Maria Chapdelaine — Ou comment bien adapter un livre

Maria Chapdelaine - afficheEn 1912, l’écrivain français Louis Hémon s’installe au Saguenay-Lac-Saint-Jean pour y vivre. Lors de son séjour, il travaille sur les fermes sans rien demander, il observe les habitants de la région et prend des notes pour des articles sur le Canada, qu’il envoie en France, et il rédige une première version d’une histoire se déroulant au Saguenay : Maria Chapdelaine. Il enverra le 26 juin 1913 son texte final au journal français Le Temps, qui publiera le roman sous forme périodique en janvier et février 1914. C’est en 1921 que l’éditeur Grasset fera connaître l’histoire de la famille Chapdelaine au grand public. Le roman connaîtra un succès immense, notamment au Québec, que Louis Hémon ne connaitra pas puisqu’il meurt dans un accident de train le 8 juillet 1913, soit quelques jours après l’envoi du manuscrit original.

Adaptation

Comme toute autre grande œuvre littéraire, Maria Chapdelaine a eu le droit à de nombreuses adaptations sous différentes formes : en bande dessinée, en radioroman ou en série télévisée. Au cinéma, le roman a eu l’honneur d’avoir quatre adaptations. La première en 1934 par Julien Duvivier, la seconde en 1950 par Marc Allégret, la troisième en 1983 par Gilles Carle et la quatrième sort cette année et est réalisée par Sébastien Pilote, à qui l’on doit des films comme Le vendeur, Le démantèlement et La disparition des lucioles.

Maria Chapdelaine - Adaptation - HenriPicard MartinDubreuil XavierRivardDésy
Henri Picard, Martin Dubreuil et Xavier Rivard Désy

Et si quelqu’un était intéressé à adapter le livre de Louis Hémon, c’était bien le cinéaste, ayant découvert l’histoire avec le film de Gilles Carle, mais qui a appris à l’apprécier pleinement en lisant le livre lors du tournage du Démantèlement. Il l’a tellement aimé qu’il avait déjà souhaité en faire un autre film, le tout en abordant quelque chose que les autres adaptations n’avaient pas. Comme il le dit lui-même, « J’avais l’impression que personne n’avait touché à ce qui me paraissait être l’essentiel dans le roman, c’est-à-dire sa simplicité, désarmante, presque simpliste, l’acuité des détails, mais aussi sa force verticale, sa profondeur. Ce roman pourtant maintes fois récupéré, interprété, analysé, commenté, détourné, mythifié, sous une couche de sédiments, il était là, intact. » 

Du bon

En effet, le récit du film brille par sa simplicité. Ici, pas de détours longs et inutiles sur les enjeux amoureux de Maria, brillamment interprété par une Sarah Montpetit débutante dans un rôle qui propulsera sans doute sa carrière d’actrice, avec ses trois prétendants. On y suit le quotidien de sa jeune fille et de sa famille au sein de leur terre, avec les quelques visites et évènements qui ponctuent l’année que retranscrit Pilote. Une simplicité qui est, il faut se le dire, très efficace, car gardant et embellissant les moments-clés et les thématiques du livre tout en gardant un bon rythme tout le long. Parce que l’un des plus grands exploits du film, c’est que même s’il dure presque trois heures, on ne s’ennuie pas une minute devant le long-métrage.

Maria Chapdelaine - Du bon - Sarah Montpetit
Maria (Sarah Montpetit)

L’autre exploit du film, c’est qu’il arrive à transporter le spectateur dans l’époque qu’il présente. Cela est notamment dû à la réalisation de Sébastien Pilote et à la photographie de Michel La Veaux, prenant soin de capter les magnifiques décors naturels du Saguenay, ainsi qu’au reste de la direction artistique et des costumes. Le tout avec un scénario écrit par le réalisateur qui nous fait part du quotidien, des enjeux et des envies dont faisaient preuve les habitants du Québec à cette époque. Il ne faut pas oublier la sublime performance des acteurs, déjà avec une jeune pleine de promesses comme Sarah Montpetit, mais d’autres acteurs plus expérimentés qui se donnent à 100%. Mention spéciale à Martin Dubreuil qui rend Edwige Légaré le personnage le plus attachant du film et Sébastien Ricard en Samuel Chapdelaine et son monologue final émouvant. Seul petit bémol, il est possible que certains dialogues sonnent faux, surtout dû à la manière de parler de l’époque.

En conclusion

Maria Chapdelaine - Conclusion - DannyGilmore
Danny Gilmore

Finalement, le désir de Sébastien Pilote d’adapter Maria Chapdelaine est un pari réussi. Non seulement le film est réussi visuellement, mais il est capable de mettre en image une histoire vieille de 100 ans, avec les idées et les thématiques qui vont avec, sans aucun souci, le tout avec de superbes interprétations d’acteurs. Pour résumer, un excellent film québécois à voir, que vous connaissiez ou non le roman d’origine.

Note : 8/10

Bande-annonce

Fiche technique : 

Titre original : Maria Chapdelaine
Durée : 159 minutes
Année : 2021
Pays : Canada (Québec)
Réalisateur : Sébastien Pilote
Scénario : Sébastien Pilote

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