Daniel’s Gotta Die –

Daniel’s Gotta Die – L’avarice perd tout en voulant tout gagner

« This is a picture of a big happy family. »
[Voici l’image d’une famille heureuse.]

Daniel Powell (Joel David Moore), un homme généreux, est le dernier d’une famille de quatre enfants. Suite au décès de sa mère – lorsqu’il avait 4 ans à peine – sa famille se dissout le laissant seul avec son père (Iggy Pop). Sur son lit de mort la richissime figure paternelle, refait le testament en y désignant Daniel comme seul héritier. S’iels arrivent tous à passer une fin de semaine en famille, chacun aura sa part. Le seul hic, ses frères et sœurs sont prêts à tout pour avoir la part qui leur revient… Et aussi celle de Daniel.

L’humour c’est aussi parler de ce qui n’est pas drôle

Daniel’s Gotta Die ouvre sur nul autre que Daniel, dans son lit, réveillé au beau milieu de la nuit par une brise fraîche s’infiltrant par la porte entrouverte de la somptueuse et imposante villa où il se trouve. Titubant, il s’approche doucement de l’embrasure. Surgit alors de l’ombre, une main armée d’un mouchoir (classique chloroforme gag) pour l’attraper par-derrière.

C’est ainsi que le film aux allures horrifiantes, écrit par Matthew Dressel (The Pilot Is Dead) et réalisé par Jeremy Lalonde (Sex After Kids), introduit un générique en animation coloré dévoilant son côté rigolo. En fait, les codes de l’horreur y sont principalement utilisés afin de maximiser l’humour dans chacune des scènes. 

Daniel (Joel David Moore)

Les plans sont très bien choisis et le montage fait que rien n’est réutilisé pour combler du temps (mis à part la scène d’introduction qui revient pour boucler l’écart temporel). Des transitions recherchées, une chromatique séduisante et des scènes rocambolesques viennent immédiatement surprendre l’auditoire avec un scénario prévisible, mais un déroulement unique et hors du commun. 

La morale de l’histoire (ça existe bel et bien encore) tourne autour du concept de la générosité malgré l’avarice dévorante qui font d’individus bien nantis ceux qui n’en ont jamais assez. Les deux sœurs de Daniel sont déjà riches de leur carrière; Jessica, interprétée par Carly Chaikin est une influenceuse reconnue qui feint la générosité avec des vidéos à la #HelpingTheHomeless; et Mia son autre soeur, interprétée par Mary Lynn Rajskub, est une femme d’affaires accomplie avec un coeur de pierre. Chacun des membres de son unité familiale a, bien entendu, une raison de vouloir plus que sa part de l’héritage, mais aucune n’en est une vertueuse. 

Une poule aux œufs d’or

C’est sans ironie que je fais le lien avec ce petit bijou hors du commun, signé Darius Film (The Retirement Plan) et ce qui arrive pas seulement au 7e art, mais aussi à tous les autres. Dommage de constater comment le cinéma subit les contrecoups de la subjectivité hâtive de ceux trop pressés à donner leur opinion sans réfléchir à la nécessité de le faire. Un vieux proverbe Arabe nous apprend que « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, tais-toi » (comme le disait souvent le narrateur des bandes dessinées Astérix : « coutume un peu oubliée de nos jours »). Le cinéma d’aujourd’hui semble davantage mené par les avares et les capricieux, je ne dis pas que c’est tout le cinéma ou même la majorité, mais un groupe d’irréductible résiste encore et toujours à ces bonnes paroles.

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Lawrence (Bob Saget)

La meilleure manière de se faire une bonne idée d’une œuvre reste encore d’aller la voir. Je ne prétends pas avoir la science infuse (au contraire, j’apprends tous les jours que j’ai encore beaucoup à apprendre), mais rien n’est parfait. Pourtant, il y a toujours une manière d’apprécier une chose quand on l’aime vraiment. Cela va aussi de soi pour le cinéma en général. Les critiques restent des gens qui expriment au mieux leurs opinions face à des œuvres afin de peut-être mieux diriger l’œil du public dans un sens autre que le simple divertissement.

L’appât du gain peut en séduire plus d’un, et cela comprend aussi certaines critiques de certains sites web très prisé des cinéphiles de tout genre (comme, disons, Rotten Tomatoes). Je trouve la parabole importante, car le cinéma n’est pas un art qui vit de ses critiques (oui, oui. Je sais bien où est ma position dans tout ça), mais bien de son public. Cependant, si on se met à payer des critiques pour son propre agenda à vouloir descendre une œuvre ou pour l’élever; on pervertit le statut de critique, il en devient ainsi celui d’avides publicitaires. Toute cette expertise, tout cet amour de l’art sera vain et perdu dans une mer de commentaires; ou pour emprunter les mots de Roy Batty dans Blade Runner : « Like tears in the rain ».

Daniel ne doit pas mourir

Il se peut que les paragraphes précédents puissent sembler défaitistes et légèrement hors sujet, mais ils illustrent bien la métaphore à laquelle se rattache cet opus de la maison Darius Film. 

Daniel’s Gotta Die n’a probablement pas l’apparence d’un film qui rapporte des milliards au box-office, mais il a, à mon avis, beaucoup plus que l’âme nécessaire pour plaire. Trop de films maintenant sont des montagnes qui accouchent; trop sont, en conséquence égales et opposées, rabattues au rang de petite production ou de film d’auteur (en faisant des guillemets avec les doigts et une moue de dédain). 

Daniels-gotta-die-ou-ne-doit-pas-mourir

Ce pourrait-il que ce film puisse être supérieur à d’autres comme The Menu ou des séries telles que Wednesday? Daniel’s Gotta Die n’aurait probablement pas la prétention de l’admettre, toutefois je suis prêt à le dire à leur place (et ça, sans l’aide d’une enveloppe brune pour me motiver). Le cinéma ce n’est pas qu’une question de budget versus profit, tout comme l’amour d’une famille ou d’un individu n’est pas calculable en dollars.

J’ai grand espoir et beaucoup de respect pour ceux qui tentent encore et toujours de résister à l’envahisseur; dans ce cas-ci, les mégas productions Hollywoodiennes et d’une « industrie du cinéma » (l’âme et la vertu n’en font nullement partie). Une entreprise, à la manière des Powell dans Daniel’s Gotta Die, qui continue de feindre le déficit pour engorger davantage de milliards (rappelons-nous que la grève des a durée un bon moment).

Je vous laisse donc sur cette réflexion que j’ai eu moi-même ces derniers temps. C’est donc à nous, public et critiques, de supporter sans relâche ces dites petites productions du côté financier, mais au combien riche au sens artistique. Ce type d’œuvre cinématographique nous remémore le temps où faire un film c’était pour le plaisir de partager et pas d’acquérir de l’argent. 

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Daniel’s Gotta Die
Durée
91 minutes
Année
2022
Pays
Canada
Réalisateur
Jeremy Lalonde
Scénario
Matthew Dressel
Note
8 /10

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Fiche technique

Titre original
Daniel’s Gotta Die
Durée
91 minutes
Année
2022
Pays
Canada
Réalisateur
Jeremy Lalonde
Scénario
Matthew Dressel
Note
8 /10

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