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Top 5 : Millésime 2021 — Des œuvres sombres, profondément humaines et parfois chantonnées pour donner une touche de légèreté

La fin de l’année 2021 approche à grands pas et je peux dire qu’elle enregistre de belles réussites cinématographiques malgré les circonstances actuelles. Depuis quelque temps, en plus des salles obscures, il faut choisir parmi les différentes plateformes de streaming (Netflix, Disney +, Amazon Prime…) toutes plus riches les unes que les autres et dont certaines se distinguent par du contenu de qualité. Le choix n’est donc pas si évident dans cette immensité filmique, cependant, voici mon petit top 5 pour l’année 2021 de quelques œuvres qui ont su capter mon attention, de façon tout à fait subjective, bien évidemment.

1. Annette (Leos Carax) — France (sur Amazon prime)

Synopsis

Los Angeles, de nos jours. Henry (Adam Driver) est un comédien de stand-up à l’humour féroce. Ann (Marion Cotillard), une cantatrice de renommée internationale. Ensemble, sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.

Annette

La sortie d’un film de Leos Carax est toujours un événement très attendu pour les cinéphiles. Après seulement cinq œuvres en trente-sept ans, l’enfant terrible du cinéma français a ouvert cette année le 74e Festival de Cannes avec son sixième film : Annette, qui a suscité des commentaires tantôt passionnés et admiratifs tantôt mitigés et hostiles de la part des critiques.

Que reste-t-il de nos amours décomposés?

Sous forme de véritable opéra rock aux allures de tragédie grecque et de mélodrame sensationnaliste nord-américain imaginé par les Sparks, Annette parle avant tout d’amour à travers ses séquences chantées, mais également de crime, de deuil, de vengeance, puis de rédemption ou encore de parentalité et de difficultés à communiquer. Cependant, ce qu’il faut retenir au-delà de toutes ces thématiques, c’est avant tout la facticité d’une relation amoureuse, sa toxicité qui mène à la mort inéluctable. Entre le vrai et le faux, le réel et la fiction, Carax semble condamner ses personnages d’Henry (Adam Driver), un monstre fascinant réputé pour ses spectacles de stand up décapants, et d’Ann (Marion Cotillard), une fragile et bouleversante cantatrice à l’apogée de sa carrière. Deux personnalités à priori opposées autant dans l’image qu’elles renvoient au monde que de manière plus intime. Je ne dévoilerai bien évidemment pas le mystère autour de la petite Annette, fruit de cet amour destructeur.

Ce qu’il faut bien se dire avec le cinéma de Leos Carax, c’est qu’il sera toujours capable, quelle que soit l’appréciation personnelle de chaque spectateur, de créer des émotions fortes (surprise, stupéfaction, réflexion), et de nous ouvrir une fenêtre sur des codes et des symboliques propres au 7e art. Comme disait si bien un des personnages d’Holy Motors : « On dit que la beauté réside dans l’œil de celui qui contemple ». Je vous laisse plonger et contempler le naufrage de cet amour, qui incarne pour moi, un véritable chef-d’œuvre.


2. Titane (Julia Ducournau) — France

Synopsis

Alexia (Agathe Rousselle) est une jeune danseuse trentenaire qui a la particularité d’avoir un implant en titane dans le crâne à la suite d’un accident de voiture. Prise de pulsions meurtrières, elle croise la route de Vincent (Vincent Lindon), un pompier dont le fils a disparu il y a 10 ans.

Titane

Depuis sa victoire au festival de Cannes en juillet dernier, cette œuvre d’horreur, à la fois sulfureuse et hypnotisante, a fait couler beaucoup d’encre dans les journaux et suscité de vives réactions tant positives que négatives sur les réseaux sociaux. Titane reste une Palme d’or très audacieuse et s’inscrit à tout jamais dans les archives du cinéma français.

Des amours inconditionnels en dépit de toute identité

Après avoir visionné Grave (2016), le premier film de Julia Ducournau, il faut quand même reconnaître que les œuvres de la cinéaste sont très riches et très complexes à la fois. Elles invitent à plus de tolérance, de représentation ou du moins de conscience sociale. En somme, un cinéma progressiste, véhiculé à notre insu, par le contexte et non le thème central. Les références cinématographiques sont multiples (David Cronenberg, Gaspard Noé, John Carpenter), les récurrences sont discrètes, mais bel et bien liées (mêmes accessoires utilisés entre les deux films), les comédien-nes offrent des performances époustouflantes et la psychologie des personnages est profonde et bien réfléchi.

Titane, c’est un film thèse et antithèse à la fois qui ne cesse de déstabiliser, de poser des questions sur la destination finale de son héroïne, qui ne cesse de muer, tant au niveau charnel qu’au niveau identitaire tout en faisant subir à Alexia, le personnage principal, les pires supplices à son corps et à sa féminité.

