
« Pourquoi vous êtes énervée si c’est seulement de l’imagination? »
Asghar Farhadi fait son grand retour sur la Croisette, plus de cinq ans après sa dernière apparition en 2021, avec Un héros qui lui avait permis de remporter le Palm d’or. Avec ce nouveau film, il tente de renouveler cet exploit en proposant une œuvre ambitieuse, située en plein cœur de Paris et portée par une distribution française de premier plan.

Le réalisateur iranien choisit ici de s’inscrire pleinement dans un cadre français, avec une coproduction locale et une volonté affirmée de travailler avec des acteurs reconnus du cinéma hexagonal.
On y suit Sylvie, une écrivaine en quête d’inspiration pour son nouveau roman, qui espionne ses voisins d’en face.

Quand elle engage le jeune Adam pour l’aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu’à ce que la fiction qu’elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.
Le film réunit une distribution particulièrement prestigieuse, sans doute l’un des plus imposants de la sélection officielle. On y retrouve notamment Virginie Efira (Nita), Isabelle Huppert (Sylvie), Vincent Cassel (Nicolas), Pierre Niney (Théo) et Adam Bessa (Adam).
Les performances de Virginie Efira et Isabelle Huppert se distinguent particulièrement par leur justesse et leur intensité. Elles parviennent à donner une grande profondeur aux personnages et à enrichir chaque scène par leur présence, en interaction constante avec les autres acteurs.
Le film se distingue par une structure narrative complexe et originale. Les récits s’entremêlent et s’imbriquent les uns dans les autres, à la manière de poupées russes.
L’histoire débute avec une narration portée par l’écrivaine, puis celle-ci est progressivement reprise, transformée, voire détournée par les personnages d’Adam (Adam Bessa) repris ensuite par Nicolas (Vincent Cassel) et Théo (Pierre Niney). Ce glissement progressif amène le spectateur à se demander ce qui relève de la fiction et ce qui appartient à la réalité. Le film pose ainsi une question centrale : est-ce la fiction qui influence la réalité, ou la réalité qui nourrit la fiction?
Avec ce film, Farhadi s’inspire du Décalogue (série de dix télévisuels) du cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski, dont il reprend l’idée de récits imbriqués et de questionnements moraux. Le travail sonore occupe également une place essentielle.

À l’inverse de Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock, Farhadi joue ici sur ce qui est entendu autant que sur ce qui est montré. Les sons, les silences et les hors-champs participent à la construction du récit et renforcent la tension. L’ensemble repose sur un équilibre entre image, son et écriture, qui se répondent et se complètent.
Au-delà de son intrigue, le film propose une réflexion sur le désir et l’identité. Le personnage d’Adam incarne notamment ce désir d’être un autre, en projetant sur Sylvie son envie d’être un écrivain accompli. Mais cette perception est en partie illusoire, révélant les décalages entre ce que les personnages sont réellement et ce qu’ils croient être. Chacun semble ainsi pris dans un jeu de projections et de fantasmes, où les identités se construisent autant qu’elles se déforment.
Avec ce film, Asghar Farhadi livre une œuvre à la fois subtile et déroutante, qui brouille volontairement les frontières entre réalité et fiction. Porté par une mise en scène maîtrisée et un casting solide, le film interroge notre rapport aux récits et aux illusions, tout en explorant la complexité des relations humaines.
Histoires parallèles est présenté au Festival de Cannes les 14 et 15 mai 2026.
Bande-annonce
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