« J’ai laissé ma queue de diable à la maison cette fois-ci. »

Lea Tsemel, Avocate - Affiche FRLea Tsemel, avocate, défend depuis un demi-siècle les Palestiniens : des féministes au fondamentalistes, des manifestants non violents aux militants armés. Perdre une bataille ne lui fait pas peur. Aux yeux de ses confrères Israéliens, elle défend l’indéfendable. En ce qui concerne les Palestiniens, elle est plus qu’une avocate, elle est une alliée.

Lea Tsemel, avocate de Rachel Leah Jones et Philippe Bellaiche suit Lea Tsemel principalement lors de deux procès. On découvre à mesure que le film avance les valeurs et les enjeux qui font de cette femme à part ce qu’elle est.

Des cinglés parmi les fous

Plus je regarde de documentaires sur Israël et les gens qui y vivent, plus je me dis que les Juifs d’Israël sont des cinglés pris de folie. Quand on se croit le descendant légitime de Dieu, comment peut-on accepter les autres?

Dans Lea Tsemel, avocate, on montre les torts causés aux Palestiniens, et les fautes de ceux qui ont tenté d’y résister. Et on réalise assez rapidement l’inégalité judiciaire qui se déroule là-bas. On découvre aussi les échecs de ceux qui s’opposent à ces injustices.

Quand David est devenu un salaud

Advocate - Quand David est devenu un salaud
Lea Tsemel

Le documentaire suit l’avocate principalement lors de deux procès : celui  d’un garçon de 13 ans qui a attaqué des Juifs avec un couteau non aiguisé afin de leur faire peur; et celui d’une femme qui a fait exploser sa voiture devant une guérite de polices. Dans les deux cas, aucun mort, aucun blessé. Sauf les deux « assaillants ». Par ces procès le spectateur en aura suffisamment sous les yeux pour tout comprendre d’un système aussi pourri que ceux qui le dirigent.

Comment se fait-il qu’un enfant de 13 ans Palestinien soit jugé pour tentative de meurtre après avoir intimidé un autre gamin (Juif celui-là), alors que des hommes qui ont tiré avec un révolver, sur deux Palestiniens qui se sont retrouvés gravement blessés n’ont été jugés que pour coups et blessures? En Israël, si vous êtes Juif et que vous attaquez un « Arabe », vous risquez fort de vous en sortir avec une tape sur les doigts. Mais si vous êtes Palestinien et que vous donnez un coup de poing à un Juif, soyez assuré que vous serez jugé pour un crime grave. Et vous serez très probablement condamné. 

Mais David, après avoir vaincu Goliath, s’est-t-il enflé la tête à ce point? Apparemment oui. Cette situation explosive mène évidemment à des débordements. Arrive Lea Tsemel…

Lea

Advocate - Lea
À la sortie du Palais de justice

En tant qu’avocate, juive israélienne, qui représente depuis presque 50 ans des prisonniers politiques, Tsemel, à travers son incessante quête de justice, pousse sa pratique pour la défense des droits de l’homme à sa limite. Et, évidemment, ça ne fait pas le bonheur de tous. Au-delà des menaces et des insultes de la part de ses concitoyens juifs, c’est le témoignage de son fils qui est le plus triste. Les réalisateurs réussissent à nous faire voir non seulement le positif, mais aussi les difficultés que la quête de justice de Lea a créé comme stress pour son aîné. 

En effet, comment un enfant de 6 ans doit réagir lorsqu’il marche dans la rue avec sa mère et qu’un homme les arrête pour leur montrer un fusil et leur dire qu’« il s’occupera d’elle éventuellement ». On revisite donc sa vie et les sacrifices qu’elle a faits afin de se battre pour une cause qu’elle considère juste.

Mais encore…

Advocate - Mais encore
Lea à ses débuts

Je ne peux terminer sans glisser un petit mot sur l’image. Afin de protéger l’identité des accusés défendus par Tsemel, les réalisateurs ont eu la sublime idée de rendre l’image en dessins imprécis. C’est beaucoup plus beau que des flous sur les visages.

Au final, Lea Tsemel, avocate relate l’histoire d’une femme qui a donné sa vie au service de l’égalité et des droits de l’homme. Elle le fait dans un pays qui ne reconnaît aucunement l’égalité. Et, comme elle l’explique, pour eux (elle et son équipe), une victoire c’est de diminuer la peine d’un innocent de 1 an. Une victoire c’est de permettre à un accusé d’avoir droit à un procès, aussi injuste ce procès soit-il. Après 50 ans à perdre en cour, il faut être incroyablement forte pour continuer de garder espoir. L’espoir que, un jour, le système change.

Note : 8.5/10

Visionnez la bande-annonce :

Un commentaire

  1. Bonsoir,
    j’ai vu ce film, j’en suis ressortie le coeur serré et heureuse. Serré par l’injustice et les droits sans cesse bafoués et heureuse d’avoir trouvé une soeur qui pense comme moi.

    Ici en Suisse, il y a des cas d’esclavage sur des domestiques employées par des personnes des ambassades, missions et consulats ainsi que de fonctionnaires internationaux, et tout le monde s’en « beurre » l’arrière-train.
    Elles vivent généralement au domicile des « patrons », passeports séquestrés, sous-payées, souvent avec des salaires usuriers, injuriées, maltraitées moralement, des fois physiquement. Elles travaillent du matin au soir, des fois 6j voir 7j/7j.
    Lorsqu’elles s’enfuient, elles n’ont rien et, elles ont un mois pour retrouver un employeur, autrement leur carte de légitimation expire et elles sont expulsées de Suisse.

    Dans ce petit mois, elles doivent essayer de trouver comment se défendre, où se loger, de quoi manger et là, la partie est totalement inégale. Personne ne les aide sauf une personne, maintenant âgée qui essaie de les défendre, tout comme Léah Tsemel.

    Et c’est le pot de fer contre le pot de terre, mais inlassablement, il se remet à l’ouvrage.
    Lorsqu’un dossier est gagné après des années de procédure, il est difficile de faire payer l’employeur, car c’est à la domestique de poursuivre son employeur en justice (rappel, mise aux poursuites, demande de séquestre s’il y a des biens sur sol suisse) pour se faire payer ! même si elle a un jugement en sa faveur.

    Lorsqu’elles sont expulsées, les employeurs n’ayant généralement pas payé les cotisations sociales, même si l’employé a travaillé 5, 10, 20 ans, la domestique se retrouve sans retraite dans son pays. Ce sont souvent des mères qui s’étaient expatriées pour nourrir leurs enfants restés au pays, sans aucun droit de pouvoir les faire venir avec elles.

    je me demande si une fois un reportage sera effectué sur cette situation, pour continuer à la dénoncer.

    voilà. Donc, là où il y a de l’injustice, chacun doit faire ce qu’il peut pour la souligner, la rendre publique, car se taire ne fait que renforcer le système d’oppression et l’ignominie.

    merci pour votre bel article ci-dessus. Je l’ai beaucoup apprécié et j’espère que mon petit coup de g. ne vous aura pas froissé.

    bien à vous.

    Christine DUINA IKE

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