
Dans les rues de Bagdad, Chum-Chum, 9 ans, diabétique et rêveur, croit que le Tigre cache une porte vers Irkalla, le monde souterrain où il peut ranimer ses parents disparus – une idée venue de la légende de Gilgamesh. Lorsque son ami Moody est mêlé à un complot de la milice, Chum-Chum doit choisir entre mythe et vérité. Un récit de deuil et de foi, une quête de lumière dans une ville qui refuse de mourir.

Si l’Iraq a fait tristement la une des médias depuis de nombreuses années, le cinéma irakien s’est réduit comme une peau de chagrin. Mohamed Jabarah Al-Daradji, réalisateur né à Bagdad, a réussi avec Irkalla : Gilgamesh’s Dream, coproduction dans laquelle plusieurs pays ont embarqué, à raconter un autre versant de son pays natal en pensant aux victimes collatérales.
Dans les rues de Bagdad, Chum-Chum, 9 ans, diabétique, fait partie d’un groupe d’enfants orphelins qui errent dans les rues et sur les berges du fleuve le Tigre, tentant avec résilience de survivre. Leurs parents disparus, manifestants ou dissidents assassinés par des milices puis jetés dans le fleuve, ont laissé leurs progénitures livrées à elles-mêmes dans un décor apocalyptique. Mais Chum-Chum, qui vit dans le rêve et l’univers épique de l’Épopée de Gilgamesh, est convaincu que le Tigre cache une porte vers Irkalla : un monde souterrain où il peut ramener à la vie ses parents disparus. Pari réussi du cinéaste, car c’est l’une des forces du film d’instaurer de la poésie dans la ville meurtrie grâce à des passages fantastiques où les créatures apparaissent à l’écran.

Moody, un peu plus âgé, fait les 400 coups et a pris sous son aile Chum-Chum et sa sœur forcée de travailler dans un cabaret de divertissement féminin. Il les a persuadés de quitter avec lui le pays pour rejoindre les Pays-Bas (comme l’a fait le réalisateur du film). Le comble pour Moody c’est de récolter l’argent pour ce projet en travaillant pour une milice afin d’épier les manifestants, ceux-là mêmes qui veulent un meilleur avenir pour l’Iraq.
Au milieu des décombres et de la misère, un bus traverse les ténèbres avec une femme au volant qui accueille les orphelins. Humanité dans le chaos, au bord du fleuve une salle de classe s’improvise et la chauffeuse de bus se transforme en institutrice, tout en leur fournissant des repas. Éducation contre nourriture, en somme, avec un maigre espoir de pouvoir sortir de leur situation.
Irkalla : Gilgamesh’s Dream est fort cinématographiquement, porté par l’interprétation des jeunes acteurs et par une puissance poétique et dramatique qui puise à la fois dans le conte, le récit d’apprentissage et la guerre civile. Une réussite bouleversante.
Irkalla : Gilgamesh’s Dream est présenté au TIFF les 9 et 10 septembre 2025.
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