La Short List avec Suroosh Alvi est une série de 9 épisodes de, ce qu’ils appellent, certains des meilleurs documentaires du monde, organisée par le fondateur de VICE, Suroosh Alvi. Chaque épisode comprend un documentaire complet, accompagné d’une présentation d’Alvi, et d’une conversation avec les cinéastes sur les sujets des films.

La série vise à amener les conversations en dehors de la route et de la foule des festivals de films. C’est pourquoi nous avons décidé de proposer cette série à nos lecteurs.

Les films

Nous avons décidé de vous présenter les 9 films, mais de traiter plus en profondeur de deux d’entre eux. Il s’agit malheureusement d’un choix justifié par le manque de temps. Mais ne vous gênez pas pour aller les voir, ils sont tous disponibles gratuitement

Showgirls of Pakistan (Saad Khan) – Pakistan/États-Unis

Entrez dans l’univers de trois danseuses de mujra, au Pakistan, alors qu’elles évitent les censeurs de l’État et la violence pour lutter pour la célébrité. La vérité intime, les appels téléphoniques, les flux de médias sociaux et les vidéos personnelles offrent un regard inédit sur l’industrie du théâtre punjabi et les femmes qui se battent pour jouer selon leurs propres règles.

The Toxic Pigs of Fukushima (Otto Bell) – États-Unis

Le grand tremblement de terre de l’est du Japon, de 2011, a déclenché un tsunami, une fusion nucléaire et des évacuations massives dans la préfecture de Fukushima. Aujourd’hui, dans le cadre d’un effort gouvernemental pour encourager la réinstallation, des chasseurs locaux ont été enrôlés pour se débarrasser des sangliers irradiés qui errent maintenant dans les rues et les bâtiments abandonnés. Ce court métrage suit un chasseur solitaire dans un paysage isolé et changé. En cours de route, d’autres citoyens qui vivent toujours à proximité du réacteur partagent leurs points de vue sur les conséquences. The Toxic Pigs of Fukushima a été inspiré par les photographies des coproducteurs Toru Hanai et Yuki Iwanami. 

Sakawa (Ben Asamoah) – Pays-Bas/Belgique

Sakawa - afficheIl y a un trésor d’informations à trouver dans les déchets électroniques toxiques au Ghana. C’est un effort relativement simple d’ouvrir les disques durs et d’accéder aux photos et aux détails personnels de leurs anciens propriétaires. Équipé d’un nom et d’une adresse, presque tout le monde peut être trouvé en ligne. Le film suit Ama, une jeune mère, qui tente de devenir un escroc sur Internet. Un escroc plus expérimenté essaie de lui apprendre le métier, mais elle ne semble pas avoir beaucoup de talent pour cela. One Dollar est un maître dans son métier et sait utiliser son faux compte pour rendre les hommes fous: ils craquent pour la photo d’une femme plantureuse — et pour sa voix aiguë. Mais quelle compassion pouvez-vous attendre de quelqu’un qui achète chaque semaine 250 € de poisson pour son patron alors qu’il ne gagne que 12 € par mois lui-même?

Sakawa montre ces activités frauduleuses du point de vue du réalisateur belgo-ghanéen Ben Asamoah, qui dépeint les personnages de sa propre perspective africaine.

Sakawa est un de ces films-chocs. C’est le genre de chose que l’on sait qui existent, mais qu’on préfère ignorer. Et là où le film devient intéressant, c’est que ces jeunes escrocs nous apparaissent comme les gentils. Peut-être que cela vient du fait qu’ils ne cachent pas leur visage. Peut-être que cela vient du fait qu’ils ont, pour la plupart, de la difficulté à survivre. Peut-être que c’est juste que les gens qui se font frauder sont, eux, anonymes dans ce documentaire. Mais au final, ces jeunes ne sont-ils pas eux aussi des victimes? 

Et ils sont sympathiques. Ma citation préférée vient de One Dollar lorsqu’il parle de ses clients (victimes) potentiels du Royaume-Uni : Every guy called Peter is stupid [Chaque gars qui s’appelle Peter est stupide]. Je sais, moi aussi ça me donne envie de me lancer. 😉

Sakawa texte

Fiche technique : 

Titre original : Sakawa
Durée : 81 minutes
Année : 2018
Pays : Pays Bas/Belgique
Réalisateur : Ben Asamoah
Scénario : Ben Asamoah

Dope is Death (Mia Donovan) – Canada

L’histoire de la façon dont le Dr Mutulu Shakur, beau-père de Tupac Shakur, avec les Black Panthers et les Young Lords, a combiné la santé communautaire avec une politique radicale pour créer le premier programme de désintoxication par acupuncture en Amérique en 1973 – un projet visionnaire finalement jugé trop dangereux pour exister en Amérique.

The Prophet and the Space Alien (Yoav Shamir) – Israël/Autriche

Prophet Space Aliens - posterEn tant que jeune homme, Raël a reçu la visite d’étrangers qui l’ont proclamé « le dernier prophète ». C’était dans les années 1970. Aujourd’hui, le charismatique Français est le leader de la plus grande religion OVNI du monde. Le cinéaste Yoav Shamir a eu accès à la secte, à son chef et à ses fidèles disciples. Toutes les cartes sont posées sur la table dès le départ, il n’y a pas de caméras cachées ou de sales tours. Au lieu de cela, on nous présente un regard coloré, curieux, alternativement stimulant et vraiment amusant sur un monde kitsch, dont la capacité à nous fasciner n’est peut-être pas si différente de celle des autres religions. Parmi ses membres se trouvent des universitaires et des hommes d’affaires, qui ont tous vu la lumière du vaisseau spatial. Comme le dit l’un des nombreux adeptes de Raël, la religion concerne également le besoin humain d’avoir quelque chose en quoi croire et faire partie. En fin de compte, c’est juste votre responsabilité de choisir dans quelle direction vous voulez aller. En attendant, Raël, vêtu de blanc, travaille à étendre son influence au reste de l’univers.

