Un café avec… Marie-Hélène Panisset

Marie-Hélène PanissetIl y a deux semaines, j’étais à la première mondiale de Coming Home : par-delà Une nuit sans lune. Après le film, j’ai eu l’occasion de jaser rapidement avec la réalisatrice, Marie-Hélène Panisset. C’est là qu’elle m’a parlé de son film qui sera présenté, demain, au Festival OutSouth Queer Fest de la Caroline du Nord. Étant qui je suis, je lui ai demandé pour voir ce film. D’ailleurs, je vous en parlerai demain. Hé oui, je n’ai pas pu m’empêché d’écrire une critique

Comme nous n’avions pas vraiment eu le temps de jaser, nous avons décidé de prendre un petit café (ok un gros) afin de parler cinéma. Je vous présente, ici, une partie de nos échanges. Pourquoi une partie seulement? Parce que je n’ai pas envie de transcrire 3 heures de rencontre. 😉 Mais ne soyez pas trop triste, j’ai mis quelques extraits sonores aussi. 

Rencontre avec Marie-Hélène Panisset

M-H P : Donc, les Oscars. 

Lucidité passagèreSi je reviens en arrière, j’ai commencé à produire mes propres films, au début, parce que je me suis fait avoir par des producteurs en début de carrière. Je me suis donc dit : je vais produire mes propres affaires. 

Donc j’ai commencé à produire, j’ai eu de l’argent de la SODEC pour produire des films, des crédits d’impôt… Fait que là, mes amis, autour, ils étaient comme : « Heille, ça te tentes-tu de produire mes affaires? »

Donc, c’est comme ça que j’ai produit le film du père de mes enfants, ceux de d’autres amis pis, après ça j’ai produit et coréalisé un premier long métrage : Lucidité passagère

M-H P : Et donc, on a fait ce film-là. Ça a bien été, mais ça a été long au début. Heureusement, on avait le distributeur H264 qui était avec nous dès le départ. Pis à un moment donné, c’est justement à travers les festivals gays et lesbiens que ça a pris son envol. On s’est retrouvé à gagner des prix, dont, dans des festivals reconnus par les Oscars. Ce sont des festivals un peu partout dans le monde qui sont comme accrédités par les Oscars, pis si tu gagnes un prix dans ces festivals-là, t’es considéré. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé, avec Marguerite, sur la short-list en 2018. Pis après çà on s’est retrouvé en nomination. Écoute, j’étais paniqué. J’ai même dit à Marianne : « écoute, je peux pas y aller. » J’étais pas en forme, donc…

… Donc quand on a eu la nomination j’étais paniqué, mais quand tu as la nomination, ça marche en deux étapes. Tu y va une première fois pour un « luncheon » de tous les nominés. Ça, c’est la partie qui est la plus le fun, parce que tu te retrouves dans un grand hall. Tu manges avec Lady Gaga. J’ai comme… une photo de moi avec Lady Gaga, pis Bradley Cooper. Parce que là tu es entre « fellow nominees ». C’est vraiment le fun. Je suis avec le directeur artistique de Marry Poppins, pis…

F.G.: Pis il n’y a pas de…

M-H P : Il n’y a pas de snobisme. 

F.G.: Ni de compétition?

M-H P : Non. Ben, ils ne mettent pas les gens des courts métrages ensemble, là. Ils te mélangent avec d’autres. Pis à la fin, c’était Laura Dern qui appelait, un à un, tous les nominés… Avant ça ils te font dire ton nom, pour prononcer ton nom correctement… Alors là t’as Laura Dern qui t’appelle, Marie-Hélène Panisset… (Rire) Pis là, tu prends une grande photo, avec tout le monde. C’est un beau moment. 

F.G.: Ben c’est… Je sais pas… C’est l’idée d’être reconnu là-dedans. Pis il y a le fait que c’est quand même couru là. 

T’as lu mon texte sur la soirée de première de Coming Home

M-H P : Oui, oui.

