Frimas — Un brouillard aveuglant qui dévoile un futur très peu plaisant

« Ton mari n’est pas pro-vie, on dit anti-avortement. »

Frimas - afficheDans un futur rapproché où l’avortement est maintenant recriminalisé, Kara (Karine Gonthier-Hyndman) est confrontée à une triste et brutale réalité. Malgré les dangers imminents auxquels elle s’expose, elle fait appel à une femme (Chantal Baril) travaillant pour une clinique d’avortement mobile illégale. C’est lorsqu’elle se retrouve dans les méandres de cette lugubre clinique qu’elle est confrontée aux répercussions de sa douloureuse décision.

Une métaphore subtile et glacée pour aborder la réalité

C’est avec son tout nouveau court-métrage, Frimas, que la réalisatrice Marianne Farley a ouvert le Festival REGARD au Saguenay, le 9 juin dernier. Produit par Charlotte Beaudoin-Poisson et Sophie Ricard-Harvey, le film s’inscrit dans une longue lignée de collaborations entre les trois créatrices. En 2019, Marianne Farley (comédienne dans : Les invincibles, Nos étés, The Dead Zone, Mémoires vives, 19-2) a été nommée aux Oscars pour son premier court-métrage intitulé Marguerite. Elle revient en force avec ce tout nouvel opus où elle nous présente la vision d’un Québec dystopique, sous l’emprise d’un régime totalitaire, au cœur duquel l’avortement est de nouveau criminalisé. Sans nous rappeler le livre (ou la série) The Handmaid’s Tale (La servante écarlate) de Margaret Artwood, c’est sur cette thématique tout à fait d’actualité que Marianne a voulu aborder le sujet de l’avortement. Elle l’aborde de façon plus contemporaine en replaçant l’action dans le futur tout en s’inspirant de nos voisins américains qui ont voté, en 2019, un projet de loi interdisant l’accès et le droit à l’avortement. D’abord en Alabama puis dans 14 autres États plus récemment.

Frimas - Une métaphore subtile

En parallèle, ce court-métrage audacieux traduit aussi l’inquiétude de sa réalisatrice face à la montée des discours d’extrême droite, autant ailleurs qu’au Canada et au Québec. 

 « Ce n’est pas tout le monde qui a fait la paix avec l’idée que la femme puisse choisir pour son corps », affirme-t-elle à contrecœur.

Dès le début du court-métrage, on sent la nervosité et l’appréhension de Kara qui attend dans un froid glacial la venue d’un camion de viande froide aux apparences plutôt ordinaire. Mais pourtant, celui-ci est en réalité une clinique d’avortement illégal mobile. Mais qu’est-ce qui pousse Kara à prendre le risque de monter dedans? 

La performance de Karine Gonthier-Hyndman (C’est comme ça que je t’aime) et la justesse de ses intentions mettent en lumière un personnage fragile et éprouvé par les circonstances, soutenu à l’écran par Chantal Baril (Peau Blanche) qui interprète avec brio le rôle d’une faiseuse d’anges, sévère, mais juste. Par ailleurs, la direction photo de Benoît Beaulieu est sublime et accompagne avec soin ce récit sombre et gelé.

FRIMAS - Dès le début

Si le terme « Frimas » se définit comme étant un brouillard froid qui devient de la glace en tombant, pour Marianne, il s’agit d’une parfaite métaphore pour aborder la réalité actuelle. Elle s’explique : « En ce moment, nous sommes en quelque sorte aveuglés par ce brouillard, mais éventuellement, ça peut retomber en glace; il peut y avoir des conséquences à croire que c’est un droit complètement acquis. »

Note : 7.5 /10

Bande-annonce

Fiche technique :

Titre original : Frimas
Durée : 20 minutes
Année : 2021
Pays : Québec (Canada)
Réalisateur : Marianne Farley
Scénario : Marianne Farley

Frimas est présenté aux Festival REGARD  du 9 au 13 juin 2021.

Vous pouvez voir également son magnifique court-métrage Marguerite en ligne gratuitement :

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