Soigner l'esprit - Une

Soigner l’esprit – Un message important sous un emballage moins reluisant

 «Tu ne guéris pas d’une maladie mentale en voyant un psychiatre au trois mois pendant deux minutes.»

Soigner l'esprit - Affiche

Myriam Anouk et Alo ont passé des années à chercher un traitement efficace au cœur d’un système de santé mentale qui leur prescrit des médicaments, mais qui a échoué à aborder la source de leurs souffrances. Soigner l’esprit suit les récits intimes d’Alo et de Myriam Anouk durant leur processus de guérison. Le film met également de l’avant le point de vue d’experts dans le domaine ainsi que le témoignage de Joanne Greenberg, l’autrice de Jamais je ne t’ai promis un jardin de roses, plaçant les spectateurs aux premières loges de l’émergence d’une nouvelle approche des soins de santé mentale, laquelle va au-delà du modèle biologique et médical au profit d’une démarche plus thérapeutique et empathique priorisant le patient et faisant preuve de prudence dans le recours à la médication.

En questionnant le recours systématique aux médicaments pour traiter la maladie mentale, Soigner l’esprit ne se distingue pas pour sa réussite formelle, mais bien pour l’actualité de son sujet, abordé avec humanisme et bienveillance. 

Au cours de ces deux dernières années d’isolement et d’anxiété, la santé mentale est devenue une source de préoccupation grandissante au point d’en devenir un enjeu de société prioritaire. Ainsi, avec Soigner l’esprit, Catherine Mullins arrive à point pour contribuer à la discussion. Sa position assumée soulève une problématique dont nous avons malheureusement déjà bien conscience au Québec : la surmédicamentation. En effet, on pouvait déjà observer l’inquiétante prévalence de l’approche pharmacologique dans le documentaire d’enquête Québec sur ordonnance (Paul Arcand, 2007). Comme Soigner l’esprit le soulève, la médicamentation est trop souvent utilisée en santé mentale pour pallier un manque de ressource en psychothérapie. C’est un problème qu’un groupe de médecin soulevait également dans une sortie publique en 2019 pour le traitement du TDAH. Autre parallèle à tracer ici avec la neurodiversité, le psychologue Martin Harrow, un des nombreux experts témoignant dans le documentaire, associe la montée récente des cas de bipolarité à un problème de surdiagnostic. Ce n’est pas la seule information troublante dévoilée par l’expert qui, au terme d’une étude sur 20 ans avec des personnes schizophrènes pour comprendre l’effet des antipsychotiques, a conclu que ceux-ci, sur le long terme, sont plus nocifs que bénéfiques pour l’équilibre psychique des patients. La notion du long terme est une nuance essentielle dans ce cas, ces médicaments étant des moyens immédiats efficaces pour stabiliser les états de crises. Dans un système dont les fondations sont aussi fragiles, quelles sont les alternatives?  

Qui? Quoi? Comment?

Saving Minds – Myriam Anouk - Qui quoi comment

Pour aborder cet enjeu complexe aux multiples ramifications, Catherine Mullins nous fait voyager un peu partout sur le globe pour aller à la rencontre d’experts à la recherche de méthodes alternatives. Cela témoigne de son travail de recherche sérieux et approfondi, mais, en contre-coups, le film en devient parfois trop dense et didactique. De plus, on y perd malheureusement une part de l’humanité des intervenants principaux, Alo et Myriam Anouk, deux Montréalais.es qui brillent par leur lucidité et leur optimisme devant leurs problèmes de santé mentale. L’ouverture avec laquelle ces personnes nous partagent leurs expériences les plus éprouvantes, témoigne de l’empathie et la bienveillance de la réalisatrice dans sa démarche. On assiste ainsi à des moments aux potentiels émotifs chargés, comme Myriam qui visite la tombe de sa mère, mais on ne les laisse pas toujours vivre assez longtemps pour nous permettre de les ressentir pleinement. 

L’image sur les mots

Soigner esprit - part 2

Même s’il est essentiel pour un documentaire engagé de prioriser le fond à la forme, son côté inégal nuit parfois à l’écoute. En effet, au-delà des emprunts à l’esthétique reportage (narration, « tête parlante », transition en fondu…) efficaces pour transmettre de l’information, mais moins pour nous garder investit, les images de coupes aux provenances hétéroclites semblent parfois plus utilisées pour « remplir un vide » que pour appuyer le propos. C’est toujours un défi pour les documentaires s’appuyant majoritairement sur les commentaires de les mettre en images sans tomber dans l’ennuyeux « banane-banane » (expression signifiant : on nous parle d’une banane alors on nous montre une banane). Heureusement, Soigner l’esprit ne tombe pas dans ce piège, nous offrant à quelques reprises de magnifiques séquences d’animations à l’atmosphère anxiogène. Cependant, d’autres images de coupes à qualité variable (des plans floutés, des itinérants, les protagonistes errants dans la ville) sont moins inspirantes et évocatrices. 

En outre, considérant l’importance du message que transmet Soigner l’esprit et la pertinence des interventions des participant.es, on en oublie ses lacunes. Effectivement, Catherine Mullins ne prétend pas nous offrir une solution miracle, les origines de la maladie mentale étant encore largement inconnues, mais elle offre plutôt des pistes de réflexions. La réussite du documentaire réside également dans son point de vue humaniste nous permettant, malgré la gravité et l’urgence de l’enjeu, d’envisager l’avenir avec un peu plus d’espoir. 

Bande-annonce  

Fiche technique

Titre original
Soigner l'esprit
Durée
89 minutes
Année
2020
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Catherine Mullins
Scénario
Catherine Mullins
Note
6 /10

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Fiche technique

Titre original
Soigner l'esprit
Durée
89 minutes
Année
2020
Pays
Québec (Canada)
Réalisateur
Catherine Mullins
Scénario
Catherine Mullins
Note
6 /10

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