
« Les zombies, chez nous, c’est réel. »
Si beaucoup de grands monstres du cinéma (comme les vampires, la créature de Frankenstein ou la Momie)tirent leurs origines de la littérature, le zombie,quant à lui, est une création purement cinématographique. En effet, le zombie moderne que l’on connaît, c’est-à-dire le mort qui revient à la vie avec une très faible intelligence et qui se nourrit de chair humaine, est apparu pour la première fois dans Night of the Living Dead de George A. Romero en 1968. La créature a subsisté au grand écran, en passant par Dawn of the Dead de Romero en 1978, 28 Days Later de Danny Boyle en 2002, jusqu’à World War Z de Marc Foster en 2013. Cependant, ce que plusieurs personnes ignorent, c’est l’inspiration à l’origine du zombie.
Le terme provient d’Haïti et désigne une créature légendaire : un mort revenu à la vie pour servir aveuglément le bokor (prêtre vaudou) qui l’a ressuscité. Métaphore évidente de l’esclavage et de l’emprisonnement, le mythe a été introduit en Occident par l’auteur William B. Seabrook dans son livre The Magic Island,publié en 1929. Si le mythe a été dénaturé par la vision de Romero, sa version originale a quand même été utilisée dans des films comme Zombi Child de Bertrand Bonello, The Serpent and the Rainbow de Wes Craven et White Zombie de Victor Halperin, un film dont fait référence Black Zombie, le premier documentaire de la réalisatrice canadienne Maya Annik Bedward, qui traite de l’origine du mythe du zombie.
Dans ce documentaire, la réalisatrice explore non seulement la naissance du zombie moderne au cinéma, mais également les origines du mythe haïtien et la façon dont il a été utilisé, voire vampirisé, par la culture occidentale. Pour ce faire, la cinéaste discute autant avec des artisans du cinéma, comme Tom Savini et Zandashé Brown, qu’avec des chercheurs et des prêtres vaudous. Le tout est entrecoupé de plusieurs séquences où la réalisatrice met en scène un film de zombie.

Le film fournit une grande quantité d’informations, que ce soit au sujet des pratiques vaudou, de sa découverte par des artistes occidentaux, de la création du zombie moderne, ou du symbolisme derrière la créature. Une bonne partie du film relate la représentation du zombie au cinéma ;en commençant par les premières œuvres des années 30 qui utilisaient le zombie d’Haïti, pour ensuite se rendre à la version popularisée par Romero et finir jusqu’au culte actuel dévoué à la créature.
Mais l’histoire du zombie est également un prétexte pour parler d’autres sujets, en particulier de la représentation du vaudou dans la culture occidentale. En effet, beaucoup d’intervenants du milieu vaudou ont parlé de la manière dont Hollywood a décrit leur religion; comme une croyance maléfique, notamment par la figure du zombie, alors qu’elle est centrée sur la vie, la santé et la communauté.Les rituels cherchent à rapprocher les vivants avec les esprits et n’ont pas d’intentions malveillantes. Ces croyances vaudou ont été diabolisées à travers le temps, notamment sous la vision d’écrivains blancs habités par des pensées racistes, notamment William B. Seabrook.

Ainsi, la réalisatrice nous rappelle qu’un monstre représente pour le plus souvent un traumatisme et que ce symbolisme est une façon d’y faire face ; on peut penser à Godzilla représentant la bombe nucléaire, et à la créature de Frankenstein représentant les dangers de la science. Ici, le zombie est la peur du retour à l’esclavage.La manipulation du mythe par les Occidentaux, notamment avec le film White Zombie et tous les autres films qui utilisent le concept, est une façon de rabaisser les peuples qui y croient en montrant des personnes blanches transformées en zombies par des prêtres vaudous.
Même si on peut trouver que Black Zombie noie les spectateurs avec trop d’informations, le film de Maya Annik Bedward est un excellent documentaire. Il traite non seulement de l’origine du zombie dans la culture populaire, mais également de la culture haïtienne et vaudou,de l’appropriation culturelle et de ce que les monstres peuvent signifier pour l’imaginaire collectif.
Black zombie est présenté aux Hot docs les 24 et 25 avril 2026.
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