« On ne trouve que ce qu’on cherche »

La fille de Brest - AfficheDans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon (Sidse Babett Knudsen) est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

Pour les incultes, Irène Frachon est une sorte d’Erin Brockovich française. Sauf que plutôt que de se battre contre l’industrie du tabac, elle s’est battu contre l’industrie pharmaceutique. Bon… je l’avoue… je n’avais aucune idée de qui était Irène Frachon avant de voir le film. Voilà!

Irène Frachon - dossier "Lanceur d'alerte"
La vraie Irène Frachon

Quoi qu’il en soit, je crois que le nom de cette femme mériterait d’être connu de tous. Mais encore plus la cause qu’elle a défendue. La fille de Brest raconte cette histoire. C’est après avoir lu le livre de Frachon, intitulé Mediator 150 mg, combien de morts?, que la réalisatrice Emmanuelle Bercot (La tête haute) a accepté le projet proposer par la productrice. En fait, c’est après avoir rencontré madame Frachon que la réalisatrice s’est décidée : « Dans la mesure où c’était à Irène Frachon de décider à qui elle préférait confier l’adaptation de son livre, j’ai déjeuné avec elle, à Paris, quelques mois après la sortie du livre, c’est-à-dire il y a près de six ans. J’ai tout de suite compris que cette femme haute en couleurs pouvait être un extraordinaire personnage de fiction. Racontée par elle, avec toute sa passion, avec toute son émotivité, l’affaire prenait un tout autre relief. Ce n’était plus l’histoire du Mediator, mais le combat de cette femme hors du commun. »

La femme

Sidse Babett Knudsen dans le rôle d'Irène Frachon
Sidse Babett Knudsen

Dans les faits, Irène Frachon est une personne ordinaire à qui est arrivée une histoire extraordinaire. Une personne qui se fiche des conventions. Avançant sans cesse, quoi qu’il en coûte. D’ailleurs, il semble que tous les faits rapportés dans le film sont avérés.

Mais se glisser dans la peau de ce genre de personnage n’est pas facile. C’est l’actrice danoise Sidse Babett Knudsen qui a hérité de cette tâche ardue. Son bagout, sa vitalité, sa fantaisie verbale, sa joie de vivre à toute épreuve n’étaient qu’une partie du travail pour l’actrice. Afin d’y parvenir, l’actrice aura dû non seulement observer la femme, mais passer un après-midi dans la famille Frachon pour qu’un déclic se produise. Le travail sur les costumes a également participé au processus d’incarnation. Sans oublier le travail et le talent de l’actrice danoise.

Personnellement, l’accent m’énerve un peu, sachant que la vraie Irène n’en avait pas. Mais vu la qualité de l’interprétation, je peux passer outre.

L’adaptation

Couverture du livre "Mediator 150 mg"
Couverture censurée du livre « Mediator 150 mg »

Selon les dires de la réalisatrice, un peu moins de la moitié du film est constitué par l’adaptation du livre. Le reste provient de témoignages, de confidences que les uns et les autres ont bien voulu faire.

Ça peut sembler bien peu, mais, en fin de compte, c’est la qualité de l’histoire qui compte. Et comme madame Frachon a participé à la création du film, on peut croire que le tout est véridique.

C’est finalement au bout de 3 ans d’écriture que le scénario a enfin vu le jour. Adapter ce genre d’histoire comporte de grandes difficultés. Non seulement il faut respecter la « vraie » histoire, mais il faut aussi s’assurer de réussir à faire comprendre un domaine médical qui n’est pas toujours bien connu du spectateur.

Le réalisme médical

Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel
Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel

En effet, les termes spécialisés ne sont pas maitrisés par tout le monde. Au début du film, il y a beaucoup de termes techniques. Mais plus le film avance et moins c’est le cas. Bien sûr, il en reste. Mais la parfaite connaissance des termes n’est pas nécessaire. Le contexte permet de comprendre la base et, pour le reste, on peut très bien rester accroché à l’histoire sans tout saisir des termes médicaux. Ici, c’est principalement l’histoire d’une femme que l’on raconte, et non pas l’histoire d’une science médicale.

Et très vite, on s’attache au combat d’Irène, à ce qu’elle ressent, à ce qu’elle doit déployer comme énergie pour faire avancer les choses. Les aspects techniques deviennent une préoccupation mineure.

Puis il y a deux scènes d’opération empreintes de réalisme. Un réalisme qui pourra en choquer certains : une opération à cœur ouvert et une autopsie. Afin de s’assurer de bien présenter ce type d’opération, Bercot a assisté à une intervention sur des valves cardiaques. Le tournage de la scène s’est fait avec une vraie équipe médicale, celle du CHU de Brest. Donc, un vrai chirurgien, des vrais anesthésistes, une vraie panseuse… Seule l’intervention était fausse, évidemment. C’est bien filmé. On a presque l’impression de pouvoir toucher les organes.

Puis, il y a la scène de l’autopsie. Celle-là, pour moi, est plus troublante. Voir deux femmes découper un corps et le mettre en pièce d’une manière si froide… Évidemment, avec respect, mais sans y mettre d’émotion, c’est troublant. Là encore, par souci de réalisme, la réalisatrice a assisté à une vraie autopsie. « Avant le film, je n’en avais jamais vu. J’ai donc demandé à en voir une. C’est une expérience, comment dire… métaphysique! Dans ma vie, il y aura un avant et un après cette autopsie. C’est à la fois vertigineux et insoutenable. » Une scène supposément édulcorée. Peut-être pas une mauvaise chose…

Mais encore…

La fille de Brest – et c’est là son point faible – est basé selon le modèle hollywoodien du film de genre. Beaucoup de plans d’axes et un découpage très rythmé caractérisent le film. Ce n’est pas tragique, mais ça rend le film plus commun, moins personnel. Mais ça risque, par contre, d’attirer un public plus large que les films lents plus typiques du cinéma français.

Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel
Sidse Babett Knudsen et Benoît Magimel

Je termine sur une phrase du personnage d’Irène Frachon : « Le monde est dangereux à vivre non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ».

La fille de Brest c’est aussi une histoire d’équipe. Comme on le dit dans le film : « Sans eux elle n’aurait rien fait. Mais eux n’auraient pas fait ce qu’elle a fait. »

Note : 7.5/10

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