Junior – Premier court-métrage (2011) 

La Masterclasse – Julia Ducournau

3. Tick, Tick… Boom (Lin-Manuel Miranda) — États-Unis (sur Netflix)

Synopsis

À l’approche de ses 30 ans, Jon, un jeune compositeur prometteur (Andrew Garfield) jongle entre l’amour, l’amitié et l’envie de réussir quelque chose de grandiose avant qu’il ne soit trop tard.

tick-tick-boom-film

Et c’est le temps qui court…

Tick Tic…Boom, c’est avant tout l’histoire de Jonathan Larson. Si son nom ne vous dit rien,  il était l’auteur-compositeur de génie qui a signé à New York, dans les années 1990, l’une des plus grandes comédies musicales de tous les temps : Rent. Cette ode au temps qui passe et à une jeunesse new-yorkaise fauchée est restée douze ans à l’affiche à Broadway, du 29 avril 1996 au 7 septembre 2008. Jonathan Larson meurt d’un anévrisme aortique le matin de l’avant-première, à l’âge de 35 ans. Il ne connaîtra jamais la mesure de son succès, il ne recevra jamais en mains propres ses multiples prix et il ne saura pas non plus que l’enregistrement de Rent sera le disque le plus vendu de l’histoire de Broadway. 

Comme l’annonce déjà un peu le titre du film, c’est une œuvre hantée par la mort, à commencer par les rêves inassouvis. Mais cette pièce montée est en réalité un exercice de style soutenu par la brillante performance d’Andrew Garfield et réalisé avec soin par Lin-Manuel Miranda (compositeur de la comédie musicale Hamilton), son premier long-métrage. Une magnifique mise en abîme qui incarne l’urgence de la création, l’angoisse du vide, les galères financières, l’amour et l’amitié, la fatidique trentaine, ce difficile passage à l’âge adulte et la peur de ne rien avoir accompli dans sa vie.

4. Pig (Michael Sarnoski) — États-Unis/Royaume-Uni

Synopsis

Robin « Rob » Feld (Nicolas Cage) est un ancien chef cuisinier de Portland devenu un chasseur de truffes solitaire. Vivant dans une cabane au fin fond des forêts de l’Oregon, il chasse les truffes avec l’aide de son précieux cochon fourrager. Une nuit, Rob est agressé par des inconnus qui lui volent également son cochon.

Nicolas Cage, désormais à l’affût des productions qui proposent des vraies pépites scénaristiques, nous entraîne cette fois-ci, dans le premier long métrage du réalisateur américain Michael Samoski, où son personnage, Robin Feld, un chasseur de truffes noires vivant en ermite dans une forêt de l’Oregon, se fait voler son précieux cochon chercheur de truffes, qui a été, pour on ne sait quelle raison, dérobé violemment. Ainsi débute le thriller qui devient un drame psychologique au fur et à mesure que l’intrigue se développe. Parcourant la ville de Portland à la recherche de son précieux, Robin Feld (Nicolas Cage) ne renonce devant rien pour  retrouver son compagnon. 

Une tristesse qui transperce l’écran

La simplicité de l’intrigue permet au cinéaste Michael Sarnoski de développer les thèmes qui lui semblent chers et personnels, comme le deuil, la place de l’homme dans ce monde ou encore la violence de notre société moderne. Patrick Scola, le directeur photo, nous offre une photographie enivrante, un choix de couleurs froides et brumeuses pratiquement surnaturelles pour nous dresser un portrait de l’Oregon atypique. En somme un long-métrage intelligent, captivant et éloquent, qui guide le spectateur vers une réflexion bien plus touchante que son pitch ne le laisserait croire, un message émouvant pour toutes les personnes endeuillées qui ont, elles aussi, un cochon à qui se rattacher.

5. Lamb (Valdimar Jóhannsson) — Islande/Pologne/Suède

Synopsis

María (Noomi Rapace), et Ingvar (Hilmir Snær Guðnason), vivent reclus avec leur troupeau de moutons dans une ferme en Islande. Lorsqu’ils découvrent un mystérieux nouveau-né, ils décident de le garder et de l’élever comme leur enfant. Cette nouvelle perspective apporte beaucoup de bonheur au couple, mais la nature leur réserve une dernière surprise…

Lamb - Cover

Lamb, le premier film de Valdimar Johansson, vient nous perturber en mélangeant le drame naturaliste au film de genre par la mutation de l’horrifique au fantastique. Il a été présenté cet été au festival de Cannes dans la section « Un Certain Regard ». Ce petit bijou cinématographique distribué par les productions A24 (un gage de qualité) est en quelque sorte une fable fantastique provoquant une dualité entre l’homme et l’animal tout en abordant la notion de parentalité de façon totalement absurde et improbable. De ce pitch intrigant découle un long-métrage découpé en trois chapitres qui charme le spectateur par ses plans séquences statiques et mystérieux couplés d’images laiteuses qui nous plongent dans une petite ferme islandaise rurale isolée. Le décor est planté avec soin et il y plane une menace indéfinie. Malgré une trame narrative imparfaite, l’ingéniosité du réalisateur reste dans ce premier acte où il installe méticuleusement ses thématiques sous-jacentes telles que le deuil, l’amour, la paternité / maternité,  sans jamais rien forcer. 

Il est donc préférable, selon moi, de se laisser porter par l’histoire sans trop se renseigner auparavant afin de se laisser un peu surprendre par l’étrangeté du récit.

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