« Pas toujours facile de renoncer. »

Me and the cult leader - afficheGravement blessé lors de l’attaque terroriste au gaz sarin du métro de Tokyo en 1995 par la secte apocalyptique Aum, le réalisateur Atsushi Sakahara se lance dans un voyage intime et exigeant avec le chef des communications de la secte, Hiroshi Araki, pour enregistrer les chemins de vie parallèles de la victime et de l’agresseur.

Avec Aganai (Me and the Cult leader : A Modern Report on the Banality of Evil), Atsushi Sakahara offre un documentaire sous forme de road movie. Certainement un des films les plus étonnants de l’année.

Les faits

ME AND THE CULT LEADER - Les faitsLors de cinq attaques coordonnées sur les lignes Chiyoda, Marunouchi et Hibiya du métro de Tokyo, un membre de chaque équipe perce un sac posé au sol contenant des poches de sarin sous forme liquide avec la pointe d’un parapluie, laissant le gaz s’évaporer et se diffuser dans les cinq rames bondées à l’heure de pointe. Le bilan final est de 13 morts et plus de 6 300 blessés, souffrant notamment de problèmes temporaires de vision.

Ce bilan, relativement léger vu l’extrême toxicité de cette substance et les neuf millions d’utilisateurs quotidiens du métro, serait dû à la mauvaise qualité du produit, très difficile à synthétiser. Cela n’empêche pas que certaines victimes sont paralysées à vie, alors que d’autres restent dans le coma des dizaines d’années.

L’attaque est dirigée contre les trains passant par Kasumigaseki et Nagatachō, qui abritent le gouvernement japonais. C’est le plus grave attentat au Japon depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

L’attentat terroriste perpétré par des membres de la secte Aum Shinrikyō a entraîné le changement de nom de l’organisation en 1999, qui s’appelle maintenant Aleph. Elle est sous la surveillance de la police. Les 13 ex-membres condamnés à la peine capitale ont été exécutés par pendaison en 2018. Le gourou Shōkō Asahara et six autres membres de sa secte ont été exécutés le 6 juillet 2018 tandis que les six autres l’ont été le 26 juillet 2018.

Une longue jasette entre deux solitudes

Me and the cult leader - une longue jasette
Atsushi Sakahara et Hiroshi Araki

Dès les premières scènes, le ton du film surprend. Sakahara rappelle un Michael Moore débonnaire alors que Araki a l’allure d’un comptable mélancolique. C’est à travers un (long) voyage dans leur ville natale respective que les deux hommes discuteront comme deux vieux amis de leur rapport au monde et de leur isolement social.

Le principal point fort du film est aussi son point le plus faible : il n’y a aucun sensationnalisme. Ça  crée un documentaire simple, dans lequel on n’a pas l’impression de se faire « vendre » un produit, une idéologie. Et pourtant, le réalisateur amène tranquillement son invité dans un coin et réussit presque à lui faire admettre qu’il est dans l’erreur avec sa foi. Mais cette absence de sensationnalisme se traduit par un film ennuyant.

Malgré un sujet qui a tout pour choquer ou pour faire réagir, on passe à travers deux longues heures de jasette entre les deux hommes. Sakahara explique ce que l’attaque lui a causé, et Araki explique sa foi et ses raisons de continuer à croire. Il y a de longs moments de silence entre les deux hommes. Des plans du dirigeant qui réfléchit, qui prend le temps de bien répondre aux questions. On le voit pleurer. On le voit rire. Tout ça dans un voyage qui amènera les deux hommes à la campagne, en famille…

Puis arrive la scène la plus marquante du film : Araki rencontre les parents de Sakahara. Un moment fort du cinéma-vérité. Que diriez-vous à l’homme à la tête du groupe qui a causé tant de torts physiques à votre fils ? 

Mais encore…

Me and the cult leader - Mais encoreIl est rare que le cinéma documentaire puisse offrir une rencontre entre une victime et son bourreau. Bon, Araki n’est pas celui derrière l’attaque. Mais comme il est maintenant un des dirigeants de la secte, il est en position de donner des réponses vraies. Mais la nature des Japonais fait en sorte que leurs réponses sont souvent perdues dans la philosophie. Puisqu’Araki n’était qu’un petit nouveau au moment de l’attaque, il ne connaît les vraies raisons qui l’ont motivée. Et comme on ne suppose pas autant au Japon qu’ici, il offre la seule réponse qu’il puisse donner : « Je ne peux pas vraiment répondre, car ce ne serait que supposition. »

Au final, Me and The Cult Leader reste un film intéressant, qui montre qu’un dialogue peut toujours être possible entre une victime et ceux qui l’ont blessée. C’est aussi un film un peu trop long, qui s’approche davantage de la jasette entre amis.

Note : 7/10

Me and The Cult Leader est présenté aux RIDM 2020.

Bande-annonce

Article minutieusement révisé par Révizio inc.

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