F.G.: Ben, c’est un peu ça. C’est comme le fun de, de…

M-H P : J’ai trouvé ça le fun parce que tu le dis dans ton texte, tsé : « il y a comme un peu de marketing là-dedans ». Mais il y a aussi que ça fait comme partie du cinéma aussi, un peu. Tsé le côté glamour? Pis je trouve que Thi Be est vraiment le fun là-dedans. 

Tsé Thi Be, elle a mangé du sucre sur ses toasts toute sa jeunesse, pis elle, ce côté glamour, elle aime ça. Pis elle l’organise. Pis il y a des gens qui snobent ça, mais quand tu comprends le contexte, ben… 

Pour le premier film, je me retenais un peu, mais maintenant, je l’assume avec elle. 

F.G.: Tu vois, je détestais ce genre de soirée…  

M-H P : Ah ah ah, pis qu’est-ce qui t’a pris de venir? (rire)

F.G.: 1 an et demi à pas sortir de chez nous! J’étais tanné. 

On a aussi parlé de LPS

F.G.: J’ai la chance d’avoir une équipe assez variée. J’ai même une personne dans la soixantaine dans l’équipe. Parfois, il a des idées un peu spéciales, mais je le laisse s’exprimer, tant que c’est fait de façon correcte. Je ne veux surtout pas censurer mon monde. De là ma question, l’autre soir, à savoir si vous aviez pu dire ce que vous vouliez dire dans votre film. 

M-H P : C’était des questions super intéressantes. Surtout avec le mouvement Woke, c’est vraiment des questions qui sont au cœur de… J’ai un autre projet là-dessus aussi… 

F.G.: Ça, c’est toute une question, le mouvement Woke. Moi, je me considère très à gauche. Mais… pour moi, si on revient sur l’histoire de l’utilisation d’un certain mot à l’Université d’Ottawa, il y a des contextes dans lesquels on devrait avoir le droit d’utiliser ces mots. Surtout qu’il est toujours dans le dictionnaire ce mot-là. Et si on veut éviter, justement, que ce racisme-là revienne en force, il faut qu’on soit capable d’en parler. 

Pis je me suis fait ramasser par rapport à ça, parce que j’ai donné mon opinion. Et pour moi, si on décide, en tant que société, que ce mot-là doit être banni, ok. Mais il doit y avoir un débat. Tu ne peux pas, toi, en tant que personne ou petit groupe, dire : « nous avons la vérité ». Et pour moi, s’il doit y avoir un débat de société, il doit y avoir, dans ton groupe de débat, au moins une personne raciste, si c’est un débat sur le racisme. Et de toute façon, si tu veux changer les mentalités,

M-H P : Tu ne peux pas t’adresser juste au monde…

F.G.: Tsé, ça sert à quoi?

Pis c’est un peu ça aussi, des fois, mon constat par rapport au documentaire. Par exemple, des trucs environnementaux… C’est super qu’on en parle, qu’on trouve des solutions. Mais, le problème c’est que 99.9% des gens qui vont le voir sont déjà vendus à la cause. Après c’est sur que ça peut amener une personne qui croit déjà en la cause, à l’amener à aller plus loin. Comme moi, après avoir vu En quête de sens

M-H P : Oui. Ben tsé, le documentaire d’auteur… Je viens de faire un jury. Tsé des gens qui veulent aller à l’étranger faire des belles images sur le dos de la misère du monde là, il y en a tellement. Pis ils veulent l’argent des contribuables pour aller faire des shots de drone d’un réfugié syrien qui marche… « Pis on va être une grosse équipe, pis il n’aura pas le droit de parler. »

F.G.: Finalement, on veut juste montrer qu’on sait filmer.

M-H P : Exactement.

F.G.: J’essaie de sortir un peu plus. Comme mardi, il y a la soirée d’ouverture de Présence autochtone, mais je ne peux pas y aller. 

M-H P : Oui, j’ai un film que j’ai monté qui est là. 

F.G.: Ah oui?

M-H P : Il fait l’ouverture en fait. 

