
C’est parti! Plein(s) Écran(s) débute aujourd’hui avec la présentation de ses 4 premiers films en compétition. Il s’agit évidemment de 4 courts métrages québécois.
En ce premier jour, on a droit à 4 œuvres bien différentes : un documentaire, une comédie, un drame et un film expérimental. Une journée d’ouverture solide, qui donne le ton.
Ghislaine gère un réseau de contrebande d’aliments volés par des jeunes du quartier, qu’elle revend à bas prix à la communauté. Lorsque son petit-fils débarque avec un gros congélateur pour augmenter les profits, Ghislaine cherche à s’en débarrasser avant d’éveiller les soupçons.

Avec Chez Ghislaine, Franie-Éléonore Bernier frappe encore! Après des films comme Bon goût et Fond Bleu, la réalisatrice québécoise offre une comédie qui n’est pas sans rappeler les belles années de Les Bougon de par son côté crosseurs qu’on aime et son autre face qui montre la vie de gens qui en arrachent.
Ici, le côté comique aide à faire aimer ces personnages qu’on aurait normalement tendance à détester. Après tout, Ghislaine dirige une entreprise illicite de… vente de nourriture congelée et en cannes. Oui, oui. D’ailleurs, la réalisatrice joue sur la comparaison et les quiproquos entre ce qu’elle fait et la vente de drogues.
Les personnages sont bien interprétés et les situations sont loufoques, mais réalistes. On peut facilement s’imaginer que ce genre de personne existe et que ce commerce étrange pourrait exister. Surtout avec le prix de la nourriture en ce moment…
L’image est bien travaillée afin de donner un style pauvre et cheap avec des tons qui mélange le jaune et l’orangé avec une touche de brun. Par moment, on se croirait presque dans les années ‘90.
Mais ce qui rend vraiment ce film accessible, c’est l’humour simple, mais efficace. On peut tous (en tout cas au Québec) s’identifier.
Embauché dans un abattoir porcin par le biais d’un programme de réinsertion sociale, un ex-détenu tente désespérément de trouver un autre emploi tout en réprimant la violence qui sommeille en lui.

Avec Mercenaire, Pier-Philippe Chevigny propose un drame social sur la réinsertion et les difficultés que peuvent vivre les gens qui tentent de revenir en société.
On a rarement accès, au Québec, à des films sur la réinsertion sociale d’ex-prisonniers. Chevigny réussit le pari, ici, grâce à un film sombre, misant sur le talent de Marc-André Grondin devant la caméra.
En situant l’action dans un abattoir, il peut jouer sur les comparaisons entre le crime qu’a commis le personnage, et la façon d’abattre les cochons. Ça amène un certain questionnement sur la réinsertion sociale. On a franchement l’impression que la personne qui a placé David dans cet emploi n’a pas beaucoup réfléchi. En même temps, il est facile de croire que la réalité ressemble à ça puisque ce sont des fonctionnaires qui prennent ce genre de décisions. Ou, à tout le moins, qui mettent les règles en place.
Le résultat, ici, est un film solide, poignant et marquant.
Rose G. Lévesque, poète et peintre bientôt nonagénaire, a peint les paysages de sa vie sur les murs de sa maison pour en faire un musée.

Avec Mes murs-mémoire, Axel Robin offre un doux portrait d’une artiste inconnue, mais une femme qui aime se raconter, pour le plaisir de ses visiteurs.
Pourquoi faire un portrait d’une femme plutôt inconnue? J’ai souvent critiqué de façon assez dure les gens qui font des films sur du monde ordinaire, juste parce qu’ils ont l’occasion de faire un film. Mais cette fois-ci, j’ai été séduit.
Sans dire que ce court métrage est un grand film, je dois admettre qu’il est intéressant. Il est intéressant de voir qu’une personne puisse, du jour au lendemain, se lancer dans l’œuvre de sa vie. Le réalisateur montre bien l’impressionnante quantité de peintures que madame Lévesque à réalisés dans la vie. Qu’on aime ou non ses œuvres, on ne peut qu’admettre qu’elle y a mis un travail fou et que le résultat est magnifique.
Le format très classique du documentaire ne rend pas nécessairement à César ce qui appartient à César, mais certains plans ressortent du lot pour provoquer de l’émerveillement chez le spectateur.
Le résultat est un documentaire simple, sur une femme simple, mais impressionnante.
Dans l’éblouissante incandescence d’un désert, trois ânes croisent un observatoire astronomique abandonné et l’univers. Une exploration sensorielle et cinématique sur la façon de raconter une histoire.

Qu’ont en commun les ânes, les étoiles et l’étrangeté? Ce film!
Avec Perfectly a strangeness, Alison McAlpine offre une oeuvre cinématographique sur la texture, le mouvement, la lumière, l’ombre, les reflets, le son, le rythme – sans texte – en créant un cinéma que l’on a envie de toucher comme une peinture exquise, ou un poème que l’on a envie d’expérimenter encore et encore.
Il faut dire que ce film porte très bien son titre. L’étrangeté du lieu, accentuée par la présence des ânes, amène une incertitude chez le spectateur. On passe une partie du visionnement à se demander ce qu’on est en train de regarder. Mais, en même temps, on peut difficilement ne pas se laisser bercer par la beauté du ciel étoilé ou par l’incongruité du lieu.
La réalisatrice raconte sans suivre les notions traditionnelles de la narration. Elle offre les images, avec toute la beauté qui les accompagne, tout en laissant au spectateur le loisir d’imaginer ce que raconte l’histoire qu’il regarde.
Le résultat est, certes, une œuvre singulière, mais aussi un film magnifique dans toute sa beauté et son étrangeté. Et c’est aussi la preuve que le cinéma expérimental peut être beau et accessible.
***
On se revoit demain, pour la présentation des films du jour 2!
© 2023 Le petit septième