On a tous entendu parler de Raël. Et comme vous, probablement, je le considérais comme un genre de crosseur, voir d’illuminé. Je trouvais que les raëliens étaient un groupe de perdus. Mais après avoir vu The Prophet and the Space Alien, je dois admettre que ma vision a quelque peu changé. Le documentaire montre bien que cette religion ressemble en tout point à n’importe quelle autre religion, ou presque. Elle est beaucoup moins contraignante. Au final, et c’est là le plus grand point de divergences avec les autres religions, le raëlisme prône le plaisir, l’amour, le bonheur. 

The prophet and the space aliens
Raël offrant un prix honorifique à Yoav Shamir

C’est aussi la seule religion à dire que l’amour et la paix n’ont pas besoin de Dieu et que la science doit être à la base des croyances. D’ailleurs, et ça m’a donné un certain respect pour eux, les raëliens ont fondé une clinique, au Burkina Faso, qui offrait gratuitement des opérations permettant aux femmes qui avaient été excisées, de se faire reconstruire le clitoris. Et oui, il s’agit d’une procédure réelle. 

Le documentaire ne tente pas de vous convaincre que Raël dit la vérité ou que ses adorateurs ont raison. Mais il offre un regard nuancé, réfléchi et développé sur une religion très mal connue. Personnellement, bien que je n’aie pas l’intention de me convertir, j’ai gagné du respect pour ces gens. Je vous suggère vivement de regarder ce film.

Fiche technique :

Titre original : The Prophet and the Space Aliens
Durée : 86 minutes
Année : 2020
Pays : Israël/Autriche
Réalisateur : Yoav Shamir
Scénario : Yoav Shamir

Mayor (David Osit) – États-Unis/Royaume-Uni

Mayor est une véritable saga politique qui suit Musa Hadid, le maire chrétien de Ramallah, au cours de son deuxième mandat. Ses objectifs immédiats : repaver les trottoirs, attirer davantage de touristes et planifier les fêtes de Noël de la ville. Sa mission ultime : mettre fin à l’occupation de la Palestine.

Riche d’observations détaillées et d’humour, Mayor propose un portrait de dignité au milieu de la folie et de l’absurdité d’une occupation sans fin tout en posant une question : comment diriger une ville quand on n’a pas de pays?

The Donut King (Alice Gu) – États-Unis

L’histoire de Ted, le Donut King, est celle du destin, de l’amour, de la survie, des coups durs et de la rédemption. C’est l’histoire d’un réfugié fuyant le Cambodge, arrivé en Amérique en 1975 et construisant un empire improbable de plusieurs millions de dollars en préparant la pâtisserie préférée des États-Unis, le beigne.

Ted a parrainé des centaines de visas pour les réfugiés entrants et les a aidés à se lever en leur apprenant les méthodes du commerce des beignets. En 1979, il vivait le rêve américain. Mais, dans la vie, une grande ascension peut s’accompagner de grandes chutes.

Two Gods (Zeshawn Ali) – États-Unis

Dans la ville d’East Orange, New Jersey, une boutique de cercueils se dresse au coin des rues N. 15e et William. À l’intérieur, travaillant au milieu de la sciure et des longues boîtes de pin, se trouvent deux hommes: des cercueils, des entrepreneurs de pompes funèbres travaillant dans la tradition funéraire islamique et des mentors. Contre la vie de famille tumultueuse et le dangereux ressac des rues, ils ont trouvé le moyen, à travers les rituels de la mort, d’apprendre à leurs jeunes stagiaires à embrasser la vie. Two Gods raconte l’histoire du propriétaire de Sunnah Caskets, Rashad, et de son employé Hanif, qui prennent les enfants du quartier sous leur aile pour apprendre un métier, une tradition et un moyen d’améliorer ce monde.

Il y a des années, Hanif a quitté un cycle démoralisant de toxicomanie et de prison pour travailler pour Rashad. Profondément ému par les rituels funéraires accomplis par l’entrepreneur de pompes funèbres, Hanif y voyait la possibilité de sa propre rédemption. Maintenant, ce que Rashad a fait autrefois pour Hanif, Hanif souhaite pouvoir le faire pour son propre fils perdu. Les deux hommes le font pour Furquan, 12 ans, et Nas, 17 ans, en leur apprenant à fabriquer des cercueils et à maîtriser la pratique de la janazah: laver les morts et prier pour leur passage dans la vie suivante.

En illustrant le rôle crucial de la foi et des coutumes dans la consolidation du lien humain, Rashad et Hanif enseignent la compassion et l’empathie aux jeunes hommes qui risquent de glisser entre les fissures de la société, vers la violence.

Yung Lean: In My Head (Henrik Burman) – Suède

Jonatan a passé ses premières années d’adolescence à se promener dans Stockholm, mélangeant des paroles et des mélodies dans sa tête, tout en rêvant de les partager avec le monde. Quand il a trouvé une base d’admirateurs enragés en ligne, la superstar internationale du rap Yung Lean est née. Mais alors que son étoile brillait de plus en plus, l’obscurité commença à s’installer, brouillant la ligne entre la réalité et sa propre imagination.

***

Que vous soyez ou non amateur de documentaire, cette short list vous offrira quelque chose qui vous plaira. Et bien honnêtement, la seule raison pour laquelle je n’ai pas regardé plus de films dans la liste afin de vous en parler, c’est le manque de temps. Mais je me promets d’en regarder d’autres dans les prochaines semaines.

On s’en reparle!

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