F.G.: Ah non! C’est quoi?

M-H P : C’est une réalisatrice inuite : Lisa Koperqualuk. Elle a fait un film sur son grand-père, pis il est très touchant en fait. C’était le fun de faire ça. 

F.G.: C’est quoi le titre?

M-H P : Ataatatsiaq. C’est le fun parce que c’est une culture, un côté de nous qu’on ne connait pas. C’est tout simple. Elle fait une lettre à son grand-père, mais on apprend plein d’affaires. Et c’est fait tout en douceur.

F.G.: Ça, c’est le genre de films que j’ai toujours un peu peur. Quand je suis allé à la première de Coming Home, j’avais justement peur que ça fasse film de famille, de voyage, insignifiant. 

J’en ai vu des films comme ça pis j’étais, comme, ok, mais… Un que j’ai vu c’était… Manic. J’ai détesté.  

M-H P : Oui, je l’ai vu.

F.G.: T’as aimé?

M-H P : Ben… C’est conflictuel. Tu vois, moi j’adore l’idée que l’intime est politique. Mais il faut que tu trouves le moyen que ça bascule dans l’universel. 

F.G.: Ben, c’est ça. Là, j’avais vraiment l’impression que c’était un film de famille. Tsé? Le sujet est important… Mais… Je le dis pas comme ça, mais c’est comme : je m’en fous un peu de ton drame familial. Pis c’est un peu de ça que j’avais peur en allant voir ton film. J’espère que ça va pas être une autre affaire plate de même! Ok, c’est pas plate…

M-H P : En fait, c’est que ça demeure anecdotique. 

F.G.: Mais finalement, ça ne l’était pas. J’étais vraiment content tsé.

M-H P : (Rire) 

F.G.: Après j’avais peur que ça bascule dans le film de voyage. Pis c’est pas vraiment mieux.

M-H P : Non, c’est pas tellement mieux.

F.G.: Finalement, ça bascule. Pis on apprend quelque chose. En fait, beaucoup de choses. 

M-H P : Two Straight Girls, c’est un peu ça aussi…

F.G.: J’ai adoré. Écoute, pour vrai là… Bon. Par quoi je commence? 

M-H P : On est rendu là? (Rire)

F.G.: Oui! Ah non, attends. J’ai une dernière question, mais si tu ne veux pas que je la publie, tu me le dis.

Two Straight girls at a Queer fest

M-H P : Représenter le désir féminin c’est pas fait encore.  

F.G.: Sauf si c’est entre deux femmes.

M-H P : C’est ça. Moi je me bas un peu pour ça. J’ai un projet de fiction, que je vais probablement faire avec une piastre et quart, encore, tsé.

Two Straight Girls at a Queer FestF.G.: Mais ça parait pas tant dans Two Straight Girls que t’as 40$ de budget. 

M-H P : Tu trouves?

F.G.: Pas tant. On sent que c’est pas un film à gros budget. Mais, il n’a rien a envier à n’importe quel autre film qui est fait avec un budget modeste. 

M-H P : Quel pied de nez pareil… 

F.G.: C’est peut-être parce que je vois beaucoup de cinéma d’art et d’essai que ça me dérange moins, mais…

M-H P : Ben il y a des shots qui sont belles là! 

F.G.: Écoute. Moi, ma scène préférée, c’est quand que vous faites votre « art et essai shot ». 

M-H P : The shot where nothing happens.

F.G.: J’ai mis l’image dans mon texte. Écoute, c’est tellement… C’est hilarant. Vous êtes juste là pis… rien.

M-H P : (rire) Mais la lumière est belle. (rire)

F.G.: Ah oui. C’est parfait, écoute. Ça ressemble exactement à ce genre de scènes qu’on peut voir des fois.

Cela étant dit, moi j’aime beaucoup le cinéma d’art et essai et ton film rentre là-dedans. 

