Dans le cadre de la programmation Lumière sur les films d’art iraniens proposée sur la nouvelle plateforme LeFIFA.com, vous avez l’occasion de revoir le film qui a remporté le Prix de la critique cinématographique du Québec au Festival du Nouveau Cinéma en 1990: Close-up, du réalisateur primé Abbas Kiarostami. 

Entre fiction et réalité

Close up by Abbas Kiarostami (1)
Close up

Close-up, c’est l’histoire du procès d’un homme qui se fait passer pour le célèbre cinéaste iranien Mohsen Makhmalbaf (dont vous pouvez aussi voir l’un des films dans la sélection du FIFA) pour entrer dans la maison d’une famille riche, profitant de leur intérêt pour le cinéma. C’est un fait divers réel qui a inspiré à Kiarostami ce film, qui s’approche du genre documentaire, Kiarostami ayant employé les réels protagonistes de l’affaire pour rejouer leur histoire. De fait, on se demande constamment où termine la réalité et où commence la fiction. 

Kiarostami a fait sa place dans le panorama cinématographique international avec ce genre de films hybrides. Il a d’ailleurs gagné la Palme d’or à Cannes en 1997 grâce à Taste of Cherry, un film dont la trame narrative est construite à partir des interactions entre des acteurs, dans une voiture, et les passagers qu’ils embarquent au hasard.

Le cinéma dans le cinéma

Close up by Abbas Kiarostami (1)
Close up

Non seulement Close-up trouble par le jeu qu’il propose avec les codes des genres cinématographiques, mais il fascine de par son sujet: le septième art lui-même, abordé de plus d’une façon. En plus d’être l’objet de la fraude, le processus de création filmique de Kiarostami est mis en abyme. Le réalisateur entre dans le film et présente sa démarche pour filmer le procès, des images qui semblent relever du documentaire, mais qui sont pure fiction.

La mise en abyme du cinéma est un procédé courant dans le cinéma iranien, selon Leila Khalilzadeh, cinéaste invitée par le FIFA pour prendre en charge cette programmation spéciale: « Parfois, c’est pour enquêter sur l’histoire du cinéma et pour dépeindre le portrait d’un ou une cinéaste, et parfois pour aborder le processus même du cinéma comme thème dans les œuvres narratives. De plus, il se situe parfois quelque part entre les deux, présentant un monde hybride de fiction et de non-fiction, qui, je crois, est une signature du cinéma iranien de qualité. »

L’autoréférentialité repose aussi ici dans le titre lui-même, Close-up, qui suggère le focus sur le fait divers, mais qui à la fois réfère au type de plan choisi pour filmer les protagonistes du procès, comme le souligne le cinéaste lui-même dans le film. 

Le cinéma dans le cinéma italien

mia-madre-posterLes cinéastes iraniens ne sont pas les seuls à mettre en scène leur travail dans les films. En Italie, le bal a été lancé en 1963 par le renommé Federico Fellini avec 8 ½, qui présente Guido, un cinéaste dépressif, mais aussi le film qu’il tourne. Cet attrait pour la mise en abyme de la création cinématographique retentit encore aujourd’hui; pensons notamment au film Mia Madre de Nanni Moretti, sorti en 2015, dans lequel une réalisatrice fait face à des problèmes personnels et professionnels. Une réalisatrice dont la mère présente d’ailleurs plusieurs similitudes avec celle de Moretti… 

Cette affection particulière des Italiens pour le cinéma autoréférentiel point aussi dans un court métrage de Moretti, Opening Day of Close-Up (1996), qui met justement en scène Close-up de Kiarostami.

Opening Day of Close-Up (1996)

Dans ce court métrage, Moretti incarne un propriétaire de cinéma qui projette Close-up dans son établissement, une comédie légère, mais brillante, dans laquelle Moretti vante la réflexion sur le pouvoir du cinéma que propose Kiarostami dans Close-up. Le court métrage italien est un clin d’oeil charmant au film iranien et c’est une véritable chance que nous donne leFIFA.com de pouvoir regarder les deux films l’un après l’autre. 

Deux films à voir! 

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