tendances à tout placer dans des petites cases (identités de genre, préférences sexuelles, styles musicaux, etc…) m’a beaucoup fait réfléchir. Pourquoi n’acceptons-nous pas simplement d’apprécier les choses sans devoir tout diviser? Est-ce ce besoin d’être rassuré? En termes musicaux, ça empêche une artiste comme Lørra de rapidement sortir un album, car elle sait que pour que ça passe, il faut que ce soit dans un style plutôt uniforme. En tout cas… Selon moi, elle a bien raison de ne pas vouloir s’installer dans une petite case confortable.

La première partie du cabaret s’est terminée avec la performance de Joy Rider. Pour ceux qui ne la connaissent pas, elle est une artiste burlesque, gagnante de plusieurs compétitions internationales. Je ne suis pas un expert en burlesque, mais je sais qu’elle offre une solide performance. Elle a chauffé la salle comme peu d’artistes savent le faire. Son numéro, une première mondiale, s’est déroulé en deux temps. Un début un peu plus lent qui sert à mettre la table pour la seconde partie très rythmée et vibrante. Pour moi, c’était la deuxième fois que je voyais Joy Rider en spectacle, et j’en prendrais encore et encore. Je crois qu’on a tendance à sous-estimer la beauté de l’effeuillage. Oui, retirer des vêtements est une forme d’art à part entière.
Après la petite pause de 20 minutes, Komodo a offert une performance mélangeant masculinité et féminité dans une sorte d’hommage à sa mère. Performance plus lente travaillant le mouvement du corps sur une trame musicale en mandarin, l’artiste était touchant. Iel a offert un beau mélange entre burlesque et danse traditionnelle.

Ensuite, Mx. Masala est venue performer deux chansons. Accompagnée de sa guitare acoustique et d’une voix mélodieuse et douce, iel a entamée deux balades. Je dois avouer que je ne comprends pas pourquoi iel porte une barbe, ou pourquoi plusieurs personnes s’affichant comme femme portent une moustache. Le concept, comme pour beaucoup d’autres, m’échappe. Mais comme on dit, si c’est ainsi qu’elle est heureuse et bien dans sa peau, qui suis-je pour juger? Et surtout, pourquoi devrais-je m’en offusquer? Quoi qu’il en soit, Mx. Masala a offert une belle performance avec ses pièces qui transportent l’âme.
Le cabaret s’est terminé avec Kuya Atay (qu’on pourrait traduire par grand frère grande sœur), aussi connu comme la FilipinX Ube Babe de Toronto. C’était ma première expérience dans le burlesque masculin. Vous savez quoi? On peut vraiment apprécier l’effeuillage sans égard au genre de la personne qui performe. Mélangeant charme et cocasse, l’artiste a offert un solide numéro de clôture.
Ce Cabaret splendeur pourrait certainement être l’événement le plus marquant du festival. Dommage que ce n’était qu’un soir seulement… Joy Rider, il faut organiser une autre soirée avec ce groupe!
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