M-H P : Oui. Là je vais me planter en disant ça, mais quand je suis sorti de l’université, j’ai travaillé pour un réalisateur, Bashar Shbib, qu’on appelle le Roger Corman of the North. Il est Syrien d’origine, mais il a grandi ici. Et, qui lui, tournait à tout prix. Il ramassait des short ends de 35 mm. On tournait en 35 mm en 95. L’homme qui tourne plus vite que son ombre. Pis il allait chercher des jeunes qui sortaient de l’université. Il nous payait pas. Mais, moi, c’est comme ça que j’ai monté des longs métrages 

F.G.: Ça t’a donné de l’expérience en fait. 

M-H P : J’ai fait de la direction artistique, j’ai fait de la production. Tout le système SODEC/Téléfilm, c’est par lui que je l’ai appris. Et il avait fait un film qui s’appelle Hot Sauce, 

F.G.: Ça me dit de quoi ça…

M-H P : C’était un homme très charismatique. Il avait toujours une gang de jeunes autour de lui. J’ai passé deux ans et demi dans son… dans son écurie. Qui a fait, avec Hot Sauce, une autofiction, avant qu’on appelle ça de l’autofiction. Pis c’était sur un réalisateur qui devenait amnésique et qui faisait un documentaire pour essayer de comprendre qui il était. C’était très le fun. Pis quelque part, j’ai été influencé par ça. Et de tourner en toute liberté…

C’est parce que je suis aussi dans le système. Tsé SODEC, Téléfilm pis les demandes de subvention, pis là ils te reviennent, pis peux-tu changer ça, pis ton scénario, machin…

F.G.: Ben il y a du bon et du moins bon avec notre système.

Une nuit sans luneM-H P : Ben regarde, j’aurais pas fait Margerite. Mais… moi ça me fait un peu chier ça. Pis avec les moyens qu’on a aujourd’hui, y’en a pu de raison que ça coute cher. Pis, sans dénigrer le travail d’un directeur photo, je sais que d’avoir appris à faire tous ces métiers-là, ça m’aide. Oui, j’ai hâte au moment où je vais avoir un budget pour pouvoir engager du monde pis, oui, faire des belles images. Parce que je viens de la direction artistique, la danse. Tsé je suis capable d’en faire des belles images. Mais ça devient tellement lourd. Pis aussi – j’en parle dans Two Straight Girls — de comment arriver à communiquer ta vision pour que ce qui se retrouve à l’écran ce soit ce que tu as en tête. La première fois que tu travailles avec une équipe, tu regardes tes rush pis t’es comme : oh my god qu’est-ce que je vais faire avec  ça, tsé. Pis là il faut que tu te le réappropries. 

Alors que là, dans Two Straight Girls, c’était pas compliqué. Je savais exactement où est-ce que je plaçais ma caméra et ça allait donner quoi. Pis ça a donné le film qui est le plus proche du projet que j’avais en tête. Même s’il était improvisé. 

F.G.: À quel point c’est scénarisé? Parce que je dis en blague que le scénario tient sur une page. 

M-H P : Absolument. En fait, le scénario il s’est écrit au fur et à mesure. C’était vraiment ça. La prémisse où je dis que la SODEC a mis des nouvelles règles, c’est vraiment ça là. Je devais tourner un film à tout prix. Pis comment la création survient c’est mystérieux, mais il y a eu l’invitation à ce festival-là, mon ancien boss avait une roulotte, y’avait mon chum qui venait de s’acheter une Jeep. Elle me faisait chier sa Jeep. Mais j’ai tout mis ça ensemble, pis le titre…

F.G.: Donc ce bout-là, c’est vrai là?

