« Boom! »

Drag kids - afficheStephan, Jason, Nemis et Bracken n’ont pas encore atteint l’adolescence et sont sur bien des  plans comme les autres enfants de leur âge. À une différence près, leur passion commune : performer en drag queen. En endossant des personnages (Queen Lactatia, Laddy GaGa ou Suzan Bee Anthony) ou en exacerbant les stéréotypes liés à la féminité comme Bracken, ces jeunes se transforment, se révèlent et célèbrent l’expression de soi. Megan Wennberg les suit à la veille de leur première performance commune à Fierté Montréal. 

La cinéaste canadienne Megan Wennberg, qui a déjà réalisé trois courts métrages, soulève dans Drag Kids la question de l’expression de soi par le spectacle drag. Avec son intuition unique, elle réussit à représenter la relation entre la conscience de soi et le rapport aux autres à travers la figure de quatre enfants artistes et crée ainsi un documentaire remarquable.

Être différent à différents niveaux

Drag kids 2Un des thèmes essentiels du film est l’authenticité. Que signifie être honnête envers soi-même? Cela signifie l’excentricité. Les enfants, qui sont des garçons sauf pour Bracken, ont une passion pour la performance de personnages féminins. Ils aiment se maquiller et s’habiller; ils aiment porter du vernis à ongles et des talons hauts. Leur comportement est très différent de l’image sociale régulière que nous avons des garçons. 

Par ailleurs, ils sont aussi différents par la pénétration qu’ils font dans le monde adulte: ils donnent des performances drags, qui appartiennent à l’univers adulte, alors qu’ils ne sont que des enfants. Cet aspect est bien illustré à travers Bracken, qui souhaite participer à un défilé de mode, mais qui n’est pas admise en raison de son âge. Chacun de ces enfants fait face aux normes sociales et essaie de trouver une place où il pourra être lui-même.

La réalisatrice affirme: « The kids reminded me about the importance of being true to yourself by being your true self. I think this idea can easily get lost or disregarded as a platitude on a T-shirt or a meme (and it’s very easy to ignore as we get older), but these kids were a real life wake up call to how crucial this is. » [Les enfants m’ont rappelé l’importance de rester authentique. Je pense que cette idée peut être facilement oubliée ou devenir anodine sur un T-shirt ou dans un mème (et c’est très facile de l’ignorer alors qu’on vieillit), mais ces enfants ont été un véritable signal d’alarme sur le caractère crucial de ce principe.]

Ce que le film nous permet de réaliser également, c’est notre rôle en tant qu’adultes sur l’éducation et le développement de ces enfants. Si les enfants sont excentriques d’une manière ou d’une autre, c’est en partie grâce à nous. C’est pourquoi il est indispensable pour ces enfants d’être épaulés par leurs parents ou d’autres adultes de leur entourage, de manière à ce qu’ils puissent exprimer leur être propre. Durant le film, les parents apparaissent toujours sous la forme d’interviews. Ce choix crée un contraste intéressant avec les apparitions des enfants toujours sous le couvert de leurs performances. Les parents sont en coulisses pour supporter et guider leurs enfants.

Être vraiment spécial

Drag kids
En spectacle

Le moment fort du film est celui où les quatre enfants se rassemblent à Montréal pour le World Famous Pride Festival; provenant de Costa Blanca (Espagne), du Missouri (USA) et de Vancouver (Canada). Comme Jason l’avait souhaité, ils se rencontrent enfin, rencontrent quelqu’un qui leur ressemble et performent ensemble comme un groupe. Les scènes de répétitions sont particulièrement frappantes. On voit dans ces scènes leur ressemblance d’un point de vue social, mais aussi leurs caractères individuels différents. 

Stephan semble naïf, il semble avoir besoin de vivre davantage d’expériences pour parvenir à accepter son identité propre. Jason est timide et modeste, mais il est probablement le plus mature. Bracken est aussi assez mature et prend soin des autres dans le groupe. Elle connaît ses capacités et est dotée d’un grand professionnalisme. Nemi est aussi intrigant que Stephan. Il n’est probablement pas exagéré de dire qu’il a le syndrome de Peter Pan: il pense que c’est dur de grandir et souhaite demeurer un enfant pour toujours. Est-ce le fait qu’il performe comme une drag queen qui le rend spécial?

Leur futur est inconnu. Mais le film capte merveilleusement bien la personnalité de ces quatre enfants, qui sont considérés comme excentriques dans la société, à travers leur rencontre et leur performance ensemble. Et leur personnalité est moins reliée à la performance drag ou à leur âge qu’à leur humanité. Après tout, une expression de soi authentique se réalise à travers la rencontre avec les autres, et non à travers l’apparence ou le statut social. C’est ce que le film transmet comme discours.

Un film qui vaut la peine d’être vu et une oeuvre très évocatrice.

Note: 8,5/10

Drag Kids est présenté aux RIDM les 23 et 24 novembre 2019.

Visionnez la bande-annonce :

Traduit de l’anglais par Fannie Caron-Roy

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