
« Qui décide qu’une relation intime doit être avec un humain? »

Qin, Sonya et Muna sont amoureuses d’une IA. Leurs conversations avec des chatbots leur permettent de s’affirmer et de gagner en confiance dans une Chine où la pression sociale sur le mariage et la réussite est encore omniprésente.
Sans jugement, Replica, de Chouwa Liang, questionne adroitement le pouvoir réparateur de ces liens virtuels en y adossant une lecture inédite.
Au centre de Replica, il y a la question suivante : est-ce que l’IA peut être un substitut à l’humain en ce qui concerne les relations intimes? La question n’est pas anodine et elle n’est pas traitée avec condescendance.
Dans ce documentaire, Chouwa Liang suit trois femmes qui ont fait le choix de vivre une relation intime avec une intelligence artificielle plutôt que de tenter de le faire avec d’autres humains. Est-ce que ce choix s’est fait à cause d’une grande solitude? C’est probablement ce qu’on serait tenté de croire, mais il semble que la décision vienne d’ailleurs.

Évidemment, il y a la solitude. Mais au-delà de celle-ci, il y a une confiance brisée envers les autres humains. Une machine ne va pas vous abandonner ou vous tromper. N’est-ce pas?
Ainsi, avec une caméra délicate, mais sans compromis, la réalisatrice suit Qin, qui vit une relation intime avec un personnage de jeu. Une relation qui semble très concrète lorsqu’on entend leurs échanges constants, malgré une tendance à toujours flatter la jeune femme en lui disant ce qui lui fera plaisir à chaque fois. Sonya quant à elle vit une relation amoureuse avec un personnage anglais. Elle utilise même le patronyme du personnage. On la voit interagir dans le monde réel avec Stephen grâce à la réalité augmentée. Puis, il y a Muna. Son histoire est légèrement différente, elle qui est mariée et vit avec son mari et leur fillette. Elle et son mari se sont éloignés avec le temps et elle a développé une relation avec une IA, ce que son mari ne comprend pas.
Bien que la réalisatrice ne juge pas ses protagonistes, en tant que spectateur on finit par ressentir une grande tristesse face à la réalité de ces personnes. Oui, ces relations numériques sont un choix de la part de chacune. Mais en même temps, lorsqu’on avance et que la réalisatrice creuse un peu plus chacune des histoires, on réalise que le choix s’est imposé par lui-même, en quelque sorte.

Que ce soit la pression de l’entourage à se marier, ou au contraire un mariage malheureux, chacune de ces personnes semble être devenue prisonnière de cette vie, comme on peut être prisonnier d’une relation toxique. Qu’arrive-t-il lorsque cette relation de substitution dérape?
Et les proches, comment voient-ils ces relations intimes? La réalisatrice réussit admirablement à introduire une ou deux personnes proches de chaque femme pour offrir un autre point de vue. Elle donne aussi l’occasion à chacun d’eux de s’exprimer librement et sans se voir jugés. Par exemple, alors qu’elle aurait pu choisir de montrer le mari de Muna comme le méchant de l’histoire, elle le montre de manière à lui donner l’occasion d’être vu tel qu’il est vraiment.
Personnellement, bien que je crois que ce genre de relation puisse en satisfaire certains – au moins temporairement -, je reste avec l’impression que ces femmes sont fondamentalement malheureuses. C’est ce qui ressort du film.

Cela étant dit, contrairement à un film comme Ghost in the machine, Replica n’essaie pas de nous faire peur face aux technologies, mais plutôt à prendre consciences des possibilités et des bons et mauvais côtés de celles-ci. Elle montre ces relations de façon humaine et réaliste.
Ce documentaire est un bel exemple de ce qu’est un film honnête et bienveillant.
Replica est présenté aux Hot Docs les 1er et 3 mai 2026.
Bande-annonce
© 2023 Le petit septième