M-H P : Oui, oui. Ça, c’est totalement vrai. Pis je me souviens, j’étais dans la salle d’attente du médecin, pis j’ai appelé Judith, je lui ai fait mon pitch, pis « t’embarques-tu? », pis elle a fait, « ok ». Pis je pense que ce qui m’a vraiment inspiré, aussi, c’est les courriels – qui sont au début du film — de Jim, le directeur du festival, avec ses courriels tellement graphiques, avec des points d’exclamation, pis… Pis j’ai reçu la fiche qu’il fallait remplir. La « artists info ». Ça avait tellement l’air d’un accessoire fait pour le cinéma. Pis, c’est en anglais, parce que le titre m’est venu en anglais. Puis forcément on s’en allait aux États-Unis. Et surtout, ça créait juste la distance nécessaire pour ne pas qu’on tombe dans les épanchements. Parce qu’en français ça aurait été nous. Pis là, ça n’aurait pas été intéressant, je pense. 

F.G.: Donc ça vous aide à vous distancer du côté « vrai »? Parce que tout le long, on ne le sait plus, qu’est-ce qui est vrai ou non. À un moment donné, j’étais comme : oh mon dieu. Il va pas lui arriver ça? Pauvre elle. À mi-chemin, j’ai comme réalisé « attends, c’est pas tout vrai, c’est en partie scénarisé ».

L’histoire du chum, c’est tu vrai ça?

M-H P : Honnêtement, je sais qu’elle commençait à sortir avec un gars, mais après, même moi je le sais pas si c’est vrai ou pas.

F.G.: Parce que je me disais que c’était terrible, tsé. 

M-H P : (Rire) Mais la discussion Skype, que j’intègre, c’est tout live. C’est vrai que ça se passe là. Pis Judith était un peu plus réservée sur sa vie privée. Donc à quel point elle a construit ça, je le sais pas. 

Par exemple, la crise de panique, c’était scénarisé. 

F.G.: D’ailleurs, ça ne parait pas que t’es pas une actrice. Tu t’en sors vraiment bien. 

M-H P : J’ai un background en danse. Ça aide parce que quand tu danses, forcément t’es comédien. Mais c’était aussi mon rôle de rester sur cette espèce de ton là, humoristique, juste pour pas qu’on oublie, mais c’est vrai qu’à ce moment-là le film prend un tournant qui fait qu’on oublie un peu. Moi, la scène que je préfère, c’est juste le lendemain, quand on est dans la salle de bain, la caméra est là. Pis je trouve que c’est une des plus belles shots quand on est devant le miroir. Ça c’était scénarisé. Mais ça restait improvisé. C’était un outline. Genre : « voilà ce qui va se passer aujourd’hui ». 

Pis ce jour-là, quand on finit par s’engueuler, le soir, on avait vraiment eu une journée de marde. On s’était vraiment perdu. Pis moi j’étais stressée parce qu’on allait perdre la lumière pour tourner cette séquence-là que je voulais faire. Pis finalement, le fait qu’elle se passe quasiment dans la pénombre, ça ajoute…

F.G.: Ça ajoute un petit côté dramatique à tout ça. 

M-H P : Exactement. Pis ça, c’est une scène de « acting » mais qui est nourrie par la journée qui nous a fait chier. Judith elle avait un peu peur de moi. Elle savait que j’avais eu cet épisode-là pis…

F.G.: C’est drôle parce que quand on regarde le film, c’est plus Judith qui donne l’impression d’avoir un méchant caractère. 

M-H P : Oui, ben… Elle est toujours de mauvaise humeur. (rire)

F.G.: Le matin quand vous prenez votre café… My god (rire)

M-H P : (rire) En même temps, quand tu scénarises, ça prend un genre de conflit, pis des obstacles. C’est sûr que la tente-roulotte c’était notre principal obstacle. 

F.G.: Écoute, c’est tellement… C’est drôle parce que c’est le petit côté « deux filles qui partent seules avec une roulotte, ça va mal tourner ». C’est tellement sexiste. (rire)  Mais, en même temps, ça mène un petit côté burlesque. On sait dès le départ qu’il faut qui arrive quelque chose avec c’te maudite roulotte là. La shot du back-up, c’était trop drôle. 

M-H P : Ça, c’était vrai. Ça c’était pas scénarisé. Tu te retrouves dans la marde pis t’es comme : « ok, sors la caméra ». 

