« Les bons comptes font aussi les grandes histoires d’amour. »

Économie du couple - AfficheAprès 15 ans de vie commune, Marie (Bérénice Bejo) et Boris (Cédric Kahn) se séparent. Or, c’est elle qui a acheté la maison dans laquelle ils vivent avec leurs deux enfants, mais c’est lui qui l’a entièrement rénovée. À présent, ils sont obligés d’y cohabiter, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger. À l’heure des comptes, aucun des deux ne veut lâcher sur ce qu’il juge avoir apporté.

L’économie du couple, c’est l’art de savoir se séparer. En fait, l’art de ne pas savoir se séparer. Marie et Boris sont incapables de s’entendre sur la valeur de leur apport dans leur vie commune de 15 ans. Marie voit seulement la valeur en argent, alors que Boris veut y ajouter la valeur de la « sueur » qu’il y a mise : rénovations, entretien, etc.

Mais ce qui rend leur situation si complexe, c’est que Boris n’a pas vraiment les moyens de se reloger. Vu la situation économique actuelle en Europe, et le coût des appartements dans les grandes villes qui ne cesse d’augmenter, le réalisateur – par souci de réalisme – n’avait d’autre choix que de tenir compte de cette réalité. Comme le disait Joachim Lafosse, le réalisateur : « Autrefois, on restait ensemble pour des raisons morales; aujourd’hui, on le fait pour des raisons financières. Cela dit quelque chose sur notre époque… » Peut-être sommes-nous rendus à un point où la valeur de la monnaie prend trop de place dans nos vies?

Économie du couple 4
Boris et Marie

Avec L’économie du couple, Lafosse explore les impacts émotionnels du divorce, se penchant principalement sur la période qui précède la séparation. Et il nous offre ici une œuvre plus accessible que ses précédents efforts, sans pourtant céder sur la complexité du récit et des personnages.

L’argent

Dans un couple, qu’il soit en instance de divorce ou non, l’argent est souvent au centre des conflits. L’argent qui entre, l’argent qui sort, la valeur de l’argent… Dans ce film, l’argent représente ce sur quoi les personnages se disputent. Mais il n’en est pas la cause. Ce n’est pas à cause de lui que Boris et Marie n’arrivent plus à s’aimer. Derrière le sujet de discorde qu’il représente, il y a la manière dont l’un est reconnu ou ne l’est pas, celle dont il a envie que l’on reconnaisse ce qu’il a fait ou ce qu’il n’a pas fait. Il n’y a pas d’effort uniquement économique ou financier. Boris et Marie ne parviennent pas à s’entendre sur la manière dont ils auraient à reconnaître ce qu’ils se sont apporté l’un l’autre parce qu’ils n’ont pas eu la lucidité d’aborder concrètement, et ce dès le début, l’investissement de chacun dans leur couple.

Gémellarité

Se séparer est en soi une tâche ardue. Mais lorsqu’il y a des enfants en jeu, c’est encore pire. Mais imaginez des parents en instance de divorce, qui doivent « se battre » contre deux jumelles…

Les deux jumelles dans L'économie du couple
Margaux et Jade

Le réalisateur explique le choix de mettre en scène des jumelles : « Il y a des années que je voulais mettre en scène un couple qui se sépare face à un couple d’enfants jumeaux : dès leur naissance, et malgré le fantasme que l’on peut avoir lorsqu’on est amoureux de parvenir à former un couple gémellaire, leurs parents se trouvent confrontés à ce qu’ils ne seront jamais. Moi-même jumeau et demi-frère de jumeaux, j’ai vécu cela à travers ce que nous ont raconté mon père et ma mère, puis mon père seul lorsqu’il a refait des jumeaux avec une femme qui était elle-même une jumelle. C’est notamment ce que j’espère avoir filmé à travers la scène de la danse lorsqu’ils sont tous les quatre. »

Le point de vue

Dans L’économie du couple, il n’y a pas de gentil ou de méchant. Il n’y a pas un bon parent et un mauvais parent. Le spectateur ne se fait pas dire pour qui prendre. En fait, si on prend parti, c’est seulement par choix. Évidemment, en tant qu’homme (et père) je crois que j’avais tendance à défendre Boris, alors que ma femme avait tendance à « comprendre » le point de vue de Marie. Et pourtant, jamais on n’apprend les raisons de leur séparation.

Économie du couple 1
Marie, Boris et Margaux

On sait que Marie est celle qui fixe les règles de la séparation. On sait, en contrepartie, que Boris manque de structure. Mais on sait aussi que chacun d’eux aime leurs enfants plus que tout.

L’entourage

Après 15 ans de vie commune, on en vient à avoir un entourage totalement conjoint. Les amis de l’un sont devenus les amis de l’autre. La famille de l’un est la famille de l’autre, et ainsi de suite.

Il y a une scène de grand malaise lorsque Marie invite des amis à souper pour leur parler (ou se plaindre) de Boris et de leur relation qui s’achève. Alors qu’elle raconte son dégout pour son mari, on voit un inconfort sur le visage des invités. Mais lorsque Boris arrive dans la maison commune, le malaise grossit à un point où l’un des amis se sent obligé d’inviter Boris à prendre un verre avec eux. Évidemment, la chicane prend le devant de la scène.

Il y a aussi la mère de Marie qui prend parti dans cette histoire. Une femme qui vit selon la logique de sa génération. Elle prône une forme de compromission qu’est l’amitié en amour. Elle explique même à sa fille qu’il est normal de ne pas désirer une seule personne toute sa vie. Et elle poursuit en lui expliquant que « dans mon temps, on ne se séparait pas pour rien. On travaillait pour que son couple fonctionne… » En plus, la mère veut absolument engager Boris pour faire les travaux de sa résidence. Il charge moins que les autres soumissionnaires, et en plus, il est très compétent. Mais ce genre de suggestion met Marie en colère… Elle voudrait que sa mère se range de son côté à elle, et seulement elle.

Mais encore…

Économie du couple - Un meilleur moment
Un des rares bons moments en famille

L’économie du couple est un film qui nous aide à comprendre que dans une séparation, il y a rarement un bon et un méchant. Que tout ne peut être blanc ou noir. Personnellement, ce film m’a fait penser à une chose : mieux vaut continuer à s’aimer. C’est beaucoup plus simple que de se séparer.  😉 

Note : 8/10

La valeur de l’apport

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