F.G.: Une autre chose qui est bien, c’est votre sens de l’autodérision. Autant envers vous deux. Mais aussi envers le film. Je sais pas combien de fois vous le dites dans le film, mais vous dites : « that bullshit film ». 

M-H P : C’est mon film qui est le plus film d’auteur. Pis, je pense qu’il y a les cinéphiles qui vont aimer parce qu’il y a une réflexion sur le médium.

On retourne à Coming Home et à la scène avec la tante ainée

M-H P : Ce que je voulais dire, aussi, par rapport au documentaire, c’est que oui, c’est construit, pis en même temps… quand t’arrives à quelque chose de vrai, tu réalises que la fiction peut jamais égaler ça. Pis dans Une nuit sans lune, Thi Be m’a dit « je veux interviewer des boat people ». Je lui ai dit : mais moi, comme cinéaste, ce qui m’intéresse c’est toi. Pourquoi tu veux faire ça. Donc, j’avais en tête que c’est sa quête à elle. Donc comment je vais réussir à tourner le focus sur elle? C’est quand on est allé visiter les bases militaires dans l’est de la ville. Tous les boat people passaient par là. Ils arrivaient en avions pis ils passaient par là pendant 3 jours pour être lavé, qu’ont leur enlève les poux, qu’on les loge. Thi Be, elle avait 4 ans quand elle est arrivée. Pis tout d’un coup, quand on a visité ça, pis que le lieutenant qu’on interrogeait nous montrait des photos de l’époque, elle a eu un flashback. Elle s’est vue… Sur une photo, il y avait une petite fille qui mangeait un œuf. Là elle s’est souvenue et elle m’a dit « on nous donnait un œuf tous les matins. » Mais là on était supposé s’en aller. Mais j’ai dit aux gens de l’armée : donnez-nous une salle. J’ai besoin de 45 minutes. Pis là on l’a filmé et elle a tout raconté la fuite avec son père et ce dont elle se souvenait. Et ça a donné le titre : Une nuit sans lune.

 

Pis là t’es fière en tant que réalisatrice parce que tu sais que tu as LA shot. La scène qui donne tout son sens au film. Donc, après ça, arriver a recréer un moment aussi vrai… Attache ta tuque. 

Scoop

M-H P : Mon film qui s’en vient, Chienne de faïence, c’est une comédie dramatique, et il y a un moment très dramatique. Et je me dis que quand je vais y arriver à ça… 

F.G.: Puis s’en est où?

M-H P : Je suis en développement. J’ai décidé de le tourner pas d’argent, parce que c’est trop champ gauche pour les institutions. 

En fait, c’est un huis clos entre deux femmes, dont une est une adepte de chirurgie esthétique, et l’autre porte le niqab. Elles sont coincées dans un ascenseur et elles sont obligées de se parler. Pis tu vois, ça ne passe pas aux institutions. J’ai eu un peu d’argent du Conseil des Arts du Canada. 

F.G.: Mais rien au Québec…

M-H P : Non.

Les préjugés

M-H P : Moi, une des choses que je préfère dans la vie, c’est lorsque je suis prise en flagrants délies de préjugés. Parce que je me considère ouverte d’esprit, mais je ne peux pas l’être à 100%. 

F.G.: Effectivement.

M-H P : Pis quand je me rends compte que moi-même j’ai eu un préjugé, pis que j’ai la démonstration que je l’ai eu, ben j’aime ça. Parce que moi-même, en me rendant au festival, je m’étais imaginé que ce serait cette espèce de carnaval. Pis t’arrives là pis ce serait un peu flyé. Pis que ça serait le party.

F.G.: Ouiiii. Vous avez tellement l’air déçu qu’il n’y ait pas de party. 

M-H P : (Rire) Ben oui, tsé. Pis finalement, t’arrives là pis c’est juste… du vrai monde. 

F.G.: Mais finalement, il y en a eu un party?

M-H P : Ben non. Sinon on l’aurait filmé. La seule chose qu’il y a eu, c’est le déjeuner qu’on a filmé là. Celui où on mange des œufs pis qu’on échange avec tout le monde. 

M-H P : Donc, comment t’approprier… Pis ça pose la question des mots. 

F.G.: Oui, parce que là tu dis « t’approprier ». J’allais te dire de faire attention aux mots que tu utilises.

M-H P : Ben exactement, oui. T’approprier un concept qui est dégradant, ben justement, c’est intéressant. Pis avec le mot en « n », il y en a qui disent : « moi je veux pouvoir le dire justement — comme Dany Laferrière — pour ne pas effacer l’histoire. Pis t’en a qui disent qu’il ne faut pas le dire. Pis moi, ma démarche, certaines féministes la condamnent. Comme mon autre film s’appelle Chienne de faïence. C’est d’utiliser le mot chienne pour me l’approprier. Mais encore là, je n’ai pas de réponse en soi.

F.G.: Non. C’est sûr. Mais tsé, comme tu as l’opportunité de prendre la parole en étant cinéaste, l’important ce n’est pas de donner des réponses, mais plus d’amener les gens à se questionner sur certaines choses. De là ce que je disais tantôt, que si on veut prendre une décision sur l’utilisation d’un mot, par exemple, ou d’une image, on peut pas juste prendre une décision en tant que mini groupe et dire : « voici LA vérité! » Ça prend des débats. 

F.G.: Revenons à Two Straight girls pour finir. 

On parlait d’éthique… 

M-H P : Tu vois, le gars du tatou, à la fin, c’est le seul qui a le visage flouté. Le gars qui va se faire faire le tatou et qui a la main en sang. C’est le seul qui savait pas qu’il était filmé. Pis il l’a pas su après qu’il était filmé. 

F.G.: Ouin, vous êtes parti, disons…

M-H P : Écoute…

F.G.: C’était pas rassurant. 

M-H P : Rendu là, c’était vrai. Je l’aurais fait.

Là, comme on raconte la fin du film, je vais sauter un petit bout. 😉

F.G.: Au final, c’est un film vrai. Vous abordez des sujets banals… De tous les jours. Pis c’est même nécessaire, je pense. Sinon tu tombes dans la comédie de situation. Mais bon…

J’avais une question en lien avec les crédits. À quel point Judith était… Parce que dans le film, à chaque fois qu’elle parle d’un film de marde, c’est TON film de marde.  

M-H P : Ça, c’est drôle, parce que j’ai voulu lui donner un crédit de co-scénarisation, pis elle m’a dit non. 

F.G.: Ah ouin?!?

M-H P : Elle m’a dit « c’est ton film ».

F.G.: Effectivement. Je pensais que vos deux noms seraient là sur la page du festival.

M-H P : C’est ce que je voulais moi. Mais non. C’est vrai que c’est moi, le matin, qui disais que ça allait être ça, pis ça. Mais elle a amené beaucoup. Pour moi ça aurait été juste normal de lui donner le crédit de scénarisation. 

F.G.: Penses-tu que c’est parce qu’elle considère vraiment que c’est ton film, que c’est toi qui l’a travaillé? Ou si c’est parce qu’elle veut pas être trop associée à ça, parce qu’elle pense vraiment que c’est un film de marde?

M-H P : Ben… Il y a un p’tit peu de ça, je pense. Il y a toujours le malaise par rapport à l’utilisation du mot  « queer ». Pour elle, ça a toujours été là. Pis il y a aussi la question du film de marde. Et en même temps, elle ressort super bien dedans, tsé. Quoi qu’elle en pense. 

On va s’arrêter ici, mais sachez qu’il y a encore beaucoup de choses qui ont été dites. Évidemment, je n’ai pas pu tout mettre puisque nous avons jasé pendant 3 heures. Je crois vraiment qu’il faudra que je trouve des gens moins intéressants pour les prochaines fois. Ce fut toute une aventure que de transcrire cette rencontre. 

Je vous invite à lire mon texte, demain, sur Two Straight Girls at a Queer Fest. C’est donc